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Il est une activité spirituelle qui développe et libère les forces cachées de la conscience psychologique : la perception de la beauté. Non que notre conscience doive avoir en face de la beauté des réactions décadentes ou ésotériques ; mais nous devrions être assez attentifs à tout le réel pour discerner la beauté qui nous entoure. Car la beauté n'est que la réalité perçue de telle sorte qu'elle revêt un éclat particulier. Les choses qui existent sont belles dans la mesure où elles sont vraies - bien que pour les hommes elles peuvent avoir cessé de le paraître par suite d'associations acquises : les serpents sont beaux.
L'un des éléments les plus importants et les plus négligés de la vie intérieure à son début est la faculté de répondre à la réalité, de discerner la valeur et la beauté des choses ordinaires, de nous éveiller à la splendeur qui nous entoure dans les créatures de Dieu. Nous ne les voyons pas parce que nous sommes éloignés d'elles ; ce qui est d'ailleurs, en un certain sens notre devoir.
Nos sens, dans la vie moderne, sont tellement stimulés de toutes parts que si nous ne nous enveloppons pas d'une sorte d'insensibilité protectrice nous perdrons la tête à essayer de répondre en même temps à toutes ces sollicitations !
Le premier pas, de nos jours, dans la vie intérieure, ne consiste pas comme on pourrait le croire, à apprendre à ne pas voir, goûter, entendre ou sentir, mais au contraire à oublier nos façons erronées de voir, de comprendre, de sentir, pour tâcher d'en acquérir de nouvelles qui soient bonnes.
L'expérience esthétique, la création ou la contemplation d'une œuvre d'art donne à la conscience psychologique l'occasion de s'élever très haut. L'art nous permet de nous trouver et en même temps de nous perdre.
L'esprit qui répond à la beauté spirituelle et intellectuelle d'un poème, d'un tableau ou d'un morceau de musique y trouve une vitalité qui l'élève au-dessus de lui-même, à un niveau qu'il ne croyait pas pouvoir atteindre.
L'art n'est pas une fin en soi. Il introduit l'âme dans un domaine spirituel qu'en un certain sens il exprime et explique. La musique, l'art et la poésie mettent l'âme en accord avec Dieu en amenant une sorte de contact avec le Créateur et Maître de l'univers.

Thomas Merton - « Nul n'est une île » extrait chapitre trois

Pour retrouver le sens de la lectio et quelques suggestions : la lectio divina. 

La beauté

Les lignes qui suivent nous présentent une lectio divina à partir d'un passage du livre « Nul n'est une île », écrit par Thomas Merton, moine cistercien (1915-1968).

J'invoque l'Esprit-Saint

Toi qui prends sous ton ombre ceux que Dieu appelle, sois présent à ce temps d'échange avec le Seigneur pour l'accueillir, le louer, le laisser accomplir en moi l'œuvre de son amour.

Je lis le texte une première fois pour le découvrir

Je relis lentement le texte pour "l'écouter" et je note.
Même les serpents sont beaux !... La beauté : on revêt d'un éclat particulier une chose, c'est alors qu'on peut la trouver belle.
Thomas Merton nous présente la perception de la beauté comme une activité spirituelle, l'un des éléments les plus importants.
- Discerner la valeur et la beauté des choses ordinaires, être attentifs à tout le réel, nous éveiller à la splendeur.
- Il ne s'agit pas de s'éloigner des réalités mais au contraire, d'acquérir de nouvelles façons de voir, de goûter, d'entendre, qui soient bonnes.
- L'expérience esthétique permet de s'élever très haut, elle nous communique une vitalité qui nous élève au-dessus de nous-même. L'art introduit l'âme dans un domaine spirituel qu'en un certain sens il exprime et explique, il met l'âme en accord avec Dieu en amenant une sorte de contact avec la Créateur.
- Nos sens sont sollicités de toutes parts. Il nous faut cultiver une certaine insensibilité protectrice. Nous ne pouvons percevoir la beauté que de ce dont nous sommes proches.

Je retrouve en ce texte quelques bribes des Ecritures :
Dans l'Evangile... devant la beauté, on s'émerveille... Jésus s'émerveille parce que le Père révèle ses desseins aux petits et non aux savants et aux sages, il s'émerveille devant la foi des païens, devant l'obole de la veuve... devant l'amour de la pécheresse... le cœur de pauvre...
Il évoque la beauté du lis des champs...
Dans l'Ancien testament, beauté des poèmes d'Isaïe... de certains psaumes qui "chantent la gloire de Dieu"

Et les accents cisterciens : saint Bernard dans son commentaire des Cantiques évoque souvent la beauté... celle de l'épouse, c'est l'humilité, c'est la charité, les vertus « sont les perles qui sont sa parure qui brillent d'un éclat éternel » et le cri de l'Epoux :« Te voici ! Tu es belle mon amie, tu es belle. »
Dès les origines de l'Ordre, l'art a tenu une grande place dans les choix cisterciens tant pour l'architecture, le chant, la copie des livres... Pas d'ornements riches et inutiles, la simplicité est de mise : les choses sont belles si elles sont vraies.
Aujourd'hui encore avec les poèmes de frère Christophe et ceux que nous présentent Gabriel Ringlet * auxquels il joint l'œuvre de l'artiste architecte...

Je médite à partir de ces lectures
La perception de la beauté : l'un des premiers éléments à développer pour la vie spirituelle...
Certes elle est très souvent présente : "les cieux racontent la gloire de Dieu"... goût pour la musique, les décorations sobres et parlantes...
Il faut aller plus loin : s'éloigner de toutes les sollicitations envahissantes, aseptiser notre "univers" des multiples séductions qui ne nous font goûter que l'éphémère, celles que nous imposent l'environnement pour tout consommer.. .s'installer dans une insensibilité protectrice...
Pour rejoindre la beauté, le Créateur en toute chose, dans tout le réel, le voir non pas comme il nous est présenté, mais dans sa réalité, sa vérité : même les serpents sont beaux, dépouillés des méfaits que nous leur attribuons, parés de la beauté de l'acte créateur... Vivre, éveillés à la splendeur...pour aller au-delà de nos habitudes, au-delà de  nous-mêmes, pour entrer en contact avec le Créateur, accueillir, admirer, s'émerveiller, goûter, vivre dans l'accueil, et éclater en louanges, en cris de joie, de reconnaissance...
La musique, la poésie, l'œuvre d'art, nous mènent dans cet univers qui est "au-delà de nous". Ils vont nous aider à pratiquer cette insensibilité protectrice qui nous éloigne des médiocrités environnantes ou les voir de manière nouvelle dans leur belle vérité.
Faire place à la fleur, à l'image qui nous inviteront à rejoindre cet univers de l'émerveillement, dans la monotonie banale du quotidien...
"Sa beauté c'est sa charité", nous ne pouvons connaître le cœur de l'autre mais nous sommes capables de voir tous les gestes de solidarité, de gentillesse, de respect, d'amour... à entendre les paroles d'espérance, qui rendent présent l'amour de Dieu et transfigurent le monde... les regards lumineux de bonté, de tendresse, de joie...

Je prie :
Emerveillement et remerciement pour cette nouvelle prise de conscience pour une réalité bien présente dans ma vie mais qui s'invite aujourd'hui comme un contact constant avec le Créateur...

Je contemple Jésus :
Il attire vers lui les enfants, ce sont leurs semblables qui entreront dans le Royaume... Ne sont-ils pas les maîtres de l'émerveillement ?

 

 

 

 

 

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