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Pour retrouver le sens de la lectio et quelques suggestions : la lectio divina.

Regard fraternel

Lectio à partir d'une oraison méditative de Guillaume de Saint-Thierry

Ce sont eux en effet tes serviteurs simples, avec qui tu as coutume de t'entretenir.
En allant vers toi, ils n'ont pas mis leur espoir dans les chars de leurs inventions, ni dans les chevaux de leurs forces, mais seulement dans le nom du Seigneur.
C'est pourquoi la sagesse a tout disposé pour eux suavement : par un bref raccourci, avec un léger bagage, ils parviennent à la fin proposée, là où chars et chevaux font défaut.
Ils ne donnent pas forme à ton amour, ni ne le conforment à eux-mêmes par des recherches subtiles ; mais ton amour même trouve en eux une matière simple : il les forme et les conforme à lui, et par l'affection et par l'effet ;
ainsi, outre ce qui reste caché à l'intérieur, c'est-à-dire la gloire et les richesses dans la demeure de la bonne conscience, la lumière intérieure reluit à l'extérieur sur leur visage, non par un effort artificiel mais pour ainsi dire par une complexion naturelle : si bien que de leur visage et de leur aspect émane une certaine simplicité harmonieuse, procède une certaine provocation à ta charité ; les esprits rudes eux-mêmes et barbares, parfois se trouvent poussés à ton amour à leur seule vue.
C'est que, la nature revenant à son origine, sans docteur, ils se font dociles à Dieu ; et quand ton esprit aide leur infirmité, leurs esprits passent aux affections divines ; une certaine discipline spirituelle modifie alors leurs sens ; leurs corps eux-mêmes revêtent en quelque sorte des visages spirituels, qui possèdent et des faces plus qu'humaines et une grâce singulière. (§ 26)

Et je les vois se réjouir avec moi de la joie que j'ai de leur propre joie ; vouloir et ne pas pouvoir exprimer le mode de leur joie.
En effet l'affection qui les fait jouir de toi quand ils t'aiment peut certes être ressentie dans la suavité sensible d'une joie quelconque, spirituelle ou divine ;
mais il en est comme de la saveur de tout aliment, qu'on ne peut expliquer à personne s'il ne le goûte : de même, cette saveur ne peut ni être discernée par la raison, ni exposée par les mots, ni conçue par les sens.
C'est quelque chose de divin, et les arrhes ou le gage de l'Esprit par qui, en cette vie, ô Dieu, tu réjouis ton pauvre, et le nourris, pour qu'il ne défaille pas en route ;
et pour ce qui est de la joie de la vie éternelle, tu annonces à ton ami, comme dit Job, qu'on peut la posséder et qu'on y peut parvenir. (§ 22)

Guillaume de Saint-Thierry, oraison méditative n° 12

Je prie : Seigneur, toi qui désires la rencontre avec nous, accorde-moi d'accueillir ton Esprit qui nous permet de comprendre ton langage d'amour.

1. Découverte du texte
Dans cette méditation, Guillaume parle des frères avec lesquels il vit à l'abbaye de Signy

Premier paragraphe...
« Serviteurs simples », ils ne mettent pas leur espoir dans des forces naturelles : chars et chevaux, mais en Dieu : « dans le nom du Seigneur ».
Ils ne donnent pas forme à ton amour ??? Qu'est-ce que cela veut dire ? « pas de recherches subtiles », ajoute Guillaume, alors : pas d'efforts de leur part qui feraient que la rencontre, la découverte de Dieu serait au bout de ces efforts.
« par un bref raccourci, avec un léger bagage » On retrouve l'évangile : « ne prenez ni bâton ni besace »
Ils se font dociles à Dieu, « sans docteur » : sans savant ou sans médecin ? certainement sans une aide extérieure forte.

Dociles à Dieu pour accueillir sa grâce, son action, son amour :
« Avec qui tu as coutume de t'entretenir » proximité de Dieu qui se dit...
« La sagesse a tout disposé pour eux suavement - Ton amour les forme et les conforme à lui - quand ton esprit aide leur infirmité »
- Présence agissante, aimante, de Dieu : « les rend conforme à lui par l'affection ». qui est douce et bonne : ça se passe « suavement ».
- qui transforme : « leurs esprits passent aux affections divines ; une certaine discipline spirituelle modifie alors leurs sens »

Action de Dieu possible parce qu'elle peut trouver place dans les cœurs : « ton amour trouve en eux une matière simple », alors elle transforme et rayonne : « la lumière intérieure reluit à l'extérieur sur leur visage, de leur visage émane une certaine simplicité harmonieuse »

Rayonnement qui dit l'amour de Dieu : « les esprits rudes eux-mêmes et barbares, parfois se trouvent poussés à ton amour à leur seule vue. »

Le deuxième paragraphe parle du rapport entre celui qui écrit et les frères. Six fois le mot joie ou jouir... et une constatation avec la comparaison des aliments : « suavité de la joie » qu'on ne peut ni décrire ni expliquer... si on n'en fait pas l'expérience parce qu'elle est don de Dieu.
Expérience d'aujourd'hui qui est espérance, « avant-goût » de la joie éternelle.

2. Méditation
« Tu réjouis ton pauvre et le nourris » Tout est là !
Dieu agit, mais il ne peut le faire que dans un cœur abandonné. « Quand l'homme se vide, il y a place en lui pour l'action de Dieu. » disait frère Luc de Tibhirine...
Ne pas chercher à réaliser des choses extraordinaires, remarquables « par la force des chars et des chevaux », c'est-à-dire aujourd'hui par l'argent, le pouvoir, la persuasion, la séduction...
Ne pas chercher à tout comprendre, à tout agencer par des « recherches subtiles »
Le léger bagage : les dons qui me sont donnés, par Dieu, par ses amis, en toute rencontre vécue sous son regard...
« Quand ton esprit aide leur infirmité », « Ils se font dociles à Dieu »,
poids de tout ce qui va mal, de mes incapacités à aimer, à donner, à ne pas être le centre de ma vie ! C'est peut-être le moment où Dieu désire le plus « s'entretenir avec moi » il me rappelle alors l'accueil du fils prodigue.

Rendre grâce pour tous les moments inconnus de moi, insaisissables, où Dieu a pu rayonner à partir de ce qu'il m'avait donné...

3. Prière
C'est le psaume 130 qui jaillit :
Seigneur je n'ai pas le cœur fier, ni le regard ambitieux,
Je ne poursuis ni grands desseins, ni merveilles qui me dépassent.
Non, mais je garde mon âme égale et silencieuse,
mon âme est en moi comme un enfant, comme un petit enfant contre sa mère.
Attends le Seigneur, Israël, maintenant et à jamais.

 

 

 

 

 

 

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