greniertitrecroix

Retour page déroulement

TEMPS DU CAREME 2017 (3)

Vivre dans la tentation !

Suite de l'exposé de Don André Louf.

Quand nous parlons de la foi, nous pensons spontanément aux vérités de la foi. Je peux beaucoup savoir au sujet de la foi, et aussi beaucoup partager cette connaissance avec d'autres, sans jamais faire le pas décisif de la foi qui implique toujours un abandon existentiel à Jésus. On s'est contenté de transmet re un ensemble plus ou moins correct de vérités sur la foi, en même temps qu'on s'est efforcé de donner l'exemple d'une vie loyale mais où la grâce a très peu de part. Mais on a rarement appris comment être attentif à la vie de la grâce en soi, et comment vivre et aimer au gré de cette vie. La foi juive était constituée par un abandon total à la parole de Quelqu'un en qui elle avait pleine confiance, par un « oui » à la Parole de Dieu. Dieu ne va pas fléchir ; nous pourrons toujours compter sur lui. Croire, c'est s'appuyer sur cette solidité de Dieu. Dans l'évangile Jésus se tient devant chaque homme avec toute la plénitude de son amour et de sa puissance, mais la plupart d'entre eux ne sont pas branchés sur lui. C'est pourquoi il ne peut pas intervenir. Ce que Jésus cherche, pissenlitc'est notre plus grande pauvreté en même temps que notre abandon aveugle. C'est là le terrain où il va, aujourd'hui, par sa puissance et à travers notre foi, opérer des merveilles.


Dieu nous reste inébranlablement fidèle. Or cette fidélité se vérifie d'une façon éclatante à l'heure de la tentation. Il n'y a pas de foi qui ne soit éprouvée, comme il n'y a pas d'arbre qui ne doive être émondé pour porter encore plus de fruit. (Jn 15,2)  Dans toute expérience chrétienne, il faut vivre ainsi : tiraillé entre la ferveur et la faiblesse, c'est-à-dire : vivre dans la tentation. Les quelques traits que les évangiles nous ont laissé de l'apôtre Pierre nous le décrivent de manière transparente et pittoresque : un excellent homme, rude, impétueux et étourdi qui ne maîtrise pas toujours ses sentiments. De toute évidence, il aime Jésus et lui est éperdument attaché. Plus il commet de fautes et se fait réprimander par Jésus, plus aussi il l'aime. Non, Pierre n'est pas un modèle de vertu. Mais il est capable de transmettre l'expérience qu'il a lui-même vécue par amour pour Jésus et dont il pourra toujours témoigner. papillonBien sûr la tentation l'a fait fléchir, mais au cœur de celle-ci et au plus profond de sa chute, il a été merveilleusement libéré par Jésus. Par son expérience il peut savoir comment la faiblesse et la grâce vont de pair et s'ajustent l'une à l'autre en chaque disciple de Jésus.

Jésus fut crucifié et est mort à cause de la faiblesse de l'homme, faiblesse qu'il a prise sur lui jusqu'à l'extrême ; mais à partir de cette faiblesse il est ressuscité et vit maintenant par la puissance de Dieu. Le disciple qui veut servir Jésus dans sa voie à lui, doit nécessairement, et à son tour, accepter sa faiblesse et donc la tentation. Aussi longtemps que nous nous opposons de mille manières à notre faiblesse, la puissance de Dieu ne peut agir en nous. Bien sûr, nous pouvons faire quelque effort pour corriger un tant soit peu notre faiblesse, mais en fait, cela ne sert à rien. Car la merveille de la puissance de Dieu et la merveille de notre conversion sont hors de notre portée. Nous essayons de réussir à partir de notre loyauté, de notre générosité... Tout cela dure un temps jusqu'à ce que nous menacions ruineeffeuillé au bord de l'écroulement. Il en va ici d'une donnée essentielle de toute expérience chrétienne, qui est sans doute la seule condition pour être touché par la grâce et pouvoir consentir à elle. La grâce ne vient pas se greffer sur notre force ou sur notre vertu, mais seulement sur notre faiblesse. Elle suffit alors largement ; et nous ne sommes forts que lorsque notre faiblesse nous est évidente. Elle est le lieu béni où la grâce de Jésus peut nous surprendre et nous envahir. Il faut déjà avoir une certaine expérience de l'amour de Dieu pour oser demeurer dans sa faiblesse et se réconcilier avec son péché. La sainteté ne se trouve pas à l'opposé de la tentation. Elle ne nous attend pas au-delà de notre faiblesse, mais à l'intérieur même de celle-ci. Echapper à la faiblesse serait échapper à la puissance de Dieu qui n'est à l'œuvre que dans celle-ci. Il nous faut donc apprendre à demeurer dans notre faiblesse mais armés d'une foi profonde ; accepter d'être exposés à notre faiblesse en même temps que livrés à la miséricorde de Dieu. Au moment où Pierre a lâché prise à l'égard de Jésus il se surprend en flagrant délit de trahison, c'est là que le regard d'amour de Jésus le touche et le blesse, et, au même moment, lui offre son pardon, mais il appelle Pierre à une vie nouvelle. Car, dès cet instant, Pierre est devenu un autre homme. Il sait maintenant ce qu'est l'amour. Jésus par son regard d'amour ne l'a pas abandonné à sa souffrance et à son désespoir, mais lui a donné, en personne, sur-le-champ, un nouveau signe d'amour.

Dom Louf - cité dans "Au gré de sa grâce"

Accueil       

Présentation grenier - cisterciens    -   

contact

   
La pensée cistercienne :

Le message : l'amour, l'Incarnation, Marie, l'existence chrétienne
Le florilège : l'amitié,  le baiser, la joie, la miséricorde, la prière, le repos, le silence, la tradition

Un aujourd'hui de la vie cistercienne

La liturgie

L'histoire du monachisme

Liste
des extraits des écrits