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SUITE DEUXIEME PARTIE     L'O R D R E   C I S T E R C I E N

4. La vie de saint Bernard de Clairvaux.

Il n'est pas rare d'entendre dire que Bernard de Clairvaux a été le fondateur de l'Ordre cistercien. Nous savons qu'il n'en est rien : lorsque Bernard vient, avec ses compagnons, frapper à la porte du « Nouveau Monastère » en 1112 (ou 1113 ?), celui-ci existe depuis 14 ans déjà, fondé par Robert de Molesmes et quelques moines.

Cette confusion s'explique par le rayonnement que Bernard a eu sur son siècle, aussi bien dans l'Ordre cistercien que dans l'Eglise et dans le monde. Don Leclercq* le présente « comme un 'surdoué' d'une richesse humaine réellement extraordinaire, dans les domaines de l'intelligence, de l'affectivité, des talents artistiques »

A. L'enfance et la jeunesse
fontaineBernard est né au château de Fontaines près de Dijon. Famille nombreuse : six garçons et une fille. Ses parents sont de familles nobles, Aleth, sa mère, est fille du comte de Montbard, la famille de Tescelin, son père, est liée à celle des comtes de Bourgogne. Tescelin est chevalier, on lui confie la garde de châteaux… Aleth meurt alors que Bernard est adolescent.

Contrairement à ses frères qui se préparent au métier des armes, Bernard - à cause de la fragilité de sa santé peut-être - est confié aux chanoines de Saint-Vorle qui tiennent une école à Châtillon-sur-Seine, cité proche du château de Fontaines. Venus de l'école épiscopale de Langres, ils sont réputés pour être des maîtres éminents. Ils formaient des écrivains de talent. Le cursus des études était encore celui qui avait été pratiqué dans l'Antiquité. Une première partie concernait les disciplines littéraires : les étudiants apprenaient l'art d'écrire, de parler et de persuader ! Un autre ensemble initiait aux disciplines scientifiques : arithmétique, géométrie, musique, astronomie. On n'est pas sûr que Bernard ait suivi cette deuxième partie.
La participation aux Offices de la liturgie des heures familiarisait les jeunes gens avec les textes de l'Ecriture et des Pères de l'Eglise.

On connaît fort peu ce que Bernard a vécu entre sa sortie de Saint-Vorles et son entrée au Nouveau Monastère. Sans doute menait-il la vie d'un jeune noble livré aux plaisirs de la chasse et des fêtes… lorsqu'il n'y avait pas à prendre les armes contre une seigneur voisin !

Lorsqu'il mûrit le projet de devenir moine Bernard se retire à Sombernon où sa famille possède une propriété. Il a entraîné avec lui quatre de ses frères, d'autres parents et amis. Pendant quelques mois ils vont s'habituer à changer de vie, une sorte de « pré-noviciat ».


Entrée au "Nouveau monastère"
C'est donc un groupe d'une trentaine d'hommes qui vient demander de partager la vie des moines établis à Cîteaux. Une telle démarche collective a de quoi nous surprendre. En fait, nous sommes loin des pratiques de ce temps où dans l'émiettement des possessions des nobles il fallait « se serrer les coudes » pour survivre. Les châteaux étaient assez grands pour accueillir, aussi bien pour faire la guerre que pour faire la fête !
Depuis saint Pachôme au 4ème siècle, les entrées familiales dans la vie monastique avaient été normales.

Bernard, comme ses compagnons, effectue d'abord une année de noviciat, temps de l'initiation et du mûrissement des choix, puis pendant deux ou trois ans, il est un simple moine parmi les moines… vie partagée entre la prière et le travail des champs.

En 1115, Bernard est envoyé à Clairvaux avec une douzaine de religieux, parmi eux, ses frères, pour y fonder un nouveau monastère.


B. Abbé à Clairvaux

Ce monastère est son premier champ d'action où il s'applique à enseigner plus encore par sa manière de vivre que par ses paroles. Paroles précieuses cependant qui sont fort écoutées. Témoins les nombreux documents retrouvés, non seulement ceux qui étaient rédigés par les secrétaires en titre mais aussi d'autres, quelques notes… comme si on ne voulait rien perdre de ce que disait l'Abbé et ainsi le communiquer à d'autres.
Les compagnons de Bernard qui sont comme lui des hommes nobles, chevaliers bien formés, forment un ensemble cohérent qui donneront un visage au monastère. Ce n'est pas pour autant que la vie entre eux était toujours facile. Bernard n'est pas saint parce qu'il n'a pas de défauts ! il s'emportait facilement, n'aimait pas être contredit, était fier de sa noblesse et pas toujours prêt à laisser une place à plus petit. Son humilité et la recherche de vérité par tous, la référence à la Règle de saint Benoît, la vie de prière permettaient de cheminer dans la concertation, le pardon…
Bernard était prêtre, on ne sait pas où ni quand il le devint.

Bernard a tenu une place unique dans l'Eglise.
lettrineComme tous les Abbés et Évêques qui y étaient convoqués, il a pris part aux conciles locaux qui étaient fréquents : choix des évêques, litiges entre abbayes et nobles, querelles théologiques… sa parole était très écoutée, il avait l'art de la conciliation, un attachement inconditionnel à la justice et à la vérité.
L'un de ses outils préféré était la correspondance. Souvent c'est par quelque lettre qu'il intervenait, soit à la demande d'un tiers, soit de sa propre initiative parce qu'il estimait que la situation l'exigeait.… lettres adressées directement à leur destinataire ou, comme aujourd'hui une « lettre ouverte », adressée publiquement à une personne connue pour qu'elle soit lue par tous : ainsi "l'Apologie à Guillaume de Saint-Thierry". Il y dénonce tout ce qui dans la vie monastique est superflu et éloigne de Dieu.
Don Leclercq juge ainsi cette correspondance : « Deux faits sont caractéristiques de cette correspondance : la fréquence des allusions que Bernard fait à l'amitié, et l'intérêt qu'il porte aux pauvres, aux humbles, aux démunis de toute espèce. Il écrit volontiers aux riches et aux puissants en faveur de ces petites gens. Souvent, il prêche la compréhension, l'indulgence, et il demande de l'aide pour toute détresse. Plus d'une fois, à cette charité délicate s'ajoute une note d'humour. Bernard est un charmant épistolier ».

C'est une double élection papale qui le fera intervenir dans l'ensemble de la chrétienté.
L'historien Marcel Pacaut explique : « Des partis s'étaient constitués au sein du collège des cardinaux : en fonction des rivalités des grandes familles romaines, particulièrement celle des Frangipani et celle des Pierleoni qui visaient à mettre la main sur le siège apostolique afin de diriger la ville. Le cardinal Aymeric avait mis en place une commission de huit cardinaux parmi lesquels seulement trois représentant des Pierleoni. afin de choisir le moment venu le nouveau chef de l'Eglise et de faire approuver ce choix en assemblée plénière. »
Dès l'annonce de la mort du Pape Honorius le parti des Frangipani élisait Innocent II tandis que quelques heures plus tard celui des Pierleoni élisait Anaclet II, élections toutes deux entachées d'irrégularités. Innocent II, était reconnu pour un pape plutôt réformateur tandis qu'Anaclet, noble romain était enclin à un destin politique. Aucun des deux ne consentit à se retirer.
Le peuple de Rome étant pour Anaclet, prêt à porter les armes contre lui, Innocent partit se réfugier en France. Le roi de France Louis VI qui penche pour Anaclet convoque en concile évêques et abbés de son royaume pour prendre une décision éclairée. Deux moines bénédictins Pierre le Vénérable et le cardinal-légat clunisien, Matthieu d'Albano, influencent la décision : c'est Innocent qu'il faut reconnaître pour Pape.
A partir de ce jour Bernard va écrire et voyager pour que l'ensemble de l'Eglise se rallie effectivement à Innocent II. Avec assurance et humilité il met toute son ardeur à promouvoir l'unité de l'Eglise. Il va accompagner le Pape dans ses voyages de 1133 à 1137, en France, trois fois à Rome, en Rhénanie… en Bavière…

L'engagement de Bernard en politique est provoqué par le pape Eugène III qui lui commande de lancer un appel aux armes en faveur d'une deuxième croisade. Il obéit : «  Puisque tu le commandes, bien plus, par ton intermédiaire, c'est Dieu qui le commande. » Plus tard, à l'ensemble des évêques et princes de tous les pays concernés il présente la croisade comme un acte de charité. L'erreur de Bernard a été d'agir en théologien, en pasteur, sans rien connaître des dimensions stratégiques, militaires de l'éventuelle expédition.

C. Dernières années de sa vie hotellerie
Les allusions au mauvais état de sa santé deviennent plus fréquentes dans sa correspondance. Bernard dirige une révision minutieuse de ses écrits avec son secrétaire Geoffroy d'Auxerre.
Il écrit un dernier ouvrage : « la Considération », …testament spirituel, humble appel au retour aux sources et à l'unité de l'Eglise.

 

Il meurt le 20 août 1153. Dans une dernière lettre adressée à son ami Arnaud, abbé de Bonneval, il a écrit : « (Je suis fou de le dire) l'esprit est dispos dans une chair malade (Mt 26, 41). Il est temps que je parte ! Priez notre Sauveur qui ne veut pas la mort du pécheur, de ne pas différer mon voyage, mais de la prendre sous sa garde. Chargez-vous de protéger par vos prières mon talon nu de mérites. Ainsi le serpent qui me guette ne pourra trouver où planter son croc.
J'ai moi-même écrit cette lettre, malade comme je suis, pour qu'à la main bien connue tu reconnaisses mon affection. Cependant j'aurais préféré te répondre plutôt que t'écrire
 ». (lettre 310)

*LECLERCQ Jean, Bernard de Clairvaux Editions Desclée, Bibliothèque d'Histoire du Christianisme, N° 19
**PACAUT Marcel, Les moines blancs, histoire de l'ordre de Citeaux, Fayard 1993.

Photos wikipedia commons
Première photo : basilique et maison natale de saint Bernard à Fontaine-les-Dijon -
Deuxième photo : Portrait de Bernard de Clairvaux dans une lettrine ornant un manuscrit de La Légende dorée, vers 1267-1276.
Troisième photo : abbaye de Clairvaux, hostelleterie des dames.

 

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