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grenier - cisterciens       
La pensée cistercienne :
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 message : l'amour, l'Incarnation, Marie, l'existence chrétienne
          -sermons de saint Bernard de Clairvaux à partir du Cantique des Cantiques, extraits
          - florilège : très souvent cités : l'amitié,  la joie, la prière, le repos, le silence... et bien d'autres
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L'histoire du monachisme cistercien
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Démarche synodale avec les Bienheureux Frères de Tibhirine,

« Nous mettre à leur école pour entrer dans la joie et le bonheur qui a été le leur et qui a résisté à toutes les tribulations »

La présentation des moines est rédigée à partir de l'ouvrage :
Moines de Tibhirine - heureux ceux qui espèrent - Autobiographies spirituelles, réalisé par madame Marie-Dominique Minassian. 

 

PREMIERE ETAPE : LA RELATION A DIEUcpun

 


«
Le choix de rester ensemble jusqu'au bout
   à Tibhirine
       a dépendu de l'option de chaque moine
         d'une attitude profonde et très personnelle
        dans son rapport avec Dieu »
 Frère Jean-Pierre Schumacher, Introduction, (p.24-25)

 

8 juillet 2022, troisième halte

Il donne mission à ses anges
de te garder sur tous tes chemins. (ps 90-91, 11)

Des anges ? ...tous ceux que l'histoire personnelle ou collective place autour de nous. Par eux l'Esprit appelle, invite, éclaire, accompagne, réconforte, ...vérité, paix, joie, confiance.

 

Frère Célestin

" Moi je serai prêtre"  Depuis tout jeune ce désir habite le cœur de Célestin ».(P. 258)
Il fait donc ses études au petit séminaire. Entrée au grand séminaire, qu'il doit quitter le temps de son service militaire.
Il est affecté à un régiment d'infanterie motorisée qui est envoyé en Algérie. Nous sommes en 1957, la "guerre d'indépendance" sévit depuis quatre ans. A l'issue d'un accrochage avec le FLN, Célestin, affecté au service de la santé va s'occuper d'un prisonnier blessé, Si Ahmed Hallouz. Celui-ci est condamné à mort, Célestin va obtenir, année après année, un report de l'exécution, jusqu'à sa libération.

Il retourne au grand séminaire, il est ordonné prêtre en 1960, nommé aussitôt professeur au petit séminaire.
Il entre alors dans une fraternité de prêtres Charles de  Foucauld.
En 1964 il devient vicaire à la paroisse saint Dominique de Nantes. Assez rapidement il va "se faire proche des pauvres (...) il mène une vie harassante parcourant en 2CV ou à vélomoteur les quartiers pour se faire proche des cabossés de la vie, marqués par la prostitution, l'alcool, ou la délinquance". (P. 260)
Alors que le curé avait accepté et soutenu ses choix, en 1975 avec un troisième prêtre arrivé à la paroisse la collaboration devient impossible. Ignorés par l'autorité diocésaine pourtant interpellée, Célestin et le curé quittent la paroisse, Célestin choisit de demeurer dans le quartier en louant un petit appartement dans un HLM.

« J'ai appris (et je continue à l'apprendre) ce que c'est qu'être un homme, un chrétien, un prêtre, là où avec d'autres j'ai mené, et je continue de mener le combat pour la libération de mes frères, au cœur des engagements temporels, dans des mouvements de base.
Vous m'avez fait saisir combien les plus belles paroles sur Dieu de la part des hommes d’Église, non accompagnées d'actes quotidiens, ne construisent pas le monde, pas plus d'ailleurs que le Royaume au cœur de la vie des hommes ! »

« Je n'ai pas voulu être un prêtre qui au nom de sa théologie en chambre parle de Dieu à ses frères humains, ni le prêtre tel qu'il est lorsqu'il sort des longues années d'études au séminaire, ni même un prêtre qui parle aux hommes au nom du pouvoir religieux dont on l'investit beaucoup trop vite à mon avis !
Mais par contre il y avait chez moi, et il y a encore, un besoin profond, un besoin impérieux, d'amour toujours plus vrai, une nécessité d'être avec (et non à côté) les hommes mes frères, en égalité. »

« Toute cette vie partagée découle de ma foi au Christ. Lui l'égal de Dieu n'a pas utilisé ses privilèges de Fils de Dieu, il est devenu en tout l'égal des hommes ; et ce n'est qu'au cœur d'une longue incarnation, d'un long enfouissement, jusqu'au bout du don total que peut faire un homme, qu'il reçoit de Dieu l'Esprit de vie pour lui et pour tous ses frères. »
Dernière homélie à la paroisse St Dominique de Nantes, 11.05.75, (p. 261-262)

Il obtient le statut d'éducateur de rue, puis un emploi au centre d'action éducative pour accompagner les sortant de prison.
A partir de 1976 il prend contact avec l'abbaye de Bellefontaine, il y passe trois ou quatre fois dans l'année.
« Vous revoir, c'est mieux voir ceux et celles avec qui je part age ma vie quotidiennement et mieux les saisir dans leurs relations avec Jésus, en faisant l'expérience très forte d'une vie-avec-lui avec vous... et je suis en forme ! tout en portant sur mon dos des milliers d'intentions, des poids de vie lourds à porter par ceux que je rencontre quotidiennement. »
Lettre à Père Gilles de Bellefontaine 12.08.80, (p. 266).

Frère Christophe

A 22 ans, à la recherche d'une communauté priante, il écrit à ses parents :
« Merci d'avoir été docile à la main de Dieu, d'avoir été les instruments dont il s'est servi pour m'appeler à lui. Car cet appel de Dieu qui me pousse à partir, à tout quitter, il ne m'appartient pas, il vient de Dieu, pour partie à travers vous. Ainsi désormais c'est à travers lui que nous nous aimons. »
Lettre à ses parents 6.07.72, (p. 501)

A Alger, en coopération :
« Il m'arrive de découvrir une fraternité inconnue jusqu'alors, celle d'un Enfant de Dieu. Je la trouve si belle. Il me semble la regarder extérieure à moi, belle, vraie, divine. Merci Seigneur. La vie ici près du Père Carmona est une vie de prière et de service. Elle me fait du bien, je le sens, dans mon corps ces temps-ci où il m'est quelquefois dur d'être disponible, d'obéir, de rester petit, de ne pas parler de moi, ou de mes opinions. »
Journal 24.11.73, (p. 514)
Sa vie de prière s'intensifie au contact du père Joseph Carmona.

« Demander conseil à un Père. Jamais je ne me suis ouvert à quelqu'un, je ne sais pas parler de moi de ma vie. Comment faut-il faire ? »
Journal 3.04.73, (p. 509)

« Le Père Carmona m'apporte toujours beaucoup par sa vie accueillante, sa prière, son bon sens, je suis souvent avec lui. Je suis allé dimanche à la Trappe avec lui. C'est beau.
Ils sont huit qui vivent au milieu des pauvres, très simplement, l'un des frères médecin soigne les gens de la montagne et puis ils font l'huile des familles et surtout ils prient. »
Lettre à son père 31.12.73, (p.512)

 

8 juin 2022, Deuxième halte

Puisqu'il s'attache à moi, je le délivre ;
je le défends, car il connaît mon nom.
Il m'appelle, et moi, je lui réponds ;
je suis avec lui dans son épreuve.
( Ps 90-91, 16)

Frère Christophe

Enfance heureuse dans une famille chrétienne,

«  Nous avons été élevés chrétiennement mais (!) dans une grande liberté - et surtout, je crois, nous avons chacun perçu quelque chose de profond dans la foi de nos parents, dans leur vie... »
Présentation en communauté 7.12.77 (p.491)

L'age du collège arrive, il demande à entrer au petit séminaire, il souhaite devenir prêtre. De ces années il gardera de bons souvenirs mais plus tard il dira :

«  Les premières années sont déjà trop sérieuses et peu à peu je deviens compliqué ...  »
Journal 5.7.72 (p.492)

Avec l'adolescence... les questionnements, les remises en cause... la dernière année du lycée est décisive, il se passionne pour la philosophie, nous sommes en 1968.

« Il y a en moi comme une réponse, non je ne serai pas prêtre. (...) Attendre, obéir à une absence. Obéir à des ordres qui ne viennent pas. Se soumettre à  un  Autre qui n'est pas. Il y a une exigence en moi : Dieu m'appelle. Je le sens. Mais que veut-il de moi ? »
Journal 8.2.68 (p.493)

Il s'inscrit en faculté de droit, "sans idée précise" sur son avenir. Avant la fin de ces études il rencontre l'Abbé Pierre il retrouve chez lui "un discours sur Dieu exigeant qui soulève le cœur". Il participe aux camps internationaux d'Emmaüs.

« ...désormais je ne peux vivre si j'oublie ce fait énorme, qu'il y a des pauvres et que le bonheur ne peut être trouvé sans eux. »
« ... à la fin de cette année 72, je prends conscience que seul le Christ peut accueillir l'amour qui est en moi, le désir de justice et de paix. C'est un grand changement dans ma vie. Je rentre à la maison, l’Église, dont je m'étais séparé - la confession - l'Eucharistie »
Présentation en communauté 7.12.77 (p.497)

Muni de son diplôme, Christophe attend une affectation pour faire son service militaire en coopération. Temps de "retraite" pendant lequel il va mûrir le désir de devenir religieux. Il est envoyé dans une école d'un quartier populaire d'Alger. Il aide au rattrapage scolaire d'enfants handicapés.
« ... Dieu lui aussi veille sur moi et m'accorde des grâces de toutes sortes pour m'aider à répondre à son appel. Loin d'être perdu, seul, triste, je suis entouré de gens qui aiment, de gens qui souffrent, de gens qui prient ; je suis déjà "inséré dans la communauté paroissiale d'Hussein-Dey"... c'est une communauté où l'on peut tous se connaître et qui tente de vivre du mieux qu'elle peut dans ce monde musulman ; son curé est un "pied-noir" à la fois très forte personnalité qui est très accueillant, simple... prêtre.»
Lettre à ses parents octobre 72 (p.504)

Christophe accompagne ce curé, le Père Carmona, pour une retraite à la Trappe de Tibhirine :
« Ce temps en Algérie c'est le lieu où Dieu te permet de te quitter toi-même. (...) S'en remettre totalement à Dieu. Comme Abraham, j'ai été appelé par Dieu, comme lui, son enfant chéri. Je dois remettre à Dieu ce qui lui revient. Son Appel. Sa décision . (...) La prière pour l'Algérie fait partie intégrante de ma "coopération"... »Journal 9..11.72 (p. 507)

Ses contacts avec les moines s'intensifient, s'approfondissent,
« ... Etre serviteur, afin d'entendre l'Appel en le vivant car telle est "ma" vocation. Souffrance : expression de l'amour, purification de l'amour La Croix : Jésus tout amour tout donné... Le temps prend la dimension de Dieu : il exprime l'appel de Dieu quel que soit mon travail, il se nourrit d'amour et je veux le gaver de moi, de mes-ambitions, désirs, projets ou souvenirs. Trappiste : si Dieu veut. »
Journal 24.10.73 (p. 512)

Frère Michel

« C'est normal qu'un jour ou l'autre tu te demandes si tu as la foi. (...) Ces moments-là  sont durs... surtout quand vient la messe, la prière, la réflexion, c'est dur de se mettre FACE A FACE avec Jésus-Christ, et de regarder à sa LUMIERE ce qui ne va pas pour essayer d'y remédier...
Quelle sera l'issue ?
Je souhaite que ça soit celle de la Vierge, le jour de l'Annonciation... (relis ce passage)... la remise entre les mains de Dieu... de notre vie.... de notre avenir... dans une disponibilité TOTALE... dans une CONFIANCE INCONDITIONNEE... ; car nous savons que Dieu a regardé chacun de nous avec AMOUR... il t'a regardé avec AMOUR  (et moi aussi).
(...) Le principal est de répondre à ce que Dieu  ATTEND de nous. »
Lettre à Roland Ménoret 6.10.68 (p. 139)

Frère Christian

« Par deux fois j'ai été acculé cette année à une radicale impuissance au plan de la CHARITE ; même la volonté se dérobait ; il ne restait que le dégoût de soi et l'évidence du non-sens et du néant de tous les dérivatifs qui seraient une fuite de cet obstacle sur le chemin de ma vie  AVEC Dieu.
SEUL l'Esprit peut créer en nous la charité du Christ . »
Cahier de retraite 17-21.09.73 (p. 356-7)

 

8 mai 2022, Première halte

        « Mon Dieu dont je suis sûr » (Ps 90-91, 2)

Frère Michel
Avant d'arriver à Tibhirine le 28 août 1984, le chemin a été long pour Frère Michel,  depuis son premier désir d'être prêtre révélé alors qu'il avait 14 ans, des études au grand séminaire qu'il ne peut achever. Il s'oriente alors dans la vie ouvrière, dans la recherche d'une proximité avec les pauvres, auprès d'équipes de prêtres du Prado.
« Je profiterai d'une partie du samedi pour prier, réfléchir, lire, essayer de découvrir ce que Dieu attend de moi, au jour le jour, et au cours de cette année. »
Lettre à Roland Ménoret 14. 09. 68 ( p.138)

Une "faim et soif d'absolu" le pousse vers la vie monastique qu'il trouve à l'abbaye cistercienne de Bellefontaine où il fait profession le 6 janvier 1983. Il y découvre la situation du monastère de l'Atlas. Il ressent l'appel à rejoindre ce monastère, les deux communautés acceptent l'essai :

« Père de Bellefontaine, je vous laisse cette prière...

1.Toutes les tempêtes peuvent souffler                2. Tous les problèmes peuvent m'arriver
   Tous les incendies peuvent brûler                         Toutes les maladies peuvent me toucher
   Toutes les inondations peuvent m'emporter        Toutes les paroles peuvent me blesser
   Tous les volcans peuvent se ranimer                    Tous les malheurs peuvent me ruiner
   Tous les séismes peuvent me secouer                Tous les ennemis peuvent me persécuter
   Mais ma foi reste inébranlable                              Mais ma foi reste inébranlable

3. Ma foi, c'est Toi ! ma force, c'est Toi !
    Dieu de toute ma vie, je Te sens
   Je Te prie, je Te chante, je Te parle
   Je n'ai ni crainte, ni peur, ni anxiété,
   La vie vaut la peine d'être vécue.
   Avec Toi, toujours présent et éternel
   En Toi, ma foi est inébranlable.
   Merci Y...
   et je crie : "Mon Dieu donne-nous cette foi-là" »
(p. 155)

«  Tout est grâce... (même le péché)
Fais que notre foi en toi... Jésus exalté... ne repose que sur la puissance de l'Esprit, ne soit qu'œuvre, fruit de la puissance de l'Esprit...
Oui, Père, c'est ainsi que tu l'as voulu dans l'œuvre de ta grâce souveraine... »
Méditation (1.01.81) (p. 147)

Frère Luc
« Quand tu liras cette lettre ce sera Pâques. Le Christ nous montre le chemin. La mort est le « passage » obligé. Que sera pour nous cette mort : violente ou au terme d'une maladie ? C'est l'imprévu de toute vie. Quand l'heure sera venue, je me présenterai à Dieu comme le mendiant, les mains vides, couvert de plaies. Nous marchons vers Lui par la pauvreté, l'échec et la mort. Le christianisme est l'inversion de toutes valeurs.  J'irai vers Dieu, mon Père, comme ceux qui sont sans domicile fixe, pour rejoindre une demeure stable et définitive. Ma seule confiance, ma seule Espérance est la Miséricorde infinie de Dieu qui accueille chacun tel que nous sommes. Malgré les malheurs de la vie, c'est une grâce d'être né, car au fond du mal il y a quelqu'un. Le secret de la vie est  d' "Aimer" »
Extrait d'une lettre à Mn, 23 04 94 (p.125)

Frère Christian
« A côté de ces frères retrouvés, il y a ces autres frères pas très sûrs d'être aussi proches qu'on le leur écrit. Conserver avec eux un lien concret, peut-être laisser vivre sous leurs yeux un pauvre bonhomme de moine, franchir avec eux la clôture de sa recherche de Dieu poursuivie vaille que vaille, dans le partage de tout ce qu'il a, de tout ce qu'il est, avec d'autres « nomades de Dieu ». Écartelé à l'horizontale par l'urgence fraternelle de chaque jour ; écartelé à la verticale par l'espérance folle de VOIR DIEU ; et devoir chercher l'équilibre crucifiant qui transfigure toute réalité afin d'arracher à tout être ce reflet de Dieu révélant la complicité voilée du créateur et de toute créature, et donc la qualité, l'authenticité humaine de tout ce qui s'accomplit avec l’invincible espérance d'une charité possible, simplement parce que DIEU EST LA.
Chronique de l'espérance 1974 (p 359)

 

Courte présentation des sept Frères,


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