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L'ascétisme est totalement inutile s'il nous change en phénomènes. La pierre angulaire de tout ascétisme est l'humilité, et l'humilité chrétienne est avant tout une question de bon sens surnaturel. Elle nous apprend à nous accepter tels que nous sommes, au lieu de prétendre (comme voudrait nous le faire croire l'orgueil) que nous sommes meilleurs. Si nous nous connaissons réellement, nous demeurons paisiblement à notre vraie place dans l'ordre voulu par Dieu. Et ainsi l'humilité surnaturelle ajoute beaucoup à notre dignité humaine en nous intégrant aux autres hommes et en nous établissant dans des rapports justes avec Dieu et le prochain. L'orgueil nous rend artificiels, et l'humilité réels.
Saint Paul enseigne (3 Thess, 3) que l'humilité et l'ascétisme chrétiens devraient normalement nous aider à mener des vies très ordinaires, gagnant paisiblement notre pain et travaillant, jour après jour, dans un monde qui passe. L'Apôtre considère le travail et l'acceptation surnaturelle d'une vie ordinaire comme une protection contre l'agitation fiévreuse du faux mysticisme. Le chrétien rejette toutes les valeurs du monde. Il ne met pas son espoir dans la sécurité et le bonheur terrestres, ne s'ensuit cependant pas qu'il ne puisse continuer à vivre dans le monde, ou être heureux ici-bas. Il vit et travaille simplement, avec plus de joie et d'assurance que les autres, parce qu'il ne recherche pas de réalisations extraordinaires en cette vie. Il évite l'agitation futile qui accompagne la poursuite de fins purement temporelles. Il vit en paix au milieu de la vanité des choses qui passent, qu'il ne se contente pas de mépriser : car derrière l'ombre il voit la substance, et les créatures lui parlent de la joie du Créateur. L'humilité suprême consiste à voir qu'une vie ordinaire, embrassée avec une foi parfaite, peut être plus sainte et plus surnaturelle qu'une carrière ascétique spectaculaire. Une telle humilité ose être ordinaire, ce qui dépasse les possibilités de l'orgueil spirituel. L'orgueil, contrairement à l'humilité, veut ardemment être original. L'humilité place toute sa paix dans l'espérance, sachant que le Christ reviendra élever, transfigurer et glorifier les choses ordinaires.

Thomas Merton - « Nul n'est une île » extrait chapitre six, § 13

Pour retrouver le sens de la lectio et quelques suggestions : la lectio divina. 

L'humilité

Les lignes qui suivent nous présentent une lectio divina à partir d'un passage du livre « Nul n'est une île », écrit par Thomas Merton, moine cistercien (1915-1968).

J'invoque l'Esprit-Saint
Esprit de paix tu connais la vraie grandeur de Dieu et celle qu'il veut partager avec nous, aie pitié de toutes mes fausses idées, dissipe-les pour que je puisses progresser dans cette rencontre avec le Seigneur

Je lis le texte une première fois pour le découvrir
Cette première lecture m'a fait remarquer une abondance de mots : ascétisme inutile, humilité, orgueil, dignité, sécurité, bonheur, se connaître, demeurer paisibles, gagner le pain, travailler, vivre en paix, rejeter les valeurs du monde, ne pas rechercher de réalisations extraordinaires humilité - accepter tels que nous sommes-prétendre être les meilleurs - humilité surnaturelle-dignité humaine - artificiels -réels - vie ordinaire- agitation fiévreuse faux mysticisme - ne pas mépriser le monde l

Je relis lentement le texte pour "l'écouter". Je note ce qui met en question l'humilité :
- l'humilité question de bon sens surnaturel,
- elle nous apprend à nous accepter tels que nous sommes.
- elle ajoute beaucoup à notre dignité humaine en nous intégrant aux autres hommes et en nous établissant dans des rapports justes avec Dieu et avec le prochain.
-l'humilité nous rend réels
-elle doit nous aider à mener une vie ordinaire (travail, pas de réalisations extraordinaires).
- elle consiste à voir qu'une vie ordinaire vaut mieux qu'un ascétisme spectaculaire.
- l'apôtre place sa paix dans l'espérance: le Christ transfigure les choses ordinaires.
Si l'apôtre rejette les valeurs du monde, cependant il ne les méprise pas.

Je retrouve en ce texte quelques bribes des Ecritures
Marie dans son magnificat tressaille de joie parce que "Dieu s'est penché sur son humble servante", quand les apôtres demandent à Jésus qui est le plus grand, il fait venir devant eux un enfant... Il n'y a pas de béatitude : "bienheureux les humbles" mais les pauvres de cœur ne peuvent être que des humbles et pas d'arrogance possible chez les artisans de paix, chez les miséricordieux... Enfin nous retrouvons Phillipiens 2 : le Christ n'a pas gardé le rang qui l'égalait à Dieu en se faisant homme parmi les hommes...

Et les accents cisterciens
Dans ses sermons sur le Cantique, saint Bernard parle souvent de l'humilité, sagesse, beauté de l'âme, il invite comme ici les moines à se connaître en vérité, en toute humilité. Quant à Marie "si elle n'eût pas été humble, l'Esprit-Saint n'eût pas reposé sur elle". son humilité est plus admirable, plus indispensable que sa virginité !

Je médite à partir de ces lectures : L'humilité parait beaucoup plus simple à vivre que son opposé, l'orgueil. Avec l'humilité, pas d'efforts ni d'inventions extraordinaires à fournir : paix, vie ordinaire, travail. Cette attitude est faite de vérité : vérité sur soi : reconnaître ce que l'on est, ce que l'on a reçu, avec le Christ le faire fructifier. Vérité par rapport au monde : les valeurs qu'il propose, les moyens qu'il met en avant pour les conquérir ne correspondent pas au dessein de Dieu créateur, aux rapports humains respectueux de tous. Par contre le monde n'est pas méprisable : il est bon de reconnaître ce qui vient de Dieu, de ne pas  se l'approprier et de vivre dans la louange, ici encore, c'est une attitude de vérité. Vérité par rapport à Dieu : tout d'abord reconnaître que Jésus est un Dieu humble et qu'il nous invite à nous laisser habiter par lui. ensuite reconnaître ce que nous sommes sous son regard : il nous aime, il désire vivre en nous mais il ne peut le faire qu'à la condition de trouver un cœur libre. Il ne peut concurrencer avec tous les rêves de grandeur, de domination, de réussites qui peuvent nous habiter.
Et puisque Thomas Merton nous parle de l'humilité à propos l'ascétisme cela met l'accent sur le fait que la vie chrétienne n'est en rien un concours à passer, une perfection à atteindre, des performances à améliorer... Comme il le conclut : notre grandeur c'est le Christ qui nous la donne en magnifiant les toutes petites choses que nous pouvons lui remettre.

Je prie
Avec le magnificat : il renvoie les riches les mains vides, il élève les humbles il renverse les puissants de leur trône... et c'est toute l'histoire du peuple de ton peuple Seigneur ! Aujourd'hui tu désires réaliser cela en moi, je te dis mon action de grâces pour l'avoir compris un peu plus et je te dis mon désir d'exaucer le tien.

Je contemple Jésus, à la crèche, sur les routes de Palestine, sur la croix.


 

 

 

 

 

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