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Pour retrouver le sens de la lectio et quelques suggestions : la lectio divina.

Distance et proximité

Ci-dessous, lectio à partir d'une oraison méditative de Guillaume de Saint-Thierry, en lien avec la lecture de l'Apocalypse, le jour de la fête de Toussaint.

6, 1. J'ai vu la porte ouverte dans le ciel, dit le bienheureux Jean, et la première voix que j'entendis, semblable à une trompette, m'adressait la parole ; elle disait monte ici.
5. Mais si nous voyons la porte grande ouverte dans le ciel, nous qui sommes sur terre, à quoi cela nous sert-il, à nous qui ne pouvons pas monter là-haut ? Paul répond : « Celui qui monte est celui-là même qui est descendu » Qui est-il ? L'amour. En effet Seigneur, l'amour qui est en  nous monte vers toi là-haut, parce que l'amour qui est en toi est descendu vers nous ici-bas. En effet, parce que tu nous as aimés, tu es descendu ici-bas vers nous ; en t'aimant nous monterons là-haut, vers toi. Mais puisque toi-même tu as dit : « moi je suis la porte », par toi-même je t'en prie, ouvre-toi, toi-même à nous, afin de nous montrer, avec plus d'évidence, de quelle demeure tu es la porte, quand, et pour qui elle est ouverte
8. La demeure dont tu es la porte nous l'avons déjà dit, c'est le ciel ; le Père y habite de qui nous lisons : « le Seigneur dans le ciel a son siège ». C'est bien pourquoi personne ne vient au Père sinon par toi, qui es la porte.
O créateur de toutes choses, et des lieux et des temps, ni retenu par un lieu, ni retenu par un ciel corporel qui t'empêche de tomber ; si tu n'habites là-haut de telle façon que tu n'emplisses pas le ciel et la terre ; partout présent, si l'on peut parler de celui qui n'a pas de lieu ; partout tout entier, si en toi ou à ton sujet le mot de total peut être prononcé, alors qu'en toi n'existe rien de partiel.
9. Toi-même cependant, tu nous as appris à dire : « Notre Père qui es aux cieux ».
Le prophète qui dit « Or notre Dieu est dans le ciel », dit un peu plus loin « Qui habite en Jérusalem ».

1. Découverte du texte
La porte est ouverte... à quoi cela sert-il si on ne peut entrer ! ? Guillaume va chercher la réponse chez saint Paul : « Celui qui monte est celui qui est descendu » .... Celui qui est descendu ...comment serions-nous concernés nous qui sommes ici-bas ? Paul explique : c'est l'Amour. Et voilà le mot amour ou aimer qui revient six fois en sept lignes !
L'amour     qui est en nous    monte,
L'amour     qui est en toi       est descendu.
Tu nous as aimés,    tu es descendu
en t'aimant,             nous montons.
C'est parce que tu nous as aimés que tu es descendu, la force de ton amour t'a fait désirer être proche de nous.
L'amour que tu mets en nous nous fait devenir proches de toi.

Guillaume poursuit en priant. Prière qui exprime une double demande : ouvre toi, toi-même à nous ; montre-nous cette demeure dont tu es la porte.
Ouvre-toi à nous, permets que nous entrions... Si Guillaume demande que le Seigneur ouvre pour que nous entrions, n'est-ce pas parce qu'il sait que souvent nous restons sur le seuil, "chez nous" dans nos affaires, comme si la porte fermée ne nous invitait pas à pas entrer.
Montre-nous la demeure dont tu es la porte... comme si Guillaume ne connaissait rien du Royaume !
Proximité et distance :
Proximité : l'Amour du Seigneur est en nous, il est venu « chez nous » nous sommes invités à « monter » vers lui.
Distance : Il est la porte, et de nous-mêmes nous ne pouvons entrer, nous ignorons encore ce qu'est cette demeure.

Cette demeure c'est le ciel, le Père y habite. Jésus est la porte pour entrer auprès du Père il faut passer par cette porte, pour aller au Père, impossible de faire autrement !
Guillaume rappelle que Jésus nous donnant la prière dit : « Notre Père qui es aux cieux".
Mais voilà de quoi s'interroger sur ce ciel. Avec humour Guillaume dit qu'il ne s'agit pas d'un plancher qui empêcherait Dieu de tomber à terre ! Et il redit  - autant qu'on puisse le dire : si l'on peut parler de celui... si tel mot peut être prononcé... - qui est Dieu. Sa puissance : créateur de toutes choses, il emplit le ciel et la terre ; sa transcendance : limité ni or des lieux ni par le temps, « partout présent, partout tout entier ».
Au ciel dit le prophète, mais aussi à jérusalem... De quoi nous interroger sur la présence, de quoi revoir le sens de ce mot ciel

2. Méditation
Proximité et distance... Tu nous as aimés,  tu es descendu...     en t'aimant, nous montons.
Monter, descendre... il ne peut être réellement question de mouvement. C'est une image... comme toutes les images elle voile une réalité que je suis invitée à accueillir...
Jésus est « descendu ». C'est une image que l'on emploie couramment, quand on dit par exemple de quelqu'un qui s'humilie : il est descendu de son pied d'estale ! C'est ce que saint Paul dit aux Philippiens (2, 8) « Il s'est abaissé, d'un état de Dieu, Lui étant dans la forme de Dieu (v 6) devenant semblable aux hommes, reconnu à son aspect comme un homme » (v 7).
Jésus n'a pas fait un voyage dans les airs pour passer du ciel à la terre. D'une présence, d'une proximité invisible il est passé à une proximité de vivre parmi, de vivre avec.
Contempler Jésus, Fils de Dieu, homme au milieu des hommes, auquel on gardera habituellement son identité « fils du charpentier »...
Nous sommes invités à « monter »... à changer d'état, monter, passer d'un état moins bon à un état meilleur. Un des premiers pères de l'Eglise, saint Irénée nous dit que Jésus s'est fait homme pour que nous « devenions Dieu » et saint Bernard : Dieu s'est fait homme pour que nous puissions l'aimer...
Et comme Jésus a « laissé », je suis invitée à laisser tout ce qui n'est pas de lui en moi pour lui devenir de plus en plus semblable. Non pas mutilation de mon être mais au contraire abandonner le moi peu généreux, pour accueillir tout le meilleur, donné par la Créateur : épanouissement en moi de l'amour, de la paix, de la joie, de la vérité qui sont ceux de Dieu-même...

Alors le ciel ? Il me faut garder cette image : elle me rappelle que Dieu est « l'au-delà de tout » comme le priait saint Grégoire de Nazianze « n'est-ce pas là tout ce qu'on peut dire de toi ? » la splendeur et la grandeur des cieux me font pressentir une beauté, une plénitude, indicibles, insaisissables...

Mais celui qui habite dans les cieux habite dans Jérusalem... « Le Seigneur a fait choix de Sion, elle est le séjour qu'il désire : « voilà mon repos à tout jamais, c'est le séjour que j'avais désiré. » nous dit le psaume 131. Et Ezechiel :« C'est moi leur Dieu qui suis avec eux et eux, la maison d'Israël, ils sont mon peuple. (34, 30) Et Jésus : « Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole, et mon Père l'aimera et nous viendrons vers lui et nous ferons une demeure chez lui » (14,23)

3. Prière
Heureux de toi, priait frère Christophe. Emerveillée de Toi...
Notre cœur, mon cœur est un morceau de ciel, ce lieu où tu aimes te reposer...
Simplement rester là, comme Marie assise à tes pieds, dans le silence.
Tu es l'insaisissabls et pourtant tu te dis...
Poursuis ton œuvre en moi, que je te laisse me façonner selon ton amour.
Et je chante et chanterai encore « Dieu, mon Dieu, tu es merveilleux, Dieu, mon Dieu, tu es merveilleux ! »

 

 

 

 

 

 

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