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L'histoire du monachisme cistercien
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paques 17Jésus se manifesta...

 « Après cela il se manifesta sous d'autres traits à deux d'entre eux... » (Mc 16, 12)
« Enfin il se manifesta aux Onze eux-mêmes. »
(16,14)
« Jésus se manifesta de nouveau aux disciples. »
(Jn, 21, 1)
« Ce fut là que Jésus se manifesta aux disciples. » (21, 14)

Le 3 mai 1992, au monastère cistercien de Notre-Dame de l'Atlas à Tibhirine, frère Christophe prononce l'homélie à partir du texte de l'évangile de Jean, l'apparition de Jésus au bord du lac. Après une introduction, voici ce qu'il dit :

Dans mon filet j'ai trouvé un poisson, un petit mot qui s'est mis à frétiller quand je l'ai pris, comme s'il voulait nager en moi. On le rencontre tout au début : Jésus se manifesta.
Une manif. Une manifestation. Au mois de mai, ce mot là parle plus fort que les autres. Lire, c'est aussi jeter sur le texte le filet de sa mémoire. Mai 68. Qu'est-ce qui était alors manifesté  ? Il me semble avec le recul du temps... que c'était « mêlé ». Manifestation de liberté, de fraternité. Manifestation d'Espérance hors la loi, hors système, hors institution. Manifestation de l'excès, de l'autrement. Peut-être aussi manifestation d'un secret. Mais aussi, et je fus sensible à cet autre aspect : manifestation de Mensonge : de la violence aveugle. Manifestation, manipulation, récupération et au fond : de l'orgueil, un immense égoïsme d'enfants gâtés.

Comme ce temps ressemble au nôtre !

Jésus se MANIFESTA. Ce verbe-là me remue, m'impressionne, me trouble. Ne suis-je pas devenu moine - moine de mai 68 - pour manifester, pour professer avec des frères : la vie, la paix.

Apprenons de Jésus comment il a besoin de nous pour se manifester aujourd'hui.

Aujourd'hui, devant cet évangile, Jésus me fait comprendre : c'est lui qui se manifeste. Le Dieu de mon amour vient à moi (Ps 58,11) et c'est lui qui se manifeste, là, au milieu de nous, comme aussi en chacune de nos existences de disciple. Celui qui m'aime sera aimé de mon Père et à mon tour, moi, je l'aimerai et je me manifesterai à lui (Jn 14, 21) Oui, la vie s'est manifestée et nous l'avons vue (1 Jn 1, 2). Jésus qui se manifeste : c'est Dieu et l'homme manifestés : ensemble, en accord, en vérité. Non pas tel ou tel aspect de Dieu, mais son Etre qui dit Je et fait alliance avec nous. Nous (moi), quand on se manifeste, on ne dit jamais tout : des fois, c'est le meilleur qui s'exprime : la paix, la joie, la sérénité. Parfois, on manifeste le moins bon : la mauvaise humeur, le dépit, la violence, l'orgueil...

En Jésus, Dieu se manifeste : pas de ruse, pas de mensonge. Jésus est l'homme droit qui se présente sans arrière-pensée, sans détour ; il est là pour rendre témoignage à la Vérité. Il est là en plénitude de la part d'un Autre : qui me voit, voit le Père (Jn 14, 9). C'est une Bonne Nouvelle, ça veut dire : Dieu se manifeste, Dieu cherche la communication, la rencontre. Si tu savais le don de Dieu...

Dieu en Jésus manifeste sa Présence : Emmanuel, Dieu avec nous. Dieu manifeste en Jésus sa Liberté, sa liberté de mouvement qui est liberté d'offrande : celui qu'on a cloué sur le bois n'est pas resté rivé à la croix. Jésus vint se placer sur le rivage. Il est ressuscité.

Jésus leur dit : Ainsi le Verbe est plus fort que le Mensonge. Sa parole n'a pas été arrêtée par la haine, par la trahison. Tout ce qu'il dit vient du Père, traverse la mort, nous rejoint et nous entraîne vers le Père et vers nos frères.
Dieu en Jésus se manifeste. Pauvre qui demande : à la Samaritaine il demandait de l'eau, au Golgotha il avait soif, ici il demande : eh, les enfants avez-vous un peu de poisson ? (Jn 21, 5)
L'humilité est sa façon à lui de s'affirmer, de manifester son Je suis. Le Fils ne fait rien de lui-même, rien en dehors du Père.

Dieu qui se manifeste en Jésus. Loin de nous écraser sous le poids de sa Majesté, nous éveille à lui-même. Sa Révélation nous révèle qui nous sommes nous attirant vers la vérité tout entière.

Pierre m'aimes-tu ? (Jn 21, 17)
Une liberté infiniment aimante, Jésus, Dieu et homme, en appelle à une conscience chargée d'histoire. Pierre et chacune, chacun. Dieu en Jésus se manifeste pour que tout homme qui croit en lui, en son nom, en son amour qui vient, ne périsse pas mais ait la vie : et puisse naître d'en-haut, de Dieu lui-même. Voici qu'enfin Dieu et l'homme peuvent manifester ensemble. Pierre m'aimes-tu ?Jésus manifeste son attente, son désir. Il demande ce que Dieu ne peut imposer : une réponse libre, vraie. Et Pierre est ressuscité par ce questionnement venu de l'Eternel amour. Il est remis en confiance, pardonné. Il reçoit la réponse que lui seul peut dire : tu sais que je t'aime. Et Pierre est entendu. L'écoute de Jésus l'entraîne bien plus loin. Aimer Jésus veut dire : aimer ses brebis, entrer dans son labeur de berger : dans son désir d'unité, dans son ardeur, dans ses combats, dans son souci de bonheur pour tous dans sa Passion pour la Vérité, selon la volonté du Père. Dieu en Jésus se manifeste : l'Amour dit Je. Et ça n'est pas écrasant. Et ça n'est pas oppressant. Le Dieu de mon amour vient à moi (Ps 58,11). Son Je suis s'ouvre, se donne à reconnaître. C'est toi et je suis devant toi. Tu me donnes d'être moi aussi, bien-aimé capable d'aimer en toi, comme toi, avec toi.

Jésus se manifeste en geste et ce geste qui manifeste son extrême amour est confié à son Corps, à nous ici : voici que maintenant, bientôt, il va prendre le pain et nous le donner. C'est l'heure de la reconnaissance, l'émerveillement, de la vie éternelle qui était tournée vers le Père : elle se manifeste à nous.

Frère Christophe, cité dans "Lorsque mon ami me parle"

 

Pâques 2018

rouges« La première expérience pascale est celle d'un manque » dit le Père Christian de Chergé dans une homélie pascale en 1995.
Les évolutions dans l'Eglise, les guerres, les migrations, les crises politiques, les famines, ne nous font-elles pas ressentir douloureusement nos manques, nos faiblesses...
Comment ont-ils pu devenir les martyrs de la Bonne Nouvelle, ceux-là qui avaient eu peur, qui avaient douté, qui s'en allaient tristes et déçus ?
Bienheureuse pauvreté qui nous permet de faire place au Royaume !

Dans la Pâque de Jésus, tout se dérobe : un grand vide ! Même les signes de notre pauvre attachement que nous destinions à ce mort, gisent là, inutiles, dépourvus de sens : Inutiles les aromates d'un grand prix ! Inutiles les linges qui enveloppaient le gisant ! Inutile ce tombeau neuf et à jamais inutilisable !
Le mort lui-même a disparu ! Et inutile de le chercher. Nous sommes dépouillés de sa dépouille...

PAUVRETE de la foi quand elle bute sur l'évidence : « Il n'est plus ici ! » Peur, perplexité...
Pauvreté, encore, du témoignage quand il ne sert à rien : personne pour donner du crédit à ce que disent les femmes. Pauvreté de la mémoire, celle de Pierre et des autres ils ont tout oublié. Et pauvre intelligence qui n'a rien compris. La première expérience pascale est celle d'un manque.

Reste l'espérance qui est aussi expérience radicale de pauvreté : on accepte de ne pas voir devant, et on se retient de retourner en arrière.
C'est alors que se donne à goûter la pauvreté qui est le Royaume. Il fallait ce dépaysement pour laisser vraiment place au ressuscité. Nous allons avoir tendance à nous agripper à lui, dans la joie de le posséder de nouveau. Mais non, il ne sera plus comme avant, il nous échappe...

PÄQUES, c'est la grande célébration du sens caché des choses de Dieu. La création toute entière s'éveille à la vie de Dieu qui couvait en son sein. Dans cet immense enfantement qui commence, il lui faut abandonner tout ce qu'elle a pour découvrir enfin ce qu'elle est. En se laissant façonner comme à nouveau, à l'ombre de l'Esprit-Saint, mieux encore qu'aux jours de sa genèse.
Car le grand artisan de cette révolution c'est l'Esprit dont la joie propre est de n'avoir rien en propre, de n'être que DON gratuit en totale dépendance de qui l'accueille. Les pauvres le savent : parce qu'ils n'ont rien, ils sont disponibles à la grâce qui passe.

L'homme de Pâques doit avoir les mains transpercées. Alors, il laisse voir que le Royaume est là en lui. Bientôt Pierre aura fait le passage. L'Esprit aidant, il accède à la pauvreté qui fait désormais sa seule richesse : « Je n'ai ni or ni argent, dira-t-il au boiteux qui quémande son droit à la vie, mais ce que j'ai je te le donne : AU NOM DE JESUS-CHRIST RESSUSCITE, LEVE-TOI ET MARCHE ! »

Oui, le Royaume est là ! Heureux sommes-nous d'être ces pauvres qu'il remet debout !

Père Christian de Chergé, cité dans "L'autre que nous attendons"

 

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