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11 juillet - Nous fêtons saint Benoît de Nursie

La Règle de saint Benoît ?  ...un chef d'œuvre d'humanité, une Sagesse séculaire !

Notre manière d'en tirer profit ne peut être tout à fait celle des moines, mais comme eux nous sommes appelés à devenir des êtres libres...

Pour nous rappeler qui est Benoît, nous pouvons relire dans la rubrique de l'histoire sa vie et la présentation de la règle monastique qu'il a laissée. Nous pouvons consulter l'ensemble liturgique qui le concerne.

Vivre au 21ème siècle, sous une règle écrite au 6ème siècle...

Se libérer de ses biens.

Dans la tradition bénédictine, la pauvreté ne fait pas l'objet d'un vœu : la question n'est pas de ne rien posséder, elle consiste dans le fait qu'on ne dispose de rien pour soi-même. On use de tout mais selon ce que l'abbé aura jugé opportun de confier, l'expression de la Règle à ce propos est même forte : la propriété personnelle est un vice à extirper à la racine (Règle de saint Benoît 33,1).
(...) 

« Rien à soi mais tout à souhait », c'est le risque que courent ceux qui, n'ayant plus de budget à gérer, de courses à faire, de factures à payer ont perdu tout sens de la valeur financière de ce dont ils usent tous les jours. De cette façon, il serait parfaitement possible de vivre dans l'aisance en n'ayant pas de porte-monnaie : quand on penserait avoir besoin d'un objet quelconque, on le demanderait, quitte, au besoin, à accumuler toutes sortes de bien dont on ne se déclarerait pas propriétaire mais qui, de fait seraient consignés dans un lieu bien séparé, auquel personne d'autre que soi n'accéderait. Cette attitude peut faire bon ménage avec une soumission ostensible aux décisions de l'abbé.
(...)

 

Lorsqu'il est question de la désappropriation monastique, le mot qui convient est celui de liberté. L'enjeu est donc bien plus qu'une question d'argent. En effet, il est impossible de communier au mystère de celui qui est venu partager la vie des hommes si on s'accroche à ce que l'on détient en propre, biens matériels, intellectuels et tout ce qui nous possède à la mesure même dont nous croyons le posséder.
Ce qu'il s'agit de rejoindre, c'est l'attitude des « pauvres du Seigneur » qui attendent tout de lui. La vraie question sera donc, ici aussi, de savoir vivre un manque et c'est en quoi la perspective de Benoît se révèle particulièrement intéressante. C'est à l'abbé, en effet, qu'il revient de déterminer ce qui doit être donné à chacun et Benoît ne s"embarrasse pas de considérations compliquées pour décrire ce qui convient ou ne ne convient pas. L'important n'est justement pas l'objet lui-même mais la relation de confiance dans laquelle on veut bien s'engager. Cette confiance elle sera vécue à travers le rapport à l'abbé et à celui qu'il nomme pour s'occuper des questions matérielles, qu'il désigne également comme « père », (...). « Comme cellerier du monastère, on choisira dans la communauté un frère sage et de caractère mûr, sobre dans le boire et le manger. Il n'est pas orgueilleux ni agité, ni injuste, ni lent, ni dépensier, mais animé d'un respect confiant envers Dieu. Il prendra soin de tous. Il ne fera rien sans ordre de l'abbé. Il obéira avec soin aux ordres qu'il reçoit. Il ne fera pas de peine à ses frères. Si un frère lui demande quelque chose qui n'est pas raisonnable, le cellérier ne le rendra pas triste en lui montrant du mépris. Mais, humblement, il refusera avec raison à celui qui a fait une mauvaise demande ». (R B 31, 1-7)

C'est la relation vécue avec ces deux pères qui pourra devenir lieu de la croissance personnelle : l'important n'est pas d'avoir ou de ne pas avoir ceci ou cela, l'important est de vivre avec eux un discernement qui permet de rester libre vis-à-vis de ce qu'on a et d'accepter le manque inhérent à toute existence humaine. Vivre authentiquement la vie monastique supposera donc toujours un long cheminement personnel de dépouillement de tous ses avoirs pour savoir demander ce dont on a vraiment besoin dans accumuler « au cas où ». Comme dans d'autres domaines, ce travail ne sera jamais définitivement achevé, mais renoncer à le poursuivre, c'est s'interdire de progresser dans la liberté spirituelle. Les pères du désert le savaient et Benoît, homme concret, le souligne très soigneusement : « Même une aiguille ou un stylet pour écrire peuvent devenir un bien en trop ! » (R B 33,1).
Lieu de croissance personnelle, l'attitude du moine qui cherche à se désencombrer le met donc en communion avec tous, car tous les hommes doivent accepter de ne pas avoir tout, tout de suite. Surtout, à une époque où des efforts énormes sont engagés pour convaincre chacun d'acheter au plus vite ce qui, par extraordinaire, pourrait manquer à sa panoplie de parfait consommateur, la pratique du discernement n'est vraiment pas sans pertinence. Dépenser fait marcher la machine économique. Mais l'accumulation peut aussi devenir une terrible source d'aliénation, et même de désespoir quand plus rien ne laisse à désirer.
L'idée de dépouillement rejoint d'ailleurs un combat de la vie chrétienne depuis les origines : « Tous les croyants ensemble mettaient tout en commun ; ils vendaient leurs propriétés et leurs biens et en partageaient le prix entre tous selon les besoins de chacun » (Ac 2,44). En le vivant sur un mode propre - inaccessible en pratique à des familles où l'on doit assumer une responsabilité entre les générations - les religieux en général et les moines en particulier essaient précisément de soigner une des racines de la liberté humaine.

Frère Bruno, Tamié, cité dans "Répondre par des actes, sur la vie monastique" - Ed DDB 2008

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