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Retour à la page ouverture   PETITE HISTOIRE DU MONACHISME

DEUXIEME  PARTIE

L'O R D R E   C I S T E R C I E N

1. La fondation de l'ordre cistercien.

Robert est né vers 1030 dans une famille noble de la Bourgogne. Il a 15 ans lorsqu'il choisit la vie monastique à Moutier la Celle, près de Troyes. Les moines de Saint Michel de Tonnerre l'appellent pour être leur abbé. C'est en se rendant chez eux qu'il rencontre des ermites qui vivent dans la forêt de Collan. En 1071, il se démet de sa charge pour aller vivre parmi eux, dans un dénuement extrême. Le 20 décembre 1075 il fonde avec eux un monastère dans les bois de Molesme qu'il a reçus des seigneurs de Maligny. Ils choisissent le strict respect de la règle de saint Benoît, dans une rupture totale avec la société.

Le retour aux sources attire les vocations. Robert forme des prieurés. Suivant les habitudes du temps, malgré les décisions premières, certains ermites s'insèrent dans la gestion des paroisses, acceptent des dons des seigneurs. Des moines restent fidèles à l'esprit de Collan, d'autres se suffisent d'une pratique banale et routinière. Les conflits inévitables poussent des petits groupes à quitter au moins momentanément Molesme, L'abbé Robert en fait partie...

A Molesme, Robert essaie de rétablir l'observance de la règle de saint Benoît. Ceux qui s'opposent à la réforme empêchent ceux qui le voudraient, de l'observer. Seule une séparation semble pouvoir apporter la paix. Avec six autres moines, dont Aubry prieur, et Etienne sous-prieur, il va trouver l'archevêque métropolitain de Lyon. Celui-ci poursuit la mise en place de la réforme grégorienne, il approuve donc le projet de ces religieux.

Rrobertobert s'installe avec 21 moines dans une propriété sur laquelle ne pesait aucune contrainte féodale et que seuls les moines pourraient cultiver. Située entre Nuits-St-George et la Saône, elle leur était donnée par le vicomte de Beaune et son épouse Hodierne de Montmorot. Un lieu jonché de cistels : des plantes qui poussent sur un sol très pauvre. Ils fondent ainsi le 21 mars 1098, fête de saint Benoît, cette année-là dimanche des Rameaux, le « nouveau monastère ».

ils s'engagent à maintenir en ce lieu la règle de saint Benoît, de rejeter tout ce qui était en contradiction avec elle. Ils insistent sur des points qui leur paraissent avoir fait la ruine de l'observance stricte : l'éloignement de tout lieu habité, le rejet de tous les profits. Ils refusent tout ce qui de près ou de loin ferait de leur monastère une seigneurie. Ils trouveront leur subsistance par leur travail manuel. Ils suppriment des offices tout ce qui avait été ajouté à la Règle de saint Benoît au cours des siècles.

Les moines qui sont restés à Molesme n'acceptaient pas le départ des autres. Ils le manifestent en réclamant au Pape de retour de l'Abbé Robert. Le Pape demande à son tour au métropolite de Lyon de régler l'affaire : « Ayez soin que ceux qui aiment la solitude trouvent le repos et que ceux qui demeurent dans le monastère observent la discipline régulière. » Celui-ci convoque une assemblée extraordinaire d'ecclésiastiques, évêques et abbés devant laquelle les moines de Molesme expriment leur requête. L'assemblée décide que Robert devait revenir à Molesme. Il pouvait être suivi - et il le fut - des moines du nouveau monastère qui le désireraient.

Albéric qui avait été prieur à Molesme et l'un des plus ardents instigateurs d'une nouvelle fondation est choisi pour Abbé. Il demande la protection apostolique au Pape qui la lui accorde. Entre mars 1100 et mars 1101 Albéric déplace le monastère à quelques centaines de mètres du lieu primitif, un lieu où l'eau est plus abondante.


La fondation de Cîteaux : textes historiques

Nous connaissons l'histoire de l'ordre cistercien par des documents historiques. En 1998, les éditions du Cerf ont publié un ouvrage : « Origines cisterciennes », présenté et annoté par un groupe de moines cisterciens. Cette maison mettait alors à la disposition du grand public des textes qui appartenaient jusqu'alors, exclusivement, à des éditions savantes. Les textes qui suivent sont tirés de ce livre.                               

TEXTES HISTORIQUES : Le « PETIT EXORDE »
Désigné parfois dans les manuscrits sous le titre d'Exorde du monastère de Cîteaux, le Petit exorde est le document narratif cistercien le plus connu et le plus diffusé. L'édition critique du Père Chrysogone Wadelle en dénombre trente-deux manuscrits et onze éditions anciennes. Rédigé en grande partie certainement par l'un des fondateurs, il expose l'histoire des commencements de Cîteaux sur les plans historique et juridique. Les historiens s'accordent aujourd'hui pour voir plusieurs étapes dans la rédaction du document tel que nous le connaissons.

Lettre du Légat Hugues.
Hugues, archevêque de Lyon et légat du Siège apostolique, à Robert, abbé de Molesme, et aux frères qui désirent avec lui servir Dieu selon la Règle de saint Benoît.
Nous faisons savoir à tous ceux qui se réjouissent des progrès de notre Mère la sainte Eglise, que vous et quelques-uns de vos fils, frères du monastère de Molesme, vous vous êtes présentés devant nous à Lyon et avez déclaré vouloir vous attacher désormais plus étroitement et plus parfaitement à la Règle du bienheureux Benoît, que jusqu'ici vous aviez pratiquée avec tiédeur et paresse dans ce monastère. Mais parce que, au lieu susdit, de nombreux empêchements rendent effectivement ce projet irréalisable, prenant en considération le salut des deux parties, c'est-à-dire, de ceux qui s'en iront et de ceux qui demeureront, nous avons jugé utile que vous vous retiriez en un autre lieu que la largesse divine vous indiquerait, et que vous y serviez le Seigneur de manière plus profitable et plus tranquille. Par conséquent, à vous qui étiez alors présents : vous, Robert, abbé, et les frères Albéric, Eudes, Jean, Etienne, Létald et Pierre, et à tous que vous décideriez de vous associer d'un commun accord en conformité avec la Règle, nous avons même recommandé à ce moment de rester fidèles à ce saint projet. Et nous vous prescrivons aujourd'hui d'y persévérer. Dès lors, en vertu de l'autorité du Siège apostolique, nous confirmons à perpétuité cette décision par l'apposition de notre sceau.

Départ de Molesmes et installation au désert
Après cela, forts de l'appui d'une si haute autorité, l'abbé en question et les siens retournèrent à Molesme et, dans cette communauté monastique, ils choisirent parmi les frères des compagnons désireux d'observer la Règle. De la sorte, en ajoutant à ceux qui avaient parlé au légat à Lyon ceux qui furent appelés au monastère, on atteignit le nombre de vingt et un moines. Le groupe ainsi renforcé se dirigea avec entrain vers un endroit désert appelé Cîteaux. L'endroit est situé au diocèse de Chalon. A cause de l'écran formé à cette époque par les bois et les fourrés d'épines, il n'était pas fréquenté par les hommes et n'était habité que par les bêtes sauvages. A leur arrivée, les hommes de Dieu comprirent que ce lieu était d'autant plus propice au genre de vie monastique dont ils avaient conçu l'idée depuis longtemps et pour lequel ils venaient là, qu'il semblait plus méprisable et plus inaccessible aux gens du monde. Ils firent une coupe dans la forêt et dégagèrent un espace dans l'épaisseur des fourrés d'épines, puis se mirent à construire à l'endroit même un monastère, avec l'accord bienveillant du propriétaire. Car ces hommes lorsqu'ils étaient encore à Molesme, inspirés par la grâce divine, parlaient très souvent entre eux de la transgression de la Règle du bienheureux Benoît, Père des moines. Ils se plaignaient et s'attristaient de voir qu'eux-mêmes et les autres moines, en ne gardant pas cette Règle qu'ils avaient promis d'observer par une profession solennelle, ils s'étaient par là même rendus sciemment coupables de parjure. Aussi bien est-ce pour ce motif que, sous l'autorité du légat du Siège apostolique ils venaient dans cette solitude pour être pleinement fidèles à leur profession par l'observance de la sainte règle. Ravi de leur ferveur, le seigneur Eudes, duc de Bourgogne, sollicité par des lettres du légat de la sainte Eglise romaine, termina alors à ses frais le monastère de bois qu'ils avaient commencé ; il leur procura longtemps ce dont ils avaient besoin en ce lieu et il pourvut largement à leur entretien par des terres et du bétail.

Erection de ce lieu en abbaye.
A cette même époque, celui qui était arrivé là comme abbé reçut de l'évêque de ce diocèse, sur l'ordre du légat, le bâton pastoral avec la charge des moines. Aux frères venus avec lui, il fit promettre la stabilité en ce lieu comme le veut la Règle. C'est ainsi que cette Eglise grandit et fut érigée canoniquement en abbaye par l'autorité apostolique.

Lettre du seigneur pape pour le retour de l'abbé.
Urbain, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, à son vénérable frère et collègue dans l'épiscopat, Hugues, vicaire de Siège apostolique, salut et bénédiction apostolique. Nous avons entendu au concile la grande clameur des frères de Molesme qui réclamaient avec instance le retour de leur abbé. Ils disaient en effet que l'observance monastique était ruinée chez eux et que, par suite de l'absence de cet abbé, les princes et leurs autres voisins les avaient pris en haine. Contraint par nos frères, nous faisons donc savoir à votre Charité, par la présente lettre, qu'il nous serait agréable que cet abbé, si c'était possible, soit ramené du désert à son monastère. Si vous ne pouvez y réussir, ayez soin que ceux qui aiment le désert trouvent le repos et que ceux qui demeurent dans le monastère observent la discipline régulière.

Election d'Albéric, premier abbé de l'Eglise de Cîteaux.
Devenue ainsi veuve de son pasteur, l'Eglise de Cîteaux se réunit en assemblée et se donna pour abbé, par une élection régulière, un frère du nom d'Albéric, un lettré, versé dans les sciences divines et humaines, qui aimait la Règle et les frères. Il avait assez longtemps rempli la charge de prieur tant dans l'Eglise de Molesme que dans celle-ci. Il s'était donné beaucoup de peine et avait travaillé longtemps pour que les frères passent de Molesme en ce lieu, et pour cette affaire il avait supporté beaucoup d'humiliations, subi la prison et les coups.

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