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Nous poursuivons notre démarche : être présent dans ce nouvel agir ecclésial, auquel le Pape François nous invite tous à participer. « apprendre à regarder dans la même direction que le Seigneur ».

Deuxième regard : l'identité d'un disciple ami

Le Pape François écrit : « Cette solidarité à son tour exige de nous que nous dénoncions tout ce qui met en péril l'intégrité de toute personne. Solidarité qui demande de lutter contre tout type de corruption, spécialement la corruption spirituelle, « car il s'agit d'un aveuglement confortable et autosuffisant où tout finit par sembler licite : la tromperie, la calomnie, l'égoïsme et d'autres formes subtiles d'autoréférentialité, puisque "Satan lui-même se déguise en ange de lumière" (2 Co 11,14) » (Exhort. ap. Gaudete et Exsultate, n.165).

« L'intégrité de la personne humaine... »... « Qui suis-je ? »
C'est à partir d'une homélie de frère Christophe que nous trouvons une réponse à cette question.

Réponse qui nous dit "Noël, c'est ça" et nous rappelle comment Marie a pu le vivre

Texte biblique auquel fait allusion Christophe : 1 Jn 2, 22-27

Pour entrer dans la démarche de conversion qu'il propose le Pape François nous invite à la prière.
Nous pouvons prendre tout ou partie de ce texte sous la forme de la lectio divina :
- Qu'est-ce que je retiens de ce texte ?
- Comment cela interroge, stimule ma foi ?
- Prière : louange pour la lumière reçue... intercession pour ceux qui ont blessé et ceux qui l'ont été...

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La pensée cistercienne :

Le message : l'amour, l'Incarnation, Marie, l'existence chrétienne
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Texte de l'homélie :

Vous décrochez le téléphone et vous entendez une voix qui vous dit « devines qui t'appelle ? ». Vous bafouillez un peu, vexé de ne pas reconnaître de suite la voix de votre interlocuteur qui insiste et vous dit « pourtant tu me connais bien ! » Alors vous vous perdez en conjecture, en noms de toute sorte. Jusqu'au moment où vous trouvez le bon nom.
Hé bien, l'évangile de ce matin, c'est un peu ça ! Jésus nous pose à chacun la question est-ce que tu me reconnais et pour toi qui suis-je ? Et nous voilà bien pris au dépourvu. Et si ce n'était pas aussi seulement Jésus qui nous pose cette question, mais aussi des gens que nous rencontrons et que nous côtoyons et qui nous demandent « mais qui est ce Jésus que tu fréquentes » ?
Une possibilité : celle de rester muets, bien embarrassés pour dire des mots justes…peut-être parce que nous n'avons jamais réfléchi à cette question et ne nous la sommes jamais vraiment posée. On ne peut parler de quelqu'un si on ne l'a pas connu, fréquenté.
Peut-être aussi parce que nous nous souvenons des paroles d'un vieil aumônier qui donnait ce conseil à une équipe de chrétiens engagés dans les milieux défavorisés « Ne parlez jamais de Dieu, autrement vous l'abîmerez » et il ajoutait « portez Dieu en vous ; portez le dans votre charité, dans votre respect, dans votre service, mais n'en parlez pas. Autrement vous l'abîmerez ».
Et Benoît XVI dans son encyclique sur l'amour disait « le chrétien sait quand le temps est venu de parler de Dieu, et quand il est juste de se taire et de ne laisser parler que l'amour ».
Et puis c'est d'autant moins facile de dire qui est Jésus ou qui est Dieu pour nous qu'il y a un très beau passage de la bible. Dans le livre de la Genèse, Jacob, une nuit, se bat avec un inconnu qui lui barre le passage pour rejoindre toute sa famille. Et à l'aurore, épuisé par le combat, il demande à l'inconnu (qui n'est autre qu'un ange de Dieu) « mais dis-moi ton nom ! » Et pour toute réponse il reçoit une bénédiction. Alors, si Dieu même ne veut pas nous dire qui il est !
Mais, de ce combat qui symbolise la recherche de Dieu, Jacob ressort blessé et changé de nom.
Là nous rejoignons un autre aspect de notre évangile.
A propos de ce passage de la Genèse, Charles Péguy raconte l'histoire d'un homme qui arrive au ciel. Et l'ange qui garde la porte lui demande « montre-moi tes blessures ». L'homme répond « Mes blessures ? Je n'ai pas de blessures ». Alors l'ange lui dit « tu n'as jamais rien trouvé qui vaille la peine de te battre ? ».
Suivre Jésus, suivre Dieu n'est pas un chemin de tout repos. Jésus lui-même nous le dit « si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il se renie lui-même, qu'il prenne sa croix ».
(...)
Jésus nous parle de sauver nos vies. Qu'est-ce que cela veut dire sinon d'accepter d'entrer dans un cheminement, dans une relation que nous ne maîtrisons pas mais qui sauve la valeur de nos vies. Sauver sa vie c'est lui donner un sens. Sauver sa vie, c'est accepter de renoncer à ce qui n'est pas l'essentiel, de combattre et d'être blessé.
Alors pour comprendre Jésus Christ, pour pouvoir dire qui il est, il n'y a qu'une seule manière, c'est de le vivre. Dire que Jésus Christ est Dieu ou n'est pas Dieu, qu'est-ce que cela peut faire ? On jongle avec les mots. Pour atteindre Jésus Christ, il faut se dépouiller de soi-même ; il faut entrer dans cette pauvreté où l'on découvre Dieu, dans cette prière où il nous parle et où nous lui parlons de cœur à cœur et sans les mots. Alors, comme Jacob après son combat avec l'ange, nous sortirons blessés, bien sûr, mais transformés, transfigurés.

Evangile de Marc 8, 27-35
En ce temps-là, Jésus s'en alla, ainsi que ses disciples, vers les villages situés aux environs de Césarée de Philippe. Chemin faisant, il interrogeait ses disciples : « Au dire des gens, qui suis-je ? » Ils lui répondirent : « Jean le Baptiste ; pour d'autres, Élie ; pour d'autres, un des prophètes. » Et lui les interrogeait : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » Pierre, prenant la parole, lui dit : « Tu es le Christ. » Alors, il leur défendit vivement de parler de lui à personne.

Il commença à leur enseigner qu'il fallait que le Fils de l'homme souffre beaucoup, qu'il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu'il soit tué, et que, trois jours après, il ressuscite. Jésus disait cette parole ouvertement. Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches. Mais Jésus se retourna et, voyant ses disciples, il interpella vivement Pierre : « Passe derrière moi, Satan ! Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. » Appelant la foule avec ses disciples, il leur dit : « Si quelqu'un veut marcher à ma suite, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie à cause de moi et de l'Évangile la sauvera. »

Accueillons la lettre que le Pape François nous a adressée le 20 août.papefran

Nous poursuivons notre démarche : être présent dans ce nouvel agir ecclésial, auquel le Pape François nous invite tous à participer.

« apprendre à regarder dans la même direction que le Seigneur ».
1r novembre 2018, Premier regard : Qui est ce Seigneur ?
2 décembre 2018, premier dimanche de l'Avent
deuxième regard : l'identité d'un disciple ami.

Photo grenier : newletter journal La croix 21.08.18

Moi-je... dans la corbeille à papier

mereenf«Moi-je... dans la corbeille à papier»... Parole prophétique... d'une maîtresse d'école de notre enfance, à Blois? Mais quand même... faut-il ainsi se déprécier: bon à rien, emballage perdu? Question vitale, à tout âge de la vie: comment dire «je» en vérité et dans la charité, sans prendre la place de l'autre, sans rien abîmer. Vite, retournons à l'Évangile... surtout n'allons pas plus loin. Mais... une autre question risque bien de nous retenir, de nous arrêter en chemin ou avant même de partir: l'Évangile... c'est si loin, quel rapport avec moi aujourd'hui, maintenant, quel intérêt... des mots, de la morale pour... moines ou prêtres ! Eh bien, je voudrais vous dire, il y a quelque chose d'important qui a été dit, qui a été entendu tout à l'heure dans la première lecture, écoutons encore : elle demeure en vous par l'onction par laquelle il vous a consacrés et vous n'avez pas besoin qu'on vous instruise. Vous êtes instruits de tout par cette onction qui est vérité et non pas mensonge (oui, il y a le vrai et puis, bien au-delà de l'erreur ou du faux ou de l'errance : le mensonge qui tue, qui détruit l'homme créé à l'image de Dieu, qui tue le Christ en nous). Suivant ce que l'onction vous a enseigné : vous demeurez en lui.

Une onction... quelque chose de doux qui vous recouvre, vous pénètre, vous fait du bien. Ça enseigne au-dedans et ça nous fait habiter ailleurs qu'en nous-mêmes... Ça, c'est une heureuse nouvelle, mais quand même ça reste peut-être un peu difficile à comprendre. Comment retourner à l'Évangile : nous convertir ensemble à cette Parole de vie et de paix. Oh... il faut du silence... un long silence qui parfois prend la couleur de la nuit : angoisse et peur, révolte et cri.

L'onction : ce mouvement venu du cœur même de Dieu, ce toucher divin vient nous rejoindre là où nous sommes, là où nous sommes ensemble... sur une péniche ou dans un monastère (et ce n'est pas sans ressemblance : au fil de l'eau, étrangers et passants), à l'école ou dans la rue avec les amis, en vacance, en voyage... Oui, l'enseignement quand il vient de Dieu : c'est du pratique, c'est le quotidien peu à peu transfiguré, c'est le réel dans sa dimension d'éternité : ce que le Fils nous a promis : c'est la vie éternelle, si on s'y tient. Je prends appui sur : je crois, j'adhère, j'espère en toi, mon Rocher, ma Citadelle. Qui es-tu ? (Jn 1,19), demandent les Pharisiens à Jean-Baptiste dans l'Évangile d'aujourd'hui.

Revenons à ce moi-je à laisser dans la corbeille à papier ou bien-dans le cœur de Jésus. Je ne sais pas... est-ce le «moi-je dans la corbeille à papier»? Peut-être bien que non, ou du moins si le moi-je, le je égoïste, celui qui s'impose et prend toute la place, doit bien être jeté comme un poids mort, ce n'est pas en premier: il faut d'abord découvrir la relation qui me donne d'être : je. C'est l'autre qui me donne : d'être quelqu'un au milieu, au cœur de toi. Ensuite l'idole de mon moi sera détruite, anéantie : vraiment bonne à être jetée dans la corbeille à papier. Car j'ai mieux à faire que d'être un moi-je, fermé, replié sur lui-même. Je t'aime, dit Dieu à chacune, à chacun. Noël, c'est ça : Tu es car Je suis avec toi, Je suis au milieu de toi. Voici mon Fils (Le 3,22; 9,35). Et c'est une réalité possible: nous pouvons naître. Marie, l'Église sont là pour ce travail.

Et Marie, dès l'Annonciation, le savait d'expérience : elle qui toute sa vie durant accueillit, jour après jour, dans le quotidien très ordinaire de sa vie de femme juive : l'onction qui enseigne Dieu. Oui, Marie reçut de l'Ange cet Évangile pour elle et pour nous : tu es, tu es pleine de Grâce, tu es Marie. «Je t'aime Marie, je t'aime, je n'ai que toi, avec toi je ferai ma vie» (Joe Dassin). Le Seigneur est avec toi. L'Esprit Saint te prendra dans la douceur de son ombrage. Ce Je t'aime de Dieu, c'est Pâque. Le Je t'aime de Dieu prend la forme d'une Croix, déclaration d'amour fou jusqu'à l'extrême ; devant la haine, devant le mensonge, devant la trahison, le Je t'aime de Dieu tient bon. Oui, le cœur reste ouvert jusqu'au bout et la main - l'Esprit - nous donne ce cœur : là est la source de la Vérité, là est le secret de l'intelligence, celle des cœurs pauvres, là est la vie : Voici ton fils (Jn 19,26), dit Jésus à la femme debout. Voici ta mère (Jn 19, 27), dit Jésus à chacun.christdid

Qui suis-je? Je suis aimé. Je reçois mon identité de Jésus : l'identité d'un disciple ami. L'identité d'un fils né dans l'Église : identité en Christ premier-né d'une multitude de frères et sœurs.

Oui, frères et sœurs, voyez de quel grand amour nous fait don le Père : enfants de Dieu, nous le sommes. Notre identité sans cesse menacée, ébranlée, trouve là son fondement, son origine: oui, je vous le dis : Vous êtes dans le Corps du Christ, dans la force du Don, vous êtes chacune et chacun :
                             un autre Christ,
                             une humanité par le Verbe,
                             une liberté pour accueillir l'Esprit d'amour et lui offrir une histoire.

Frère Christophe, Notre-Dame de l'Atlas 2 janvier 1990
Cité dans : "La table et le pain pour les pauvres"