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TEMPS DU CAREME 2017 (2)

  EN  ETAT  DE  CONVERSION, (suite)

En état de conversion (1)

Le croyant est sans cesse dans le retournement de la conversion, abandonnant les idoles pour se convertir au Dieu unique et vrai. Se garder des idoles, et confesser le Dieu véritable sont constitutifs de l'existence du croyant.
L'idolâtrie demeure toujours comme un courant souterrain dans le peuple croyant. Idolâtrie dont Israël doit sans cesse être délivré, car le danger est grand qu'il ne s'écarte du vrai Dieu et ne soit bientôt sollicité par les idoles.

Le message de Jésus était très simple. Il était le prolongement de ce que les prophètes avaient annoncé avant lui. Mais Jésus devait mourir à cause de ce message. Car le Yahvé des Juifs de son temps, honoré d'un culte presque fanatique, avait été à tel point changé par eux en un faux dieu, qu'ils n'étaient tout simplement plus capables de le reconnaître en Jésus et en son Père.

Et les faux dieux d'aujourd'hui ?
Il y a plusieurs sortes d'idoles et les plus dangereuses ne sont pas celles que nous façonnons de nos mains, mais celles que nous portons bien inconsciemment dans notre cœur.
Nous portons tous en nous des germes de cultes naturels, d'observances légalistes, de ritualismes. Il y a aussi un Dieu pour les Pharisiens - ce Dieu auquel Jésus s'opposa si impitoyablement - grâce auquel nous pouvons placer toute notre certitude et confiance en nous-mêmes et en nos œuvres.marionnette Un tel Dieu nous barre le chemin, et nous empêche de voir le vrai Dieu et de nous reposer en lui seul. Même ce qu'il y a de meilleur peut être déformé ; tout peut se mettre au service de nos idoles domestiques. Même la grâce peut être détournée de manière très subtile pour être offerte - en même temps qu'elle est réduite à néant - en l'honneur de notre idole. Même la Parole de Dieu peut être lésée. La Parole peut même devenir un faux-fuyant, un prétexte pour nous abstenir de nous engager envers Dieu. Nous pouvons manier et manipuler la Parole de Dieu avec tant de facilité qu'elle peut devenir comme un mur fortifié au travers duquel la grâce ne peut plus se frayer un chemin.
Devenir conscient du risque que nous courons est toujours bénéfique. Car les illusions en ce domaine sont fréquentes. La vertu, la générosité, les désirs de perfection ou de sainteté, les techniques de prière, même ce que nous considérons comme notre prière la plus intime, y compris les principes sacro-saints de la morale, peuvent devenir une manière de fuir Dieu, un effort désespéré pour éviter d'entendre sa voix, pour nous cacher loin de sa Face et de ce qu'il veut nous dire. Même ce que nous faisons pour les autres et pour l'Eglise de Jésus peut n'être qu'une sorte d'expédient, très éloigné de notre moi le plus profond, fort éloigné de Dieu aussi et de sa voix dans notre cœur.
Ceci n'a d'ailleurs rien de tragique. D'abord parce que cela arrive couramment, si couramment même que l'on peut dire que, pour la plupart, cette illusion constitue une étape normale. Ensuite, parce que Dieu le permet ainsi. Dieu l'agrée provisoirement, et ce provisoire peut durer tout un temps. D'ailleurs nous n'appellerions pas idole ce qui n'aurait rien à voir avec Dieu, et qui ne serait pas son reflet ou sa trace ici-bas. Depuis des siècles, Dieu est inlassablement occupé à nous montrer le chemin vers lui, dans sa création. Il le fait auprès du païen de nos jours, et jusqu'au païen qui se cache en chacun de nous, sous le couvert de la foi.
mannequinCe Dieu pour qui, pendant des années, j'ai brûlé mon encens, ce Dieu-là n'existe pas. Il n'a jamais existé, si ce n'est dans mon imagination. Ce Dieu là est mort. Et aussi longtemps qu'il ne le serait pas, il faudrait veiller à le faire mourir un jour, pour être à même d'établir le contact avec le seul vrai Dieu et lui être attentif. J'avais moi-même façonné et élevé cette idole. Elle n'était que « l'œuvre de mes mains » comme dit la Bible. Tout cela reflétait beaucoup de bonnes intentions. Cette vie, nous la mesurons à l'idéal que nous nous sommes fixé, ou que nous nous imposons à nous-mêmes et aux autres, pour lequel nous sommes prêts à nous dépenser, projetant sans cesse de mieux le réaliser. La peine qui en résulte et l'impression constante d'échec qui nous accable constituent la petite fissure, à peine visible, au travers de laquelle la grâce essaie de se faufiler en nous.
Nous voilà au pied du mur. Nous voilà devenus la cible vivante que Dieu veut briser pour rebâtir autre chose. Car il est « celui qui blesse et qui panse la plaie » (Jb 5, 18). Il nous faudra l'accepter avec une calme confiance et un humble abandon. Il nous faudra  attendre, avec une joie secrète mais profonde : peu à peu Dieu nous ouvre les yeux. Son regard libère le nôtre. Jusqu'à présent, nous ne l'avions connu que par ouï-dire. Bientôt, très bientôt, nous le verrons de nos propres yeux.

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