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Pour retrouver le sens de la lectio et quelques suggestions : la lectio divina.

Humble présence

Lectio à partir d'une oraison méditative de Guillaume de Saint-Thierry,

A toi mon cœur a dit : Ma face t'a cherché ; je rechercherai, Seigneur, ta face. Ne détourne pas de moi ta face ; dans ta colère ne te détourne pas de ton serviteur.

Certes, mettre en présence ma face et ta face, Seigneur Dieu, examinateur et juge des cœurs, paraît bien téméraire et insolent, car si tu entres en jugement avec ton serviteur, ma face d'injustice n'a plus qu'à fuir devant ta face de justice. Mais si tu donnes, la charité ardente excusera, l'humilité pieuse aidera ma pauvreté ; qu'ils fuient ceux qui haïssent, moi je ne fuirai pas devant ta face. L'une en effet donne la hardiesse, l'autre nourrit la confiance. Je n'ai aucunement conscience de les posséder, mais je me proclame ami. Si en effet tu m'interroges, comme tu as interrogé Pierre : " M'aimes-tu ? " je dirai, je dirai avec pleine confiance : " Seigneur, toi qui connais tout, tu sais que je veux t'aimer ". Si mille fois tu m'interroges, mille fois je répondrai ; mais je ne dirai rien que : " Tu le sais, je veux t'aimer. " Et cela mon cœur le veut si fort qu'il ne peut rien vouloir autant que t'aimer.

A l'humilité aussi je m'attache. Les amateurs de définitions la définissent : le mépris de sa propre excellence. Or, lorsque parfois je me laisse prendre sans le savoir à quelques vétilles d'excellence, ou que, lorsqu'il s'en présente, je ne m'en débarrasse pas assez vite, je sais très bien que je ne suis pas humble.

Il y a  une autre espèce d'humilité, à savoir la connaissance de soi ; dans ce cas, si je suis jugé selon ce que je sais être en moi, c'en est fait de moi, et, comme on dit, j'ai avancé le pied sous un mauvais augure, pour subir la justice de ton jugement. Si au contraire ceci est jugé vertu auprès de toi, (à savoir) si mon péché est devant moi toujours, je ne m'estime pas complètement dénué de cette vertu : quand de plus je ne le veux pas et tends à des choses meilleures, souvent la face hideuse de mes péchés se présente aux yeux de mon esprit, de sorte que je me hais moi-même en la voyant.

Oraisons méditatives, Guillaume de saint Thierry

Je prie : « Jésus me voici devant toi, tout simplement dans le silence, rien n'est plus important pour moi que d'habiter en ta présence... » Cette présence d'Amour qui est ton Esprit...

1. Découverte du texte
La face de Dieu
... expression que l'on trouve dans les psaumes... Au psaume 15 : Devant ta face, débordement de joie, Où m'enfuir loin de ta face ? au 138, Détourne ta face de mes fautes au psaume 50. C'est ta face, Seigneur que je cherche, ne me cache pas ta face au psaume 26... Expression par laquelle Guillaume de Saint-Thierry commence sa méditation. Cela nous dit qu'elle est toute empreinte de sa fréquentation des Ecritures.
La face... mot que l'on emploie peu aujourd'hui, dans un sens très restreint : la partie extérieure du devant du visage... Les psaumes, et donc Guillaume dans sa prière, lui donnent un sens plus profond. Devant ta face, débordement de joie : en ta présence.... Détourne ta face de mes fautes : ne juge pas mes fautes, ne les retiens pas... Où m'enfuir loin de ta face ? : loin de ton regard. Alors, ta face que je cherche : ta présence, ton jugement, ton regard... c'est toi, en ta plénitude de gloire !
Essayer de méditer ce texte en respectant le mystère de ce mot...
Ma face devant ta face... Mon être tout entier, tel que tu le connais, devant toi.

La colère de Dieu, le jugement, la justice de Dieu devant l'injustice de l'homme...
La charité excuse et donne la hardiesse, l'humilité pieuse aide la pauvreté, nourrit la confiance. « Si tu donnes"... Elles sont dons de Dieu.
« Je me proclame ami" voilà ce que dit Guillaume et en même temps il reconnaît ne pas posséder ces dons de Dieu ! "Je veux t'aimer", l'ami dit toute sa volonté d'aimer, il ne dit pas qu'il y est arrive-tu son être est tendu vers cette réalisation : il ne peut rien vouloir d'autre...

Attaché au désir intense d'aimer Dieu, il se dit attaché à l'humilité : « le mépris de sa propre excellence »! Dans la Règle de saint Benoît, le 6ème et le 7ème degrés de l'humilité : « le moine se considère comme un mauvais ouvrier et un incapable » (7,49), « non seulement se dire de bouche le plus petit et le plus méprisable mais encore à s'en pénétrer au plus intime de son cœur » (7, 51).

Une autre espèce d'humilité... je ne m'estime pas complètement dénué de cette vertu : quand la face hideuse de mes péchés se présente aux yeux de mon esprit je me hais en la voyant...
Une autre espèce d'humilité, à savoir la connaissance de soi... cela implique la vérité...

2. Méditation

Dans ce texte je remarque deux grands traits :
- La proximité de Dieu : oser s'adresser à Dieu, se tenir avec lui dans un face à face, rechercher sans cesse à l'aimer.
- L'attitude d'humilité provoquée par le sentiment de notre nullité.

A propos du premier je relève l'intention du priant : je veux t'aimer. Il ne veut rien d'autre, mais il ne dit pas y être parvenu !

A l'humilité aussi je m'attache : comme il s'attache à aimer Dieu, Guillaume s'attache à pratiquer l'humilité.
Des propos peu courants : « Le mépris de sa propre excellence ». Il ne s'agirait pas de se mépriser totalement soi-même mais de mépriser, de ne pas mettre en avant, de ne pas se glorifier, de ce qui est bon en soi... A l'opposé de ce que l'on rencontre et que l'on n'aime pas lorsque quelqu'un « s'en croit » un peu trop et l'affiche au risque d'écraser les autres... Guillaume reconnaît que facilement on cède au plaisir de la satisfaction du bien que l'on fait. Il invite à s'en débarrasser bien vite...
« Je me hais en voyant le péché » ! Et saint Bernard dit que le premier degré de l'amour c'est de s'aimer soi-même ! »
Guillaume commence ce paragraphe en parlant d'une sorte d'humilité qui est connaissance de soi.
Je me rappelle, saint Bernard parle des ignorances et des connaissances, ignorance et connaissance de soi et de Dieu... Se connaître seulement dans ce qui n'est pas bon dans notre vie c'est désespérant, au moins décourageant ! Se reconnaître dans notre misère mais se reconnaître devant la miséricorde de Dieu qui surabonde toujours devant la misère de l'être humain, c'est joie !
« Si je suis jugé selon ce que je sais être en moi, c'en est fait de moi » Mais Dieu est plus grand que notre coeur nous dit saint Jean  et l'évangéliste Luc nous rapporte que le fils qui se pense ne plus pouvoir être qu'un esclave du maître, le Père se réjouit de le retrouver comme celui qui ne sera toujours que son fils... et il fait la fête...

Guillaume ne veut qu'aimer Dieu et en même temps il reconnaît que, dans sa pauvreté, cela peut paraître bien téméraire de vouloir se tenir devant Lui !
« Si tu donnes » : il s'appuie alors sur la bonté de Dieu, celui-ci donnera la charité et l'humilité ardente. Mais Dieu ne peut combler de charité qu'à la condition de trouver un cœur disponible, vide de tout replis sur soi, de tout orgueil...

3. Prière

Seigneur Jésus, ton regard sur moi est toujours un regard d'amour : accorde-moi de le connaître, de l'accueillir... Aide-moi à porter sur moi - sur les autres - ce même regard. Nous sommes tous des merveilles de ton amour !
Ton Amour est un amour vrai, juste : tu aimes le pécheur mais tu hais le mal qui nous blesse... accorde-moi l'humilité qui me permet de me voir en vérité.
Je t'aime, que toute ma vie te le dise.
Mon âme exalte le Seigneur,
Il renverse les puissants de leur trône, il élève les humbles...

 

 

 

 

 

 

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