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Avec un peuple

Pierre de Claverie est né en Algérie. En famille, ils vivaient dans une bulle coloniale. Il commence à se poser des questions avec la guerre d'indépendance.
Il revient à Alger, religieux dominicain, en 1967: Mes frères et mes amis algériens, je vous dois d'avoir découvert l'Algérie qui était pourtant mon pays, mais où j'ai vécu en étranger toute ma jeunesse. Avec vous, en apprenant l'arabe, j'ai surtout appris à parler et à comprendre le langage du cœur, celui de l'amitié fraternelle où communient les races et les religions. Je crois que cette amitié vient de Dieu et conduit à Dieu.

Le lien de la Paix : Ribât-es-Sâlam
Lieu exceptionnel de l'ouverture de chrétiens à l'Islam...En 1978, le Père Cuperly, père blanc, désirait fonder une communauté enracinée dans la prière tendue vers la rencontre spirituelle avec les croyants de l'Islam. Un autre père blanc, Claude Rault, évêque du désert et Christian de Chergé furent les premiers intéressés. Plusieurs des martyrs ont fait partie de ce groupe. Ils ont été rejoints par les membres d'une communauté soufie, les Alawiya. Les rencontres avaient lieu à Tibhirine...
Sœur Odette : Chrétiens et musulmans nous voulons mutuellement reconnaître que le chemin de l'autre est, pour lui, un réel chemin vers Dieu et ensemble nous voulons nous tenir devant lui dans la rencontre, la confiance, la prière.
Henri Vergès : Moments de communion intense où nous pouvons partager dans la réflexion et la prière ce que nous essayons de vivre, chacun de notre côté, au jour le jour, selon le thème qui nous accompagne six mois durant. Le prochain « Que ta volonté soit faite »

Martyrs de l'espérance...cloitre
Ces martyrs étaient des pauvres, des hommes et des femmes ordinaires qui nous rendent la sainteté accessible
Ces moines sont des hommes simples, avec leurs fragilités, leurs larmes, leurs peurs, leurs élans intérieurs.
Nous ne sommes ni des prophètes, ni des fanatiques, ni des héros...
Christian de Chergé à propos d'Henri Vergès : sa mort me parait si naturelle, si conforme à une longue vie tout entière donnée par le menu. Il me semble appartenir à la catégorie de ceux que j'appelle « les martyrs de l'espérance », ceux dont on ne parle jamais parce que c'est dans la patience du quotidien qu'ils versent tout leur sang. »

...dans le service du quotidien :
Un compagnon d'Henri : Ce n'est pas sa mort dramatique qui fait d'Henri un saint, mais sa fidélité journalière à ses devoirs d'homme, de citoyen, d'éducateur, de chrétien, de religieux.
Henri Vergès et sœur Paul-Hélène dirigeaient une bibliothèque :
Sœur Paul-Hélène : Sa maîtrise de l'arabe et même du dialecte algérois était un atout pour conseiller les lycéens dans leurs recherches.
Henri voulait que les jeunes puissent s'imprégner d'un lieu qui exprimait la beauté de leur patrimoine culturel. Il voulait qu'ils en soient fiers, qu'ils s'y sentent chez eux et qu'ils apprennent à en prendre soin.
Sœur Angèle-Marie et sœur Bibiane, religieuses de Notre-Dame des Apôtres,  ont créé une école de couture et broderie.
Les Sœurs se rendent proches des jeunes filles qui préparent leur avenir, des femmes algériennes qui frappent à la porte. Présentes dan les jurys d'examens elles plaident en toutes circonstances pour faire adopter des solutions de justice et élever le niveau de vie des jeunes filles et des femmes.
Au monastère Frère Christophe exploite le jardin avec les voisins, Jean-Pierre continue d'aller chaque semaine au marché à Médéa, Michel fait la cuisine, tandis que frère Luc aidé d'Amédée, soigne tous ceux, toujours plus nombreux, plus affectés, qui se présentent quels qu'ils soient ! Tous accueillent et aident les voisins...

Solidaires jusque sous la menace :
Rapporté par sœur Odette : Ils nous disent : maintenant entre vous et nous il n'y a plus de différence, vous êtes comme nous, c'est-à-dire habités par la même perspective : à chaque instant, n'importe où à la maison, au travail, dans les transports dans tous les lieux habituels où la vie se déroule et continue de se dérouler normalement, quelqu'un peut surgir et tuer, par arme à feu ou arme blanche.
Après l'assassinat de sœur Esther et Caridad, un journaliste : Depuis dimanche dernier, j'ai la tête qui tourne à la suite de l'assassinat des deux religieuses espagnoles. Pourquoi ? Sans doute pour les remercier d'avoir soigné les nôtres pendant des années et des années, d'avoir guéri un membre de notre famille, réconforté un voisin... Elles vont nous manquer longtemps ces dernières prières de ces religieuses qui voulaient faire pencher la balance du côté de la paix et de la miséricorde.

Quelques semaines plus tard, comme tant d'autres membres de sa profession, le journaliste était à son tour abattu. Même sort funeste pour le responsable du mausolée musulman voisin et le commerçant le plus proche qui avaient témoigné publiquement de l'engagement social et éducatif des deux sœurs.

Pierre de Claverie : « Rien que pour un homme comme Mohamed, ça vaut la peine de rester dans ce pays, même au risque de sa vie »
Mohamed :« Je sais que je vais mourir. Mais je vais venir parce que je t'aime »

Bienheureux martyrs de l'espérance icone

Aujourd'hui, anniversaire du jour où nous apprenions l'exécution de sept moines cisterciens du monastère de l'Atlas en Algérie.
Le 8 décembre 2018 ils ont été béatifiés ainsi que douze autres victimes du terrorisme dans les années 94-96.
Les huit congrégations religieuses auxquelles ils et elles appartenaient ont voulu qu'une procédure de béatification soit commune pour ces dix-neuf martyrs. Choix qui en dit long sur les liens qui unissaient ces congrégations, à travers leurs membres donnés à Dieu et à l'Algérie.

 

Eglise d'Algérie

Sœur Lourdes, religieuse augustienne espagnole, par obéissance est revenue dans son pays :
Quitter l'Algérie, laisser notre Eglise, a été bien difficile pour moi, car nous formions un seul corps, une seule âme, nous étions très solidaires, nous nous connaissions tous et nous partagions tous la souffrance de ce peuple. Notre Eglise d'Alger a toujours été une église très réduite, très diverse, fragile, nomade, dépouillée, œcuménique ; mais elle aussi toujours été une Eglise qui vit l'universalité, l'interculturalité, qui veut vivre la communion entre tous, qui veut vivre la fraternité universelle, qui veut être solidaire et qui marche ensemble avec nos frères musulmans algériens, à la recherche de Dieu, de la Vérité.

Sœur Angèle-Marie : Je choisis de rester pour répondre à la confiance qui nous est manifestée par tous et toutes et pour être une lueur d'espérance dans cette terre d'Algérie.

Dans cette Eglise le monastère de Tibhirine est un lieu de paix, véritable source pour les chrétiens d'Algérie.
Pour Henri Vergès c'est un lieu réconfortant, un havre fraternel,
Sœur Bibiane parlait de ses retraites spirituelles à Tibhirine où elle pouvait se ressourcer spirituellement et physiquement au milieu de cette merveilleuse nature.
Sœur Paul-Hélène s'y rendait lors des grandes fêtes chrétiennes ou à l'occasion de baptêmes, communions...

NOTE 1
Les témoignages rapportés ci-contre et ci-dessous ont été puisés dans le livre du Père Thomas Georgeon, postulateur de la cause de ces martyrs :
"Nos vies sont déjà données" Ed. Bayard

Photo 1 icone des bienheurex, Oran 8/12/18

Photo 2 cloître du monatère de Tibhirine - anonyme

Rester ou partir

A partir du moment, 1r décembre 1993, où les membres armés du FIS (Front Islamique du Salut), ordonnent à tous les étrangers de quitter le pays. rester, c'est être menacé de mort.

Les douze martyrs, religieux apostoliques, ont été consultés par leur propre congrégation religieuse, ils ont fait le choix de rester. Au monastère cistercien le choix était à la fois personnel et communautaire.
Mgr Teissier, archevêque d'Alger, qui n'était pas plus en sécurité que les religieux, les a longuement accompagnés pour discerner les meilleures décisions à prendre.

Sa famille dira de Sœur Paul-Hélène : Sa vie c'était l'Algérie
A Mgr Teissier qui enjoignait les communautés à réfléchir à la menace, elle réplique : « Père, de toutes façons, nos vies sont déjà données ».

On ne peut saisir le message de Tibhirine sans passer par le cheminement personnel, intime, spirituel de chacun des frères, et en même temps, c'est la force du groupe, confiant et uni qui nous bouleverse...

Christian de Chergé : On n'a pas le droit de provoquer la mort, y compris celle du martyre. Pour autant, il n'est pas dit qu'il faille déserter ce terrain. Sauf à courir le risque d'être infidèle à ce qu'on croit, à ce qu'on est, à l'urgence de la charité.

Pierre de Claverie : Nous avons noué avec les algériens un regard d'estime et de confiance que rien ne pourra détruire, pas même la mort. Nous sommes en cela les disciples de Jésus-Christ et c'est tout.

Pour beaucoup d'Algériens, le départ des hommes et de femmes d'Eglise aurait signifié l'abandon et donc la victoire du terrorisme sur les artisans de paix.

D'une femme musulmane : La présence de l'Eglise est plus que jamais vitale pour notre pays, pour assurer la pérennité d'une Algérie plurielle, pluriethnique, ouverte sur le prochain, foncièrement tolérante et solidaire… Il existe en Algérie une « église musulmane ». Elle est composée de toutes ces femmes et de tous ces hommes qui se reconnaissent dans le message d'amour universel : elle est plus nombreuse que vous le croyez. L'Eglise chrétienne par sa présence parmi nous continue de construire avec nous l'Algérie des libertés de croyance, des différences, de l'universel et de l'humanité..
Merci à l'Eglise d'être parmi nous.

Si le grain ne meurt...

Et la bibliothèque que dirigeaient Henri Vergès et sœur Paul-Hélène, en 1918, poursuit sa belle mission d'accueil. Celle qu'avait préparée le Père Christian Chessel à Tizi-Ouzou, en dépit de la mort des quatre religieux, a vu le jour et accueille aujourd'hui encore les jeunes de Tizi-Ouzou.

La nuit de l'enlèvement des moines des membres du Ribat étaient logés à l'hôtellerie. Loin d'être un coup d'arrêt pour le lien de la Paix, ces derniers événements tragiques renforceront les membres dans leur engagement au dialogue, au respect de l'autre dans sa différence.

Le monastère de l'Atlas vit maintenant à Midelt au Maroc où se trouve le frère Jean-Pierre survivant à l'enlèvement des moines.

Le monastère de Tibhirine a été entretenu, rénové et n'a cessé d'accueillir des visiteurs...

Le film Des hommes et et des dieux qui raconte l'histoire des moines de Tibhirine a connu un succès retentissant.
Dans les monastères, les villages qu'ont connu ces religieux leur souvenir est vivant, de nombreux hommages leur sont rendus... Ecrits, films, œuvres d'art voient le jour... Temps de réflexion et de prières : une "année Christophe" se déroule à Blois. A partir des poèmes du frère Christophe une fête de la vie consacrée à Bourges dont vous pouvez trouver un écho sur ce site :

A l'heure où le monde doute, à l'heure où le repli sur soi, l'intolérance, la haine de l'autre constituent des menaces permanentes, le message de paix et de dialogue porté par les dix-neuf bienheureux d'Algérie est d'une brûlante actualité.
Ce qu'ils proclamaient par leur existence, leur mort le dit encore : » Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime. »

 

 

 

 

 

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