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La pensée cistercienne :
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 message : l'amour, l'Incarnation, Marie, l'existence chrétienne
          - sermons de saint Bernard de Clairvaux à partir du Cantique des Cantiques, extraits
          - florilège : très souvent cités : l'amitié,  la joie, la prière, le repos, le silence... et bien d'autres
Un aujourd'hui de la vie cistercienne : les événements   - Tibhirine  - la lectio divina   -  la liturgie
L'histoire du monachisme cistercien
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M E S S A G E R S    DE   P A I X

Aujourd'hui 21 mai 2015 : dix-neuvième anniversaire de l'annonce de l'exécution des sept moines du monastère de Notre-Dame de l'Atlas, enlevés à Tibhirine dans la nuit du 26 au 27 mars 1996.
En ce temps de violences faisons mémoire de ce que cette communauté cistercienne a vécu, pour en rendre grâce et écouter le message qu'elle nous livre pour qu'à notre tour, nous sachions aujourd'hui, être des messagers de Paix.

Quand la violence se déchaîne.

Au mois de décembre 1991 a lieu le premier tour des élections législatives, premières élections libres en Algérie. Elles s'annoncent favorables au Front Islamique du Salut. Au mois de janvier 1992, l'armée provoque un coup d'état, les assemblées départementales du FIS sont dissoutes, ses chefs exilés, emprisonnés… C'est alors que des membres du FIS armés prennent le maquis, luttent pour la conquête du pouvoir et l'établissement d'un Etat islamique.

Frère Luc : Les terroristes ont quelque chose à dire que le pouvoir ne veut pas entendre. La parole refoulée, étouffée, explose en colère, en folie qui tue.
Ici, la violence est toujours présente - c'est une violence aveugle. La mort touche tout le monde, mais personne ne s'en émeut. c'est le monde qui est malade. Ici c'est la confusion. Deux partis sont en présence l'un veut garder le pouvoir, l'autre, s'en emparer. Ils se battent dos au mur. Quand et comment cela finira-t-il ?

Le 1r décembre 1993 les terroristes ordonnent à tous les étrangers de quitter le pays. Rester, c'est être menacé de mort. Christian de Chergé commence la rédaction de son testament.

Frère Christian, 22 janvier 1994 : Le mardi 14 décembre, à la nuit tombante, douze hommes, douze frères, citoyens de l'ex-Yougoslavie, ont été égorgés à l'arme blanche. Il faudrait dire l'humiliation de tous ceux qui, dans notre environnement, ont ressenti ce massacre comme une injure faite à l'islam tel qu'ils le professent et cela au double titre de l'innocence sans défense et de l'hospitalité accordée.
Scène présentée dans le film « Des hommes et des Dieux »

Les voisins sont sous le choc, la menace est à leur porte, beaucoup d'appels, de visites manifestent l'inquiétude pour les moines.


Frère Christophe, de retour de Fès le 22 décembre 1993 : Il y a eu des choses vécues ici à Tibhirine. Surtout le massacre des Croates… Je retrouve une communauté très marquée, impressionnée : approfondie dans son humanité chrétienne, humaine et… contemplative.

Frère Christian réunit la communauté le 23 décembre : Quelles sont nos raisons communautaires de rester ici aujourd'hui ?  

24 décembre 1993      Rien ne sera plus comme avant

Le film de Xavier Beauvois présente ce qui s'est passé la nuit de Noël 93 à Notre-Dame de l'Atlas. Si les circonstances de l'intervention des islamistes diffèrent un peu de qui s'est réellement passé, le dialogue est authentique : les écrits des témoins de l'événement le confirment.

Frère Christian, 8 mars 1996 : Après la visite de Noël, il m'a fallu quinze jours, trois semaines, pour revenir de ma propre mort. On accepte très vite la mort, ne vous inquiétez pas, mais pour reprendre pied ensuite, on met du temps.
Frère Christophe, 2 janvier 1994 : J'ai été amené jusqu'en un point extrême, excessif. Un point de gravité dont le poids continue de peser sur mes épaules. .Je suis comme chacun ici et comme nos voisins, fatigué, appesanti.
28 janvier 1994 : Michel hier matin. Passant la serpillière, il s'arrête et lève vers moi son regard si clair pour lâcher sans guère ouvrir la bouche : « c'est plus comme avant. Depuis qu'ils sont venus je suis sans force ».


Faut-il partir ou rester ?
Claude Rault* : C'était impensable de dire : parce que la situation est devenue dramatique, le temps du drame et de la souffrance est venu, on s'excuse, mais on s'en va… Même si cette Algérie était devenue un peu folle, raison de plus pour rester à son chevet, c'est vraiment d'être au chevet de cette personne malade, lui tenir la main et de dire : je suis là… c'est vraiment ce que vivait l'Eglise d'Algérie à ce moment-là."

Des années de violence ont engendré la spirale infernale en même temps que l'histoire du monastère lieu de paix. Le film « Des hommes et des dieux » rapporte cette longue histoire et les liens indestructibles qu'elle a tissés. Frère Christian demande à l'un des vieux villageois ce qu'il pense d'une protection de l'armée. Et celui-ci répond : « Pas l'armée ! c'est une catastrophe ! non, non, il ne vient pas l'armée, notre protection, c'est vous, parce que le village il a grandi avec le monastère » et il rappelle le pacte conclu, bien avant la guerre, entre sa mère et le prieur d'alors, frère Daniel, « parce que ma mère elle se sent bien ici » : Nul ne doit quitter Tibhirine - Moussa à Christian : « si vous partez vous nous privez de votre espoir et vous nous enlevez notre espoir. »
Et rapporté dans le film : Christian disait à M, fils d'Ali, « Tu sais, on est un peu comme l'oiseau sur la branche » Et lui de répondre : «  Tu vois, la branche c'est vous. Nous on est l'oiseau. Et si on coupe la branche… »

Frère Christophe,
11 janvier 1994 : On ne peut plus faire marche arrière, il faut aller jusqu'au bout  L'histoire attend de nous ton baiser de paix.


La paix est un combat

Frère Christophe : Echange avec Moussa : « Le mal est chose mauvaise, c'est dans le cœur de chacun ».
Il me faut gagner en moi le combat de la PAIX, la recevoir de tes mains percées.
Dans le climat de violence où nous vivons ici je suis renvoyé à ma propre agressivité et à mes complicités cachées avec la Mort, avec le Meurtre et le Mensonge. Jésus me tire de cet abîme et me conduit, à la mesure même de ma confiance en lui, vers une vérité qui peu à peu me recrée.
 
Frère Luc : Seigneur donne-moi de pouvoir mourir sans haine au cœur.
Frère Christian : Après la visite de Noël, je me suis dit : ces gens-là, ce type là avec qui j'ai eu ce dialogue tellement tendu, quelle prière je peux faire pour lui ? Je ne peux demander au bon Dieu : tue-le. Mais je peux demander : désarme-le. Après, je me suis dit : ai-je le droit de demander : désarme-le si je ne commence pas par demander désarme-moi et désarme-nous en communauté. C'est ma prière quotidienne, je vous la confie tout simplement.
Frère Christophe : Cette violence qui pesait sur toute la région on la sentait, la communauté en était envahie, assombrie par la violence environnante.
Quelle parole dire pour désarmer la violence qui est en face, pour ne pas l'augmenter ? Résister à ce qui se passait, qu'apporter pour atténuer la violence, se solidariser avec les gens du village et avec l'Eglise ?
Rester liés ni à un camp ni à un autre pour rester frère de tous. Nous ne pouvons obéir ni au Wali ni aux maquisards mais nous voudrions rester moines, hommes de paix et de prière… et de travail.


Frère Christophe dans son journal,19 janvier 1994
C'est toi le maître du combat, Tu nous imposes les règles de l'amour crucifié,
Nos ennemis, tu les livres
entre nos mains ouvertes de priants.
Tu nous confies le Pardon, dans la force de ton Souffle de vérité
afin de l'insérer ici dans l'histoire de l'Algérie
afin de l'inscrire comme notre contribution christique à son redressement.


Frère Armand Veilleux* Alors que le cercle infernal de la mort se resserre autour d'eux, les moines de Tibhirine croissent ensemble dans une union à Dieu qui n'a d'égale que leur union fraternelle.
Gabriel Ringlet* Car Tibhirine, ce nom de rien devenu immense, raconte une chose simple à laquelle le tragique destin va donner plus de lumière encore : la fraternité existe ; l'amitié est possible et elle se renforce dans le respect de la différence.


Leur existence est un appel

Bruno Chenu*
Les moines de Notre-Dame de l'Atlas avaient fait alliance avec l'Algérie. Ils avaient estimé que leur vœu de stabilité les obligeait à demeurer dans la proximité d'un peuple souffrant et priant. Ils avaient choisi l'enfouissement de l'amour quotidien, de la prière vigilante et du don total de soi. Alors, oui, leur existence est un appel. Car leurs corps martyrisés dessinent en lettres de sang la seule perspective qui donne un avenir à l'humanité : celle d'une société qui se construit pas à pas, jour après jour, dans le respect mutuel, la recherche de fraternité, la volonté de paix et la pratique du pardon.

Les moines avaient choisi une vie simple, ils cultivaient la terre. Ils ont ainsi contribué à améliorer les conditions de vie des voisins avec lesquels ils partageaient le travail… et les récoltes… Comme leurs « aînés », au moyen-âge, ils n'avaient pas eu peur de prendre une place qui n'est pas brillante dans les mentalités. Traditionnellement en Algérie, le travail de la terre est en effet celui des esclaves, venus du sud. Dans ce pays où l'agriculture est à la traîne, il est bon que des gens s'y intéressent de plus près et montrent qu'il est possible d'en vivre. Conscients des besoins des villageois, les moines sont allés plus loin, ils ont partagé les terres mais encore ils leur ont remis un espace dans un bâtiment pour en faire leur mosquée qui devenait école coranique le jour où les enfants pouvaient la fréquenter ; ils ont partagé les jours de fête, le rite du thé… ils ont appris la langue, autant qu'ils le pouvaient… La présence de Frère Luc, médecin, a été d'un grand secours pour cette population traumatisée par les événements, elle a été un signe fort du respect de l'autre, lui qui soignait chacun sans se préoccuper de la religion ou de la place dans la société. Les moines de Notre-Dame de l'Atlas avaient fait alliance avec l'Algérie. Ils avaient choisi l'enfouissement de l'amour quotidien, de la prière vigilante et du don total de soi. Alors, oui, leur existence est un appel. Car leurs corps martyrisés dessinent en lettres de sang la seule perspective qui donne un avenir à l'humanité : celle d'une société qui se construit pas à pas, jour après jour, dans le respect mutuel, la recherche de fraternité, la volonté de paix et la pratique du pardon. Aujourd'hui à Tibhirine, il n'y a plus de communauté de moines mais : « Il n'y a pas de jours sans que soit évoqué « le temps des moines », leur manière de faire, la haute estime de la population, des visiteurs, des ouvriers et des familiers du monastère. » « Aujourd'hui encore des personnes montent au monastère. Elles viennent se ressourcer, chercher quelque chose, cueillir une odeur, un parfum que ni le temps ni la tragédie n'ont pu suspendre »

*Claude Rault, père blanc, évêque du sud algérien familier de Tibhirine
* Frère Armand Veilleux, du Conseil de l'Ordre Cistecienen 1996
* Gabriel Ringlet dans Effacement de Dieu p. 264, année 2011
* Bruno Chenu, Père religieux assomptionniste, Témoignages tirés de :
  - "Des hommes et des dieux", images du film et écrits des moines de Tibhirine, Bayard, 2011
  - TIBHIRINE L'HERITAGE - Bayard éditions, sous la direction de Christophe Henning

 

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