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12 septembre : nous fêtons saint Pierre de Tarentaise

Fondateur de l'abbaye de Tamié, évêque de Tarentaise.
nous trouvons sa vie dans les pages de l'histoire et d'autres textes le concernant

Saint Pierre de Tarentaise ne nous a pas laissé d'écrits, il préférait, dit-on, parler dans un langage simple à ceux qu'il rencontrait, surtout les humbles et les petits.
Puisque nous ne pouvons nous référer à sa parole, référons-nous à celle de Celui qu'il a aimé et servi à travers ses frères.


« Passons sur l'autre rive. » saint Pierre a plusieurs fois quitté un lieu de vie pour aller vers « une autre rive » : il laisse sa famille pour le monastère de Bonnevaux ; appelé à y fonder un monastère, il va rejoindre le val de Tamié en Savoie ; pressé d'accepter d'être archevêque de Tarentaise, il descendra dans la vallée. C'est au cours d'un voyage en Franche-Comté où il se rendait sur l'ordre du Pape qu'il mourut.
nuages« Survient une violente tempête. » L'état du diocèse où il arrive est assez lamentable. Une grande partie des habitants sont de pauvres paysans.
L'administration des terres est partagée entre l'évêque et les comtes. Il faut négocier pour que, spirituel et temporel, chacun ait sa juste place. Souvent Pierre fut appeler pour aider à régler des conflits.

« N'avez-vous pas encore la foi ? » A l'évêché de Moûtiers, Pierre continuait à mener autant qu'il le pouvait une vie monastique, respectant les temps de prière et d'oraison, menant une vie austère, gardant l'habit de bure, signe de son appartenance cistercienne. 

 

levantLa méditation de l'Evangile nous invite à saisir un peu ce qui a permis à saint Pierre de Tarentaise de répondre jusqu'au bout à l'invitation de Jésus. Puissions-nous y puiser lumière et force pour aller toujours vers le rivage de paix et de gloire où le Seigneur nous attend.

Évangile Mc 4, 35-41
Ce jour-là, le soir venu, Jésus dit à ses disciples : « Passons sur l'autre rive. » Quittant la foule, ils emmenèrent Jésus, comme il était, dans la barque, et d'autres barques l'accompagnaient. Survient une violente tempête. Les vagues se jetaient sur la barque, si bien que déjà elle se remplissait. Lui dormait sur le coussin à l'arrière. Les disciples le réveillent et lui disent : « Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien ? » Réveillé, il menaça le vent et dit à la mer : « Silence, tais-toi ! » Le vent tomba, et il se fit un grand calme. Jésus leur dit : « Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N'avez-vous pas encore la foi ? » Saisis d'une grande crainte, ils se disaient entre eux : « Qui est-il donc, celui-ci, pour que même le vent et la mer lui obéissent ? »

Selon la belle formule d'un exégète, les paraboles de Jésus sont des actes qui bousculent, provoquent, mettent en question et ses gestes sont des paroles qu'il faut apprendre à lire.
En tout cas, il est vrai que l'énigme des paraboles fait changer de point de vue comme on change de pays. Le chemin est toujours une découverte. Mais si on ose répondre à cette invitation, on trouve ce qu'on ne soupçonnait pas. Et, quelle plus belle illustration du déplacement peut-on trouver qu'une traversée vers une autre rive.

Jésus et ses disciples franchissent les eaux du lac. Or, la navigation n'est pas toujours une promenade de santé, les eaux bougent, on s'y enfonce, une tempête devient vite une affaire angoissante.
Nous nous prenons vite au sérieux, mais il suffit que la houle se forme un peu pour que nous en rabattions. Riches ou pauvres, savants ou ignorants, fils de roi ou fils de croquant nous nous retrouvons ce que nous sommes : des gens faibles, dépassés de tous côtés par le monde qui nous entoure. Nos sagesses sont emportées. Nos sagesses et nos compétences avec. C'est pour cette raison que dans la culture de la Palestine au temps de Jésus, la figure de la mer évoque souvent celle de la mort. Et pourtant, même dans ce peuple qui n'est pas particulièrement porté sur la navigation, il y a des gens qui savent repérer la vie qui grouille dans ces univers incertains. Et ce sont des gens comme eux, des gens qui ont le courage de se risquer sur l'eau que Jésus a appelé, dès le début de sa prédication.

Mais l'événement d'aujourd'hui dit encore une chose en plus : Jésus vient à la rencontre des hommes et leur annonce le Royaume de Dieu mais il ne va jamais cesser de rencontrer des résistances violentes. Et de la part des plus religieux avant tout. Sûrs de leur position et de leur science, ils se pensent secrètement comme de grands garçons qui n'ont pas besoin de recevoir quoi que ce soit, ils ne voient même plus qu'ils n'ont finalement pas besoin de Dieu. Et leurs résistances deviennent une haine constituée, féroce, quand elles rencontrent la pureté de diamant de la parole de Jésus.
De cette force obscure, nous sous-estimons toujours la force implacable.
Mais l'épisode de la tempête en est une parabole matérielle, comme si toute la création se révélait et se mettait en fureur pour empêcher Jésus d'avancer. La tempête fait penser à ce refus, d'une violence sidérante, le « non » à l'état brut de ces dévots délogés de leurs rêves de grandeur. Mais Jésus, lui, ne semble pas troublé. Il dort. Est-ce comme un inconscient ? Plutôt comme ce fils qu'il est, qui au moment où il verra arriver des hommes en armes pour l'arrêter priera Dieu en l'appelant Abba, ce qui veut dire papa. Il faut peut-être du courage et de l'intelligence pratique pour aller sur l'eau mais lui montre bien mieux que tout cela, il montre la confiance du fils. Il s'est couché au fond du bateau, de la même façon qu'on le couchera un jour dans un tombeau. Et pendant que se déchaînent les forces de la mort, il est, selon les mots d'un psaume, comme ce bien-aimé que Dieu comble quand il dort. C'est ainsi qu'il nous apprend la foi. Car tout courageux qu'ils soient, efficaces et capables de trouver la vie grouillante dans le fond des eaux, pour le coup, les disciples sont dépassés, dépassés par les éléments mais dépassés aussi par leur propre peur, au fond d'eux- mêmes.
Or, Marc nous le dit aujourd'hui, ce chaos ne peut pas triompher devant Jésus. Comme au premier jour du monde, une chose peut transformer le tohu-bohu en un monde vivable par les hommes, une seule chose, qui tient toujours le coup et commande tout, c'est sa parole. C'est précisément cette parole qui a déployé les cieux, fixé la terre et mis une limite à la mer et qui fait vivre le monde. Une parole qui par un simple commandement « tais-toi » fais cesser toute cette cacophonie bavarde. Jésus le dira bientôt « Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point » (Mc 13, 31).
Il n'est pas un sorcier qui règle des problèmes avec des formules magiques, il est celui dont la parole rend sa vraie place à chacun. Si bien que la question des disciples est bel et bien la seule question à se poser : « Qui est-il donc, celui-ci, pour que même le vent et la mer lui obéissent ? » Une question qui appelle la foi, une question à garder avec la confiance des enfants qui se découvrent conduits jusqu'au lieu où la réponse se laisse découvrir, plus loin que ce qu'ils auraient imaginé.

Fr. Bruno, Abbaye N.-D. de Tamié - Homélie, extraits - 22 juin 2015.

 

 

 

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