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La vérité de leur cœur les frères la connaissaient bien :
Paul :
« Le moine est un pécheur rejoignant une communauté de pécheurs qui sont confiants en la miséricorde divine, qui s'efforcent de reconnaître leur faiblesse devant leurs frères et s'entraident en portant les fardeaux les uns des autres. »
Luc :
Nous sommes tous des boiteux, des pauvres à peine remis de la faiblesse de leur péché et qui souvent retombent, surtout dans les fautes de faiblesse si difficiles à supporter parce qu'on a le sentiment qu'on ne s'en sortira jamais. Celui qui reconnaît son péché ne désespère pas parce qu'il sait que l'Esprit poursuit en lui son œuvre.
Ils se reconnaissent pécheurs, mais pécheurs pardonnés, ils savent en qui ils ont mis leur espérance : « Mon ami, mon cœur, ma joie » (Christophe).
Le film « Des hommes et des dieux » échelonne tout au long de l'histoire, les temps de prière communautaire. Ces passages réguliers à la chapelle nous aident à saisir qui est Celui qui a la première place dans leur cœur de pauvre. 

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« LA SAINTETE
c'est la rencontre de ta faiblesse avec la force de la grâce »

Aujourd'hui 22 mai - date à laquelle en 1996 nous apprenions leur assassinat - comme chaque année sur ce site, faisons mémoire de ceux que l'on appelle les « Frères de Tibhirine ».
Suivons-les, aujourd'hui, en relisant l'Exhortation apostolique du Pape François sur la sainteté.
Au numéro 63 il nous invite à revenir aux paroles de Jésus quand il nous enseigne les Béatitudes.« C'est vraiment ce qu'ont vécu les Frères » disait un moine de leurs amis.

« Heureux les affligés, car ils seront consolés »

Au numéro 76 : La personne qui voit les choses comme elles sont réellement se laisse transpercer par la douleur et pleure dans son cœur, elle est capable de toucher les profondeurs de la vie et d'être authentiquement heureuse. Cette personne est consolée, mais par le réconfort de Jésus et non par celui du monde. Elle peut ainsi avoir le courage de partager la souffrance des autres et elle cesse de fuir les situations douloureuses. De cette manière elle trouve que la vie a un sens, en aidant l'autre dans sa souffrance, en comprenant les angoisses des autres, en soulageant les autres. Cette personne sent que l'autre est la chair de sa chair, elle ne craint pas de s'en approcher jusqu'à toucher sa blessure, elle compatit jusqu'à se rendre compte que les distances ont été supprimées.
Savoir pleurer avec les autres, c'est cela la sainteté.

« Pauvre tout court », c'était bien la situation des religieux en ce monastère de l'Atlas. Ils habitaient une maison vétuste. Selon la Règle de saint Benoît, ils vivaient du travail de leurs mains. Ils exploitaient le jardin en collaboration avec des voisins. Légumes et fruits suffisaient à leur subsistance, le surplus était vendu au marché ainsi que le miel de leurs ruches...
Existence dépouillée, certes ! Certains Français de passage, l'ont même jugée excessive, insupportable... Il faut y reconnaître une des manières dont les moines partageaient le sort des habitants du village.  

Petit rappel  : En janvier 1992 un coup d'état de l'armée supprime les premières élections législatives que le Front Islamique du Salut espérait bien remporter. Des partisans d'un Etat islamique réagissent à cet échec en prenant le maquis et en établissant progressivement une guerre totale à tout ce qui s'oppose à leur pouvoir. Le 1r décembre 1993 ils donnent l'ordre à tous les étrangers de quitter le pays. Les meurtres et les représailles se multiplient. Des amis chrétiens du monastère sont assassinés, des amis religieux qui servaient de différentes manières le peuple algérien sont exécutés, des maquisards font irruption au monastère la nuit de Noël. Les moines sont pressés par les forces de l'ordre de quitter Tibhirine... dont les habitants se montrent de plus en plus fraternels et confiants envers les frères !

Claude Rault, père Blanc témoigne : Cette violence qui pesait sur toute la région on la sentait, la communauté en était envahie, assombrie par la violence environnante. Quelle parole dire pour désarmer la violence qui est en face, pour ne pas l'augmenter ?

Christophe   « Les mots des psaumes résistent, font corps avec la situation de violence, d'angoisse et d'injustice. Oui, il y a des ennemis. On ne peut pas nous contraindre à dire trop vite qu'on les aime, sans faire injure à la mémoire des victimes dont le nombre tous les jours s'accroit. Dieu saint! Dieu fort ! Viens à notre aide ! Vite, au secours ! » 

L'autre est la chair de sa chair : c'étaient les voisins, les habitants du village, tous ceux qui venaient chercher les soins de frère Luc et réconfort de tous...
Un petit trait significatif : En général quand on parle des moines et des moniales cisterciens ont parle du monastère où ils vivent, ainsi, en Savoie, on parle des frères de Tamié. Unanimement on parle des moines de Tibhirine beaucoup plus que des moines de Notre-Dame de l'Atlas... Parce que l'on peut dire que le village ne fait qu'un avec le monastère. Ceci peut nous aider à comprendre pourquoi les moines n'ont pas quitté Tibhirine. Ils ne le pouvaient pas, un peu comme on ne peut pas amputer un corps d'organes vitaux, sans le tuer. Ils n'ont pas pu, à cause de ces liens indéfectibles de l'amour.
La paix des moines a été contagieuse, aucun jeune de Tibhirine n'a rejoint la rébellion et le village a échappé à la violence.

Amour sans exclusion:
Christian : Ce que nous avons voulu dire en refusant de prendre parti ; non pour nous réfugier dans la neutralité qui se lave les mains - elle est impossible - mais pour rester libres de les aimer tous, parce que c'est là notre choix. Et tout naturellement les uns sont devenus les frères de la montagne tandis que les autres étaient les frères de la plaine.

L'autre est la chair de sa chair. C'est dans leur communauté que les frères en ont d'abord fait l'expérience. L'épreuve leur faisait ressentir ce que vivaient les autres et chacun savait qu'il ne pouvait tenir seul et tous avançaient chaque jour dans la même direction : la nouveauté constante du Seigneur.
Christophe : Il y avait hier matin, au chapître, une lumière très douce entre nous. Nous étions "tout" regard à l'écoute les uns des autres : à l'écoute de Toi.
Toi, porte fruit en nous d'amitié ! Je prie le Père pour que vienne ça entre nous : le DON plus fort que le meurtre.
Et au-delà de Notre-Dame de l'Atlas le lien avec les autres monastères de l'Ordre : prière, accueil, visites, communication… Trois monastères de France étaient plus concernés. Aiguebelle : c'est de là que sont partis quelques moines au 19ème siècle pour fonder un premier monastère en terre maghrébine. Bellefontaine d'où sont venus les frères Bruno, Michel et Célestin et Tamié d'où sont venus les frères Christophe et Paul. Ils sont partis, mais sont restés frères, « membres donnés ».
La communion était très intense avec des monastères alors éprouvés eux aussi par la guerre : Mokoto au Zaïre, un autre en Bosnie…

Chair de leur chair, le peuple algérien à travers l'Eglise :
Mgr Teissier : qu'un minimum de personnes reste pour que l'Eglise continue sa vocation spéciale de présence en communion avec la souffrance du peuple algérien.
@Au numéro 70 : 

Austère ? Il faut s'entendre sur ce mot. Austère dans le sens où l'entend le Pape François quand il parle de ne pas se laisser prendre par     « la bonne vie que propose le monde : le divertissement, la jouissance, le loisir, la diversion... » (75), oui : rien de superflu pour distraire de l'essentiel. Mais les écrits, les témoignages grâce auxquels nous connaissons les frères, respirent la joie, la fraternité, l'amitié, le partage, la confiance... A l'opposé d'une austérité sévère, tout ce qui contribue à rendre une atmosphère épanouie. Aux petits gestes de rien du tout, dont une heureuse vie fraternelle ne saurait se passer, le film « Des hommes et des dieux » a su faire une place. Rappelons-nous : les gestes de réconfort après le passage des terroristes, plus tard quand ils chantent l'office accompagnés par le ronronnement de l'hélicoptère,  l'écoute de l'autre différent, les soins, les « services »  ...et le plat de frites !!! 

« Heureux les pauvres en esprit, car le Royaume des cieux est à eux  »
Au numéro 67 : L'Evangile nous invite à reconnaître la vérité de notre cœur, pour savoir où nous plaçons la sécurité de notre vie.
Au numéro 68 : Quand le cœur se sent riche, il est tellement satisfait de lui-même qu'il n'y a plus de place pour la Parole de Dieu, pour aimer les frères ni pour jouir des choses les plus importantes de la vie. C'est pourquoi Jésus déclare heureux les pauvres en esprit, ceux qui ont le cœur pauvre, où le Seigneur peut entrer avec sa nouveauté constante.
Au numéro 70 : Luc ne parle pas d'une pauvreté « en esprit » mais d'être pauvre tout court (cf Lc 6,20) et ainsi il nous invite également à une existence austère et dépouillée.