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La tradition
Thomas Merton

Thomas Merton (1915-1968) a été moine à l'abbaye cistercienne de Gethsémani aux Etats-Unis. Dans son livre "Nul n'est une île", au chapitre sur la Vocation (§15 et 16), il présente ce qu'est la Tradition... et ce qu'elle n'est pas !

Qu'est-ce que la tradition monastique?
C'est la façon de vivre telle qu'elle a été pratiquée et transmise de génération en génération depuis l'époque des premiers moines, des Pères du désert égyptien, qui mettaient simplement en pratique la pauvreté et la charité des Apôtres et des premiers disciples du Christ. C'est donc un ensemble de coutumes, d'attitudes et de croyances qui résument toute la sagesse de la vie monastique et apprennent au moine à l'être de la façon la plus simple et la plus efficace : comme les autres moines l'ont toujours été, en même temps qu'elles lui enseignent à vivre dans les circonstances particulières de son temps, du pays où il se trouve et de sa culture.
La tradition monastique indique aux moines, par exemple, la place que doivent tenir dans leurs vies la prière, la lecture et le travail. Elle leur montre que l'hospitalité est un aspect important de la vocation monastique. Elle leur apprend à être des hommes mortifiés et maîtres d'eux-mêmes, en même temps que la mesure et la discrétion convenables à observer en toutes ces choses. Elle leur montre clairement le peu d'importance relative des observances extérieures comparées à l'esprit intérieur et à l'essence réelle de la vie monastique ; en un mot, elle met tout en ordre dans l'existence des moines.
Lorsque manque ce sens de la tradition monastique, les moines commencent immédiatement à mener des vies qui manquent d'équilibre. Ils sont incapables d'apprendre la vraie discrétion, ni la mesure. Oubliant ce qu'ils devraient être, ils ne peuvent se fixer ni vivre en paix au monastère. Ils ne s'entendent ni avec leurs supérieurs, ni avec leurs frères. Pourquoi ? Parce que des religieux qui n'ont jamais appris à être de vrais moines perdent la raison à essayer de mener la vie monastique avec l'esprit et les méthodes appropriées à un autre genre de vie. Seule une réelle compréhension de la tradition monastique peut maintenir le bon sens et la paix au monastère. Mais elle ne s'acquiert pas automatiquement. Elle s'apprend, et ne peut s'apprendre sans contacts directs avec ses sources. C'est pourquoi Saint Benoît exhortait ses moines à lire Cassien, Saint Basile, et les Pères du désert. Mais la lecture des anciens textes monastiques n'est que l'un des moyens, et non le plus important, de reconnaître la tradition monastique. La seule façon de devenir moine est de vivre au milieu de vrais religieux, et d'apprendre à vivre par leur exemple.

Dans cette question de tradition monastique, il nous faut soigneusement distinguer entre tradition et coutumes. Dans bien des monastères où les moines s'imaginent suivre la tradition, il y a bien peu de traditions vivantes, parce qu'ils s'accrochent à tout un système compliqué de coutumes. Superficiellement coutumes et traditions peuvent sembler analogues ; mais cette ressemblance superficielle ne fait que rendre le formalisme plus nocif. En fait, les coutumes sont la mort de toute vraie tradition, comme de toute vraie vie. Ce sont des parasites qui s'attachent à l'organisme vivant de la tradition et dévorent sa réalité, qu'ils changent en un formalisme creux.
- La tradition est vivante et active, mais les coutumes sont passives et mortes.
- La tradition ne nous forme pas automatiquement : il nous faut travailler pour la comprendre. On accepte d'office et passivement les coutumes ; aussi s'en sert-on facilement pour fuir la réalité. Mais elles ne nous offrent que de prétendues façons de résoudre les problèmes de la vie - un système de gestes et de formalités.
- La tradition nous apprend vraiment à vivre à devenir pleinement responsables de nos vies. Elle est ainsi souvent carrément opposée à ce qui est ordinaire, à la simple routine. Mais les coutumes, qui ne sont que des répétitions d'habitudes familières, suivent la ligne de moindre résistance. L'on pose un acte, sans essayer d'en comprendre le sens, simplement parce que tout le monde le fait.
- La tradition, toujours ancienne, est en même temps toujours nouvelle parce qu'elle se renouvelle continuellement, et ressuscite à chaque génération pour être vécue et appliquée de façon particulière et nouvelle. Le formalisme n'est que l'ossification des habitudes sociales ; les activité des gens conventionnels sont de simples excuses pour ne agir de façon plus humaine.
- La tradition nourrit la vie de l'esprit ; le formalisme se contente de masquer son délabrement intérieur.
- Enfin la tradition est créatrice. Toujours originale elle ouvre des horizons nouveaux à un voyage qui l'est peu. Le formalisme, au contraire, manque totalement d'originalité : c'est une imitation servile. Refermé sur lui-même, il mène à la stérilité complète.
- La tradition nous apprend à aimer, parce qu'elle développe et amplifie nos facultés et nous incite à nous donner au monde dans lequel nous vivons, en reconnaissance de tout ce que nous avons reçu de lui. Le formalisme n'engendre que l'anxiété et la peur, et nous coupe des sources de toute inspiration. Il annihile notre fécondité et nous enferme dans la prison de nos efforts frustrés. Ce n'est, finalement, que le masque de la futilité et du désespoir.

Rien de meilleur pour le moine que de vivre et de se développer dans la tradition monastique, et rien de plus fatal que de passer sa vie pris dans un tissu de coutumes monastiques.

 

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