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TEMPS DU CAREME 2017

Liturgie du mercredi des cendres :
« Convertissez-vous et croyez à l'Evangile » (Mc 1,15)

                                    EN  ETAT  DE  CONVERSION
Qu'en est-il pour nous, chrétiens d'aujourd'hui ?
Exposé de Don André Louf. (Il était alors abbé de l'abbaye du Mont-des-Cats)

La Bible parle souvent, et très explicitement, de conversion, et de la conversion de chacun. La première Bonne Nouvelle, que nous entendons de la bouche de Jean-Baptiste, se résume même dans cet appel vigoureux : « Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est proche ». Ce terme de conversion est la traduction du mot néo-testamentaire metanoein, qui essaie de rendre le mot hébreu shûb. Cette dernière racine sémitique signifie tout simplement se retourner, revenir sur ses pas, et seulement par dérivation, se convertir. L'accent est donc placé sur le retournement cascadequi se produit. La racine sémitique nous apprend ce qui est bouleversé par un tel retournement : le noûs, c'est-à-dire le fond spirituel, notre cœur le plus profond. Il s'agit donc d'une révolution à l'intérieur de nous-mêmes. Ailleurs (Ac 3, 19), la Bible parle de se laisser totalement bouleverser, révolutionner, pour se tourner vers quelque chose ou quelqu'un, pour s'engager dans une nouvelle direction.

Ici surgit la question : en quel sens avons-nous encore aujourd'hui besoin de conversion ?
Le péché, la conversion et la grâce ne sont pas simplement trois étapes qui se succéderaient. Dans la vie quotidienne, elles sont parfois inextricables. Elles croissent ensemble, dans une interdépendance. Je ne suis jamais totalement dans l'une ou dans l'autre. Je suis sans cesse dans les trois à la fois. Le péché, la conversion et la grâce sont mon pain, mon lot quotidiens.
Ces trois étapes ne représentent pas trois degrés d'une échelle de valeurs. Nous ne passons pas de l'un à l'autre, comme si nous montions les marches d'un escalier. Nous restons toujours pécheurs, nous sommes sans cesse en train de nous convertir, et dans cette conversion nous sommes continuellement sanctifiés par l'Esprit de Dieu. Nous ne sommes jamais que des pécheurs, des pécheurs pardonnés, des pécheurs-en-pardon, des pécheurs en conversion. Se convertir c'est toujours recommencer ce retournement intérieur par lequel notre pauvreté humaine se tourne vers la grâce de Dieu. De la loi de la lettre, elle passe à la loi de l'Esprit et de la liberté. Ce retournement n'est jamais terminé, car il ne fait jamais que commencer. En effet, la conversion est toujours une affaire de temps. L'homme a besoin de temps et Dieu veut avoir besoin de temps avec nous. C'est un temps dont nous pouvons faire usage pour rencontrer Dieu une fois de plus, et toujours mieux le rencontrer dans son admirable miséricorde. Aujourd'hui le temps nous est donné pour connaître Dieu de mieux en mieux. C'est toujours un temps de conversion et de grâce, don de sa miséricorde.

Dieu s'occupe ainsi de nous chaque jour. Il nous appelle à la conversion : « Aujourd'hui si vous entendez sa voix porten'endurcissez pas votre cœur » (Ps 94). C'est à ce retournement intérieur que la grâce nous pousse jour après jour. Dieu, d'innombrables manières, vient nous toucher pour nous apprivoiser à cet état de conversion. Nous-mêmes, nous ne pouvons que nous préparer à être touchés ainsi par Dieu. Oui, il devra se passer bien des choses, et tout à fait en dehors de notre bonne volonté ou de notre générosité naturelle. Ce retournement implique que nous soyons ébranlés jusque dans nos fondements. Quelque chose doit s'effondrer.

Cet écroulement n'est qu'un commencement, mais déjà plein d'espérance. Il ne faudra surtout pas essayer de rebâtir ce que la grâce a démoli. Nous devons apprendre à demeurer auprès de nos ruines, à nous asseoir dans les décombres, sans amertume, sans nous adresser de reproches et aussi accuser Dieu. Il nous faudra nous appuyer contre ces murs en ruine, pleins d'espérance et d'abandon, avec la confiance d'un enfant qui rêve que son père raccommodera tout. Car il sait, lui, comment tout peut être rebâti autrement, bien mieux qu'avant. Celui qui s'abandonne au point de se réjouir et de demeurer content de sa propre misère, celui-là s'est déjà rendu à l'amour libérateur.
C'est bien cela cette merveille du pécheur-en-train-de-se-convertir, dont Jésus lui-même reconnaît qu'elle correspond à la plus grande joie du Père dans les cieux :« En vérité je vous le dis, il y aura plus de joie au ciel pour un seul pécheur qui se repend que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n'ont pas besoin de repentir. » (Luc 15, 7)
Hors de la conversion nous ne pouvons pas nous tenir en présence du vrai Dieu, car nous ne serions pas auprès de Dieu mais auprès d'une de nos nombreuses idoles... De plus, sans Dieu nous ne pouvons demeurer dans la conversion car celle-ci n'est jamais le fruit de bonnes résolutions ou de quelque effort soutenu. Elle est le premier pas de l'amour, de l'Amour de Dieu beaucoup plus que du nôtre. Se convertir c'est céder à l'emprise insistante de Dieu, c'est s'abandonner au premier signe d'amour que nous recevons de lui. Abandon donc, dans le sens fort de capitulation. Si nous capitulons devant Dieu, nous nous livrons à lui. Car toutes nos résistances fondent alors devant le feu consumant de sa Parole et devant son regard et il ne nous reste plus que la prière du prophète Jérémie : « Bouleverse-nous (littéralement : retourne-nous), Seigneur, et nous serons convertis » (littéralement : retournés) (Lm 5, 21, cf Jr 31,18).

Dom Louf - cité dans "Au gré de sa grâce"

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