grenier
dessin

Accueil      
Présentation
grenier - cisterciens       
La pensée cistercienne :
            -
 message : l'amour, l'Incarnation, Marie, l'existence chrétienne
          -sermons de saint Bernard de Clairvaux à partir du Cantique des Cantiques, extraits
          - florilège : très souvent cités : l'amitié,  la joie, la prière, le repos, le silence... et bien d'autres
Un aujourd'hui de la vie cistercienne : les événements   -  Tibhirine - la lec
tio divina   -  la liturgie
L'histoire du monachisme cistercien
Liens   -   Bibliographie   -   contact


Comment s'inspirer au 21ème siècle,
d'une règle de vie vieille d'environ 900 ans ?

Thomas Merton, (1915-1968) a été moine à l'abbaye cistercienne de Gethsémani aux Etats-Unis. Il nous explique les traditions fondamentales auxquelles il nous faudra toujours nous référer en adaptant habitudes et coutumes qui doivent changer selon les contextes sociologiques. Adaptations qui peuvent - doivent ? - être révolutionnaires !

TRADITION ET RÉVOLUTION

Ce qu'il y a de plus paradoxal dans l'Eglise, c'est qu'elle est à la fois essentiellement traditionnelle et essentiellement révolutionnaire. Le paradoxe est d'ailleurs moins grand qu'il ne paraît, parce que la tradition chrétienne, contrairement à toutes les autres, est une révolution vivante et perpétuelle.

Les traditions humaines ont toutes tendance à stagner et à s'altérer. Elles s'efforcent de perpétuer des choses éphémères. Elles s'attachent à des objets et à des valeurs que le temps détruit impitoyablement. Elles sont liées à des choses contingentes et matérielles — coutumes, modes, styles et attitudes — qui changent fatalement et sont remplacées par d'autres. La présence, dans l'Eglise, d'un puissant élément conservateur ne doit pas empêcher de voir que la tradition chrétienne, de source surnaturelle, est absolument différente du traditionalisme humain.

La tradition vivante du Catholicisme est comme la respiration d'un corps. Elle renouvelle la vie en empêchant la stagnation. C'est une révolte calme, paisible, perpétuelle contre la mort. De même que la respiration garde l'âme spirituelle unie au corps matériel dont la substance tend perpétuellement vers la corruption, de même la tradition catholique garde l'Eglise en vie sous les éléments matériels, sociaux et humains qui s'y incrusteront tant qu'elle demeurera dans le monde. La tradition catholique est une véritable tradition parce qu'il n'y a qu'une seule doctrine vivante dans le monde chrétien. Toute la vérité chrétienne a été pleinement révélée ; elle n'a pas encore été pleinement comprise ni pleinement vécue. La vie de l'Eglise est la Vérité de Dieu Lui-même que lui insuffle Son Esprit, et aucune autre vérité ne peut y suppléer et prendre sa place. Seule une vie moindre, une sorte de mort, peut remplacer une vie aussi intense.

La tendance perpétuelle de l'homme à s'éloigner de Dieu et de Sa tradition vivante ne peut être contrebalancée que par un retour à la tradition, un renouvellement et un approfondissement de l'unique vie immuable qui a été, au commencement, infusée à l'Eglise. Cette tradition, cependant, sera toujours révolutionnaire parce qu'elle refuse, par sa nature même, les valeurs et les normes auxquelles la passion humaine s'attache avec tant d'ardeur. A ceux qui aiment l'argent, le plaisir, les honneurs, le pouvoir, cette tradition dit : « Soyez pauvres, prenez la dernière place, vivez avec ceux qui sont méprisés, aimez vos frères et servez-les au lieu de les employer à vous servir. Ne vous défendez pas lorsqu'ils vous persécutent, mais priez pour ceux qui vous font du mal. recherchez pas le plaisir, détournez-vous des satisfactions des sens et de l'intelligence, et cherchez Dieu dans la faim, la soif et les ténèbres, à travers des déserts spirituels dans lesquels il semble fou de voyager. Prenez sur vos épaules le fardeau de la Croix, c'est-à-dire l'humilité, la pauvreté, l'obéissance, l'abnégation du Christ, et vous trouverez la paix de l'âme. » On n'a jamais prononcé de paroles plus révolutionnaires ; en fait, la religion chrétienne est la seule véritable révolution, parce que toutes les autres exigent l'extermination de certains hommes, tandis que celle-ci implique la mort d'un homme qui n'est autre que nous-mêmes.

Ces allusions au dynamisme de la tradition chrétienne peuvent sembler absurdes à ceux qui n'ont aucune expérience de l'aspect révolutionnaire de la vérité chrétienne mais qui voient seulement la croûte extérieure d'esprit conservateur, stérile et humain, qui tend à entourer l'Eglise comme des bernicles recouvrent la coque d'un navire.

Chaque nouveau Chrétien et chaque siècle nouveau doivent effectuer cette découverte, ce retour aux sources de la vie chrétienne. Ils exigent un acte fondamental d'abnégation afin d'accepter la nécessité de se soumettre aux hommes pour arriver à Dieu. Cette acceptation ne peut s'acquérir que par le sacrifice, et en fait, seul un don de Dieu peut nous enseigner la différence entre la carapace extérieure de formalisme que l'Eglise emprunte parfois aux hommes qui la composent, et le courant intérieur de Vie Divine qui est la seule vraie tradition catholique.

Cité dans "Semences de contemplation" au chapitre 20.

 

La tradition
Thomas Merton

Thomas Merton (1915-1968) a été moine à l'abbaye cistercienne de Gethsémani aux Etats-Unis. Dans son livre "Nul n'est une île", au chapitre sur la Vocation (§15 et 16), il présente ce qu'est la Tradition... et ce qu'elle n'est pas !

Qu'est-ce que la tradition monastique?
C'est la façon de vivre telle qu'elle a été pratiquée et transmise de génération en génération depuis l'époque des premiers moines, des Pères du désert égyptien, qui mettaient simplement en pratique la pauvreté et la charité des Apôtres et des premiers disciples du Christ. C'est donc un ensemble de coutumes, d'attitudes et de croyances qui résument toute la sagesse de la vie monastique et apprennent au moine à l'être de la façon la plus simple et la plus efficace : comme les autres moines l'ont toujours été, en même temps qu'elles lui enseignent à vivre dans les circonstances particulières de son temps, du pays où il se trouve et de sa culture.
La tradition monastique indique aux moines, par exemple, la place que doivent tenir dans leurs vies la prière, la lecture et le travail. Elle leur montre que l'hospitalité est un aspect important de la vocation monastique. Elle leur apprend à être des hommes mortifiés et maîtres d'eux-mêmes, en même temps que la mesure et la discrétion convenables à observer en toutes ces choses. Elle leur montre clairement le peu d'importance relative des observances extérieures comparées à l'esprit intérieur et à l'essence réelle de la vie monastique ; en un mot, elle met tout en ordre dans l'existence des moines.
Lorsque manque ce sens de la tradition monastique, les moines commencent immédiatement à mener des vies qui manquent d'équilibre. Ils sont incapables d'apprendre la vraie discrétion, ni la mesure. Oubliant ce qu'ils devraient être, ils ne peuvent se fixer ni vivre en paix au monastère. Ils ne s'entendent ni avec leurs supérieurs, ni avec leurs frères. Pourquoi ? Parce que des religieux qui n'ont jamais appris à être de vrais moines perdent la raison à essayer de mener la vie monastique avec l'esprit et les méthodes appropriées à un autre genre de vie. Seule une réelle compréhension de la tradition monastique peut maintenir le bon sens et la paix au monastère. Mais elle ne s'acquiert pas automatiquement. Elle s'apprend, et ne peut s'apprendre sans contacts directs avec ses sources. C'est pourquoi Saint Benoît exhortait ses moines à lire Cassien, Saint Basile, et les Pères du désert. Mais la lecture des anciens textes monastiques n'est que l'un des moyens, et non le plus important, de reconnaître la tradition monastique. La seule façon de devenir moine est de vivre au milieu de vrais religieux, et d'apprendre à vivre par leur exemple.

Dans cette question de tradition monastique, il nous faut soigneusement distinguer entre tradition et coutumes. Dans bien des monastères où les moines s'imaginent suivre la tradition, il y a bien peu de traditions vivantes, parce qu'ils s'accrochent à tout un système compliqué de coutumes. Superficiellement coutumes et traditions peuvent sembler analogues ; mais cette ressemblance superficielle ne fait que rendre le formalisme plus nocif. En fait, les coutumes sont la mort de toute vraie tradition, comme de toute vraie vie. Ce sont des parasites qui s'attachent à l'organisme vivant de la tradition et dévorent sa réalité, qu'ils changent en un formalisme creux.
- La tradition est vivante et active, mais les coutumes sont passives et mortes.
- La tradition ne nous forme pas automatiquement : il nous faut travailler pour la comprendre. On accepte d'office et passivement les coutumes ; aussi s'en sert-on facilement pour fuir la réalité. Mais elles ne nous offrent que de prétendues façons de résoudre les problèmes de la vie - un système de gestes et de formalités.
- La tradition nous apprend vraiment à vivre à devenir pleinement responsables de nos vies. Elle est ainsi souvent carrément opposée à ce qui est ordinaire, à la simple routine. Mais les coutumes, qui ne sont que des répétitions d'habitudes familières, suivent la ligne de moindre résistance. L'on pose un acte, sans essayer d'en comprendre le sens, simplement parce que tout le monde le fait.
- La tradition, toujours ancienne, est en même temps toujours nouvelle parce qu'elle se renouvelle continuellement, et ressuscite à chaque génération pour être vécue et appliquée de façon particulière et nouvelle. Le formalisme n'est que l'ossification des habitudes sociales ; les activité des gens conventionnels sont de simples excuses pour ne agir de façon plus humaine.
- La tradition nourrit la vie de l'esprit ; le formalisme se contente de masquer son délabrement intérieur.
- Enfin la tradition est créatrice. Toujours originale elle ouvre des horizons nouveaux à un voyage qui l'est peu. Le formalisme, au contraire, manque totalement d'originalité : c'est une imitation servile. Refermé sur lui-même, il mène à la stérilité complète.
- La tradition nous apprend à aimer, parce qu'elle développe et amplifie nos facultés et nous incite à nous donner au monde dans lequel nous vivons, en reconnaissance de tout ce que nous avons reçu de lui. Le formalisme n'engendre que l'anxiété et la peur, et nous coupe des sources de toute inspiration. Il annihile notre fécondité et nous enferme dans la prison de nos efforts frustrés. Ce n'est, finalement, que le masque de la futilité et du désespoir.

Rien de meilleur pour le moine que de vivre et de se développer dans la tradition monastique, et rien de plus fatal que de passer sa vie pris dans un tissu de coutumes monastiques.

"Nul n'est une île", au chapitre sur la Vocation (§15 et 16)

x x

L'amitié
- La fête de l'amitié, Frère Didier, Tamié.
- L'amitié spirituelle, Aelred de Rielvault.


Le baiser
- Le baiser, Bernard de Clairvaux

Le désir
- Prière, Gilbert de Hoyland

Le deuil
- Le deuil, Bernard de Clairvaux

La joie
- Les joies de Marie, Aelred de Rievault
 - Joie pascale, joie de Jésus, Frère Chritian de Chergé
- La joie dans l'Evangile, Frère Marco, Tamié

La miséricorde
Frère Christophe, Bernard de Clairvaux, Gilbert de Hoyland, Guerric d'Igny, Guillaume de St-Thierry, Frère Christian de Chergé

La paix, Thomas Merton 

La pauvreté, frère Bruno, Tamié 

La prière
- La Louange, Bernard de Clairvaux

Le repos
- Le septième jour, Aelred de Rievault

Le silence
- L'amandier fleurit en silence, Thomas Merton

La tradition
- La tradition, Thomas Merton

La tribulation, Frère Pierre-Yves Emery, Taizé

 

Le grenier vous invite

à accomplir