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Pour retrouver le sens de la lectio et quelques suggestions : la lectio divina.

Connaître par l'amour

Lectio à partir d'une oraison méditative de Guillaume de Saint-Thierry,

Le sens de l'âme c'est l'amour : par lui, qu'elle soit charmée ou qu'elle soit offensée, elle sent tout ce qu'elle sent. Quand par lui l'âme se porte sur quelque objet, une certaine transformation d'elle-même la transmue en ce qu'elle aime : non qu'elle soit la même chose par nature, mais l'affection la conforme à la chose aimée. C'est qu'elle ne peut pas aimer quelque bien, en tant qu'il est bon, si elle-même, en ce même bien, ne devient pas bonne. N'est-ce pas : « Ayez des sentiments pour le Seigneur dans la bonté ? » Et la Sagesse : « Te connaître en effet, c'est le sens accompli. » Et l'apôtre : « Ayez en vous les sentiments qui sont aussi dans le Christ Jésus ». Telle est la charité ; par elle, celui qui aime demeure en Dieu, et Dieu en lui.
O charité, charité qui nous a conduits jusqu'à ce point que, aimant Dieu et le Fils de Dieu, nous sommes nommés et nous sommes dieux et Fils de Dieu ! Et si ce que nous serons n'apparaît pas encore, quand il apparaîtra nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons tel qu'il est. A ceux qui méditent, et parlent, et écrivent sur toi, donne je t'en prie des sens sobres, des paroles châtiées et cultivées, un cœur ardent pour toi, ô Jésus, quand ils ouvrent les écritures qui parlent de toi.
Pardonne, Seigneur, pardonne ; l'amour de ton amour me mène : tu le sais, tu le vois. Je ne cherche pas à scruter ta majesté, mais je suis le pauvre de ta grâce. je t'en prie par la douceur de ta très douce mansuétude : que ta majesté ne m'opprime pas, mais que ta grâce me soulève. Pardonne, dis-je, parce que le propre de la foi et le désir de la vision de Dieu, ici-bas en énigme, là-haut au contraire face à face.
Tout ce qu'ici-bas tu sens au sujet de Dieu, ce que tu vois, tout ce qu'ici-bas la foi t'enseigne sur lui, c'est énigme : une chose sans doute de façon plus obscure, une autre au contraire de façon plus distincte. Et pourtant combien chacune est douce quand elle est présente, combien désirable quand elle semble manquer. : ils le savent, ceux qui le sentent. C'est là en effet le caillou portant un nom écrit : personne ne le connaît, sauf celui qui le reçoit.

Oraisons méditatives, Guillaume de saint Thierry (3,11-12)

J'invoque l'Esprit-Saint : Ouvre mon intelligence pour que je comprenne ce que tu veux me dire de toi par ceux qui t'ont chanté... Ouvre mon cœur pour que je me laisse toucher, bousculer, changer, par la rencontre avec toi à travers la Parole.

1. Découverte du texte

Je lis le texte (ci-contre) à voix haute, le lis et le relis jusqu'à ce qu'il me devienne familier...

« Le sens de l'âme c'est l'amour »... les sens, ils nous mettent en relation... mes yeux me font reconnaître l'ami qui arrive, ils me guident vers l'émerveillement des premières dentelles de neige... isolement, ignorance souffrante de l'aveugle... Mon oreille, elle ne se trompe pas pour me dire qui parle, et encore perception de la beauté musicale ou de la fureur du vent !!! Enfermement douloureux du sourd-muet. Et il en est ainsi encore pour le toucher, le goût, l'odorat...
Le sens de l'âme, c'est l'amour... C'est l'amour qui peut nous mettre en relation avec ce qui est particulier à notre âme, notre esprit, le plus intime de nous-mêmes... c'est lui qui va me faire reconnaître au plus intime de moi-même ce qui est bon, ce qui est beau, ce qui m'épanouit au plus profond de moi... « Par lui, elle sent tout ce qu'elle sent ». C'est l'amour qui va me faire reconnaître ce qui est de Dieu et ce qui n'est pas de lui, c'est l'amour qui va m'émerveiler de ses bienfaits.
Cette relation transforme, elle est bonne, elle ne peut aller que dans le sens du bien, elle est changée en ce qu'elle aime : la distance est abolie !
Guillaume alors nous cite Saint Paul : « Ayez en vous-mêmes les sentiments du Christ Jésus ». En Philippiens 2... Si l'Amour est le sens de l'âme, si c'est lui qui me donne de vivre la relation... ne pas m'enfermer dans une carapace, mais m'exposer aux brûlants rayons de son soleil et me laisser « transmuer » par chaleur...
Puis il cite saint Jean :« Celui qui aime demeure en Dieu et Dieu en lui ». L'hospitalité, les deux hospitalités : Dieu me reçoit, je le reçois. Demeurer : rester là...

O charité qui nous as conduits à ce point que nous sommes dieux.
La charité, l'amour qui nous habite fait de nous des dieux... elle nous faits dieux : même amour, même connaissance, même bonté, même tendresse, même puissance, même gloire... Tout cela enfoui dans notre nature humaine, mais réellement, jusqu'au jour où nous lui serons semblables.
Et plus loin Guillaume explique : tout ce qu'ici-bas on voit, on sent, on sait au sujet de Dieu, c'est énigme. C'est doux, désirable mais en même temps obscur...

Guillaume prie en disant : pardonne. De quoi a-t-il à être pardonné ? On dirait qu'il dit : excuse-moi, c'est ton amour qui me mène, c'est la foi, c'est l'amour que tu mets en nous qui me poussent, je n'y suis pour rie, je ne cherche pas à scruter ta majesté : je ne cherche pas à connaître ce que tu ne me donnes pas encore à connaître et Guillaume en face de la Majesté se situe : je suis le pauvre de ta grâce. Pauvreté, comme celle de Jésus, reçue de lui.

Le caillou : « un caillou blanc, portant gravé un nom nouveau, que nul ne connaît, hormis ce lui qui le reçoit » C'est dans l'apocalypse, au chapitre 2, la promesse faite à l'Eglise de Pergame... Le blanc couleur de victoire et de joie, le nom inscrit dans la paume de la main de Dieu... cf Isaïe... 

2. Méditation
« Ayez en vous-mêmes les sentiments du Christ Jésus ». Essayer de mettre en nous la générosité, la vérité, la charité de Jésus ? Ce n'est pas comme ça que cela se passe... La charité, l'amour demeurent en nous, ils nous précèdent et vont produire ces sentiments...
Dieu demeure... Il me faut une fois de plus, me rappeler l'histoire de Zachée... Zachée, le pécheur, le publicain qui ne peut être par lui-même des proches de Jésus. Mais déjà ce sens de l'âme l'habite qui lui fait trouver le moyen d'une rencontre avec Jésus, une rencontre... à sa taille. Ce qu'il pouvait faire, il l'a fait !
Et la rencontre ne sera plus à la taille de Zachée mais à la taille de Jésus..
Parce que Jésus vient chez lui, Zachée va pouvoir changer. La présence de Jésus donne libre cours à ce sens de l'âme qu'est l'amour, l'amour, celui de Jésus : il désire la rencontre parce qu'il aime, gratuitement, sans juger, sans mépriser, simplement parce Zachée est Zachée et qu'il est là, dans son arbre... et le publicain reçoit Jésus, concrètement, en l'accueillant, il en fait son hôte, et ce sens de l'âme va dilater son cœur, son amour, ce n'est pas seulement ce prophète, cet homme extraordinaire qu'il peut traiter en hôte, en frère, ce sont tous les autres, tous ceux-là qu'il connaît par son métier, tous ceux-là qu'il a l'habitude de voler...

Habités par l'Amour divin communion, nous pouvons faire nôtre la parole de l'apôtre : « Vous êtes des dieux ». Est-ce que j'y crois assez, encombrée de tant de désirs, de projets, d'interrogations, de déceptions... Avec frère Christophe, je peux dire à Jésus : « n'es-tu pas trop dépaysé, à l'étroit dans mon cœur ? »
Ce que nous sommes n'apparaît pas encore dit Guillaume, Tout ce que tu connais sur Dieu c'est énigme. Nous sommes en train de devenir... et chaque jour peut nous donner d'avancer sur ce chemin. Chaque jour dans la prière, pauvre de la grâce, accueillir ce que Dieu veut me dire de Lui, et en vivre... laisser son amour me guider dans mes relations, la connaissance du bien, être sûre qu'il est là et qu'il me guide vers le meilleur de moi qui est le meilleur de lui.

3. Prière
Seigneur Jésus, je crois que je vais faire la collection des cailloux blancs que tu me donnes, et j'en aurai vite plein ma maison, plein mes poches... et ils sont si lumineux que tous mes amis, tous ceux connus ou inconnus que je rencontrerai les trouveront très beaux alors je les leur donnerai... de ta part !

« Elus depuis toujours pour être des fils dans le Christ ». Ton projet nous dépasse Seigneur, accorde-moi, accorde-nous de faire la petite part qui nous revient pour que tu puisses le réaliser.

 

 

 

 

 

 

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