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Pour le temps de l'AVENT

RESTEZ EVEILLES
Frère Marco, homélie

« Restez éveillés » (Evangile premier dimanche Avent C)
Qu'est-ce donc que veillez ? Dans l'Evangile, rester éveillé, veiller c'est une attitude spirituelle fondamentale, elle concerne notre cœur profond. Je pense qu'on peut l'expliquer ainsi :
Savez-vous ce que c'est d'attendre un ami, d'attendre qu'il vienne et de le voir tarder ?
Savez-vous ce que c'est d'avoir un ami loin, d'attendre de ses nouvelles et de nous demander jour après jour ce qu'il fait et s'il va bien ?
Savez-vous ce que c'est d'avoir un ami qui est tout près de vous à tel point que vos yeux suivent les siens, que vous lisez dans son cœur, que vous prévoyez ses désirs, que vous souriez de son sourire ?
Veillez en attendant la venue du Seigneur c'est un peu tout cela car le Seigneur Jésus est l'ami qui nous aime, un ami pour lequel nous comptons beaucoup.

Avec notre ami nous serons capables de traverser les nuits les plus profondes, les tempêtes les plus déchaînées.
Nourrissons en nos cœurs l'amour du Seigneur et par l'amour et le désir, afin que nous puissions porter les yeux sur lui en toute confiance.

Notes, homélie Tamié, 2/12/12

 

VISITE-NOUS
Gilbert de Hoyland

« Tout être verra le salut de notre Dieu. » (Evangile deuxième dimanche Avent C)
« De là-haut répands la rosée jusqu'ici : étends ta miséricorde sur ceux qui te connaissent même si leur connaissance n'est pas encore totale ; étends ta miséricorde sur ceux qui te connaissent même si leur connaissance n'est pas encore totale, étends ta miséricorde, répands ta grâce, envoie sur nous ton Esprit pour qu'il renouvelle notre esprit au fond de notre être ; envoie l'Esprit originel pour qu'il nous remodèle et nous conforme à lui et nous éclaire. De fait les justices du Seigneur sont droites, joie pour le cœur ; le précepte du Seigneur est lumineux, clarté pour les yeux*, selon qu'il nous est nécessaire d'être illuminés et réjouis ici-bas.

Visite-nous pour que nous puissions te voir, nous réjouir, te louer ; visite-nous dans le salut et la lumière, dans l'allégresse et la louange. Bonnes sont ces gouttes d'eau, même si elles sont rares et ne constituent qu'une rosée. Cieux, répandez d'en-haut votre rosée !* montagnes éternelles, faites pleuvoir sur nous la douceur ! De votre fine pluie se réjouira ce qui germe en nous.

Peut-être passons-nous plus souvent loin de toi, Seigneur, que toi loin de nous : effectivement, tu allumes la lampe, tu balaies la maison et tu nous cherches avec grand soin, au dire d'un prophète. Et cela pour le cas où tu trouverais cachés dans la saleté, recouverts par des soucis et des pensées aussi vains que vagues, aussi mous que pénibles, l'esprit non seulement partagé entre Dieu et le monde, mais plus porté et plus promptement entraîné vers cette seconde alternative ; et même si ce n'est pas par convoitise, ce l'est du moins par habitude. Car même les soucis que l'on accueille utilement s'introduisent avec violence. En conséquence, si ce n'est pas la nécessité qui s'impose, c'est le superflu qui occupe le terrain. De fait nous semblons fuir les eaux de Siloé qui coulent en silence pour suivre les fleuves de Babylone*. »

Seigneur, dans ta bienveillance pour ton peuple, visite nous par ton salut pour nous faire voir ta bonté, nous réjouir de ta joie, et que tu sois avec ton héritage.

* Ps 18,9   *Is 45, 8  *Is 8,6

Traité 3, extraits § 6-7

 

DEBORDEMENT DE JOIE
Frère Didier, homélie

« Réjouis-toi, de tout ton cœur bondis de joie ! » lecture du prophète Sophonie 3ème dimanche Avent C

Mais n'est-ce pas trop, ce débordement de joie ? C'est tellement délicat parfois de parler de la joie…Ce peut être choquant, scandaleux… Il y a de telles détresses !... Si nous-mêmes ne sommes pas souffrants ou angoissés, qui de nous ne partage pas plus ou moins la maladie ou le handicap d'un enfant, d'un parent ou d'un ami ?... Il y a cette jeune maman qui va mourir d'un cancer, ces enfants violés ou que l'on force à porter des armes, et tant d'autres situations de tortures physiques ou psychologiques qui défigurent le monde !...
La JOIE,… elle ne peut se présenter alors que… comme une toute petite étoile vacillante à l'horizon de l'espérance,… s'il y a encore une lueur d'espérance !... Sinon, elle n'est plus joie mais une blessure de plus…
Frère Christophe de Tibhirine, dans un de ses plus beaux poèmes, nous confie sa joie :
                                        « …ma joie cachée… silencieuse… et discrète…
                                                           joie fragile et menacée… »
et il ajoute : « …joie reçue… près du puits de détresse… »
Une joie, vraiment une joie d'Évangile, une joie baptisée dans la souffrance et puisée au plus profond de soi-même… car il y a dans notre cœur une profondeur plus profonde encore que le « puits de détresse »… Là, il y a une source… qui s'appelle la Paix ou la vraie Joie… A cette profondeur-là, paix et joie, c'est la même chose… et c'est un don de Dieu.
Dans notre cœur, il y a des joies et des inquiétudes de surface, des malaises et des bonheurs passagers… Plus profond, il y a une détresse existentielle parce que la vie c'est fragile, mais aussi une joie existentielle parce que la vie c'est beau, c'est miracle ! La vie, c'est comme la beauté, ça pourrait ne pas être… et c'est là !... Et puis il y a cette profondeur où l'on touche l'Éternité, cette profondeur où demeure la vraie joie…
Cette joie d'Évangile…
La joie de Marie qui entend l'Ange lui dire : « Réjouis-toi ! »
La Joie de Jean-Baptiste qui tressaille de joie à la voix de Jésus, son Ami.
La joie de Jésus lui-même qui vient pour que nous ayons la joie, la sienne, en plénitude.
Et l'Ange va dire à Marie : « Le Seigneur est avec toi ! »
Cette joie…, finalement, cette joie, c'est QUELQU'UN…, c'est DIEU-QUI-NOUS-AIME…
Oui, le Seigneur nous dit, à nous tous, à toute l'humanité qui est comme sa Bien-Aimée, et à chacun de nous, au plus intime de nous :          « Je suis avec toi ! »            et            « Tu es ma joie ! »

Alors, si nous sommes « Joie » pour le Seigneur, il peut être « Joie » pour nous : DIEU-MA-JOIE ! 
Il s'agit pour nous de L'ACCUEILLIR… : sa Présence,… son Amour à vivre,… sa Miséricorde qui nous rend libres, qui dégage en nous la source de la joie, et dans laquelle il nous faut baptiser le monde !
Mais cet accueil est un combat en nous, un combat pour que le Seigneur puisse prendre toute la place en nous,… pour que la joie soit la plus forte,… plus forte que toute tristesse, que tout désespoir… Un combat contre le mal, un combat contre nous-même, un combat contre la nuit, un combat contre la mort…
un combat par la Louange… et par la beauté,… un combat par la Transfiguration contre toutes les défigurations,… le combat de la Tendresse et de la Compassion contre tous les mépris et toutes les haines,… le combat de la Communion contre toutes les divisions… Et je reviens au poème de Frère Christophe… Écoutez bien ça :
                     «…joie fragile et menacée…
                         toi…ma victoire la plus secrète… »
 
Frères et sœurs, voici notre COMBAT D'AVENT, pour ce Temps de l'Avent… Mais c'est toute l'année, car c'est tous les jours l'Avent, tous les jours l'Avènement de Dieu, tous les jours il y a la joie de cet Avènement, tous les jours il y a cet Avènement de la Joie ! Ce combat d'accueil, ça se passe au plus profond de nous, là où nous accueillons Dieu lui-même qui ne cesse de venir et de se donner à nous… et ça se passe aussi dans toutes nos rencontres, car Dieu ne cesse de venir à nous aussi en toute personne rencontrée…                                                           
Il s'agit toujours de ne plus vivre pour nous-mêmes mais pour l'autre… N'est-ce pas au moment où nous ne cherchons plus notre joie, mais où nous faisons tout pour la joie de l'autre, au moment où nous faisons pour l'autre ce que Dieu fait pour nous, que nous advient la vraie joie, la joie de l'Évangile, la joie qui naît de l'Amour, la joie du don ?… Cette joie que personne ne pourra jamais nous ravir… 
 
Notre Père bien-aimé, donne-nous notre joie de ce jour, et pour toujours sois notre joie 

Homélie Tamié, Avent 2009 (extraits)


JOUR DE JOIE
Frère Christophe, homélie

« Réjouis-toi, de tout ton cœur bondis de joie ! » (Evangile troisième dimanche Avent C)
Nous voici au troisième dimanche : Jour de joie. Jour du Seigneur. Nous sommes devant la Parole de Dieu. Seigneur, quelle joie veux-tu nous dire aujourd'hui ? Il me semble que c'est : joie de confiance.

Avec Sophonie : joie de confiance pour un peuple menacé de disparition (par les ennemis du dehors) et de découragement (par les ennemis du dedans). Le Prophète réveille la joie en ranimant la confiance. Le contenu de la foi d'Israël apparaît alors étrangement simple, universel en sa visée, à travers l'élection même, qui se résume ainsi : tu es habité par un Autre. Ton centre c'est Dieu, l'Autre au milieu de toi. La joie qui éclate et s'extériorise en ovations, en cris, en tressaillement est alors en vérité expression d'une foi intense, ma force et mon chant c'est le Seigneur (Ps 117,14), lui aujourd'hui au milieu de nous.

Quelque chose d'autre est encore dit et doit être entendu aujourd'hui, c'est l'annonce d'une réciprocité prodigieuse : le peuple ainsi réjoui par la Présence qui l'habite devient cause de joie pour son Seigneur. Il aura en toi sa joie. Il dansera pour toi. La joie de croire est joie d'Alliance : elle s'origine en Dieu, Créateur de toutes joies humaines, bonnes et très bonnes même quand il s'agit de la femme et de l'homme. Cette joie peut se perdre. Dieu parce qu'il est joie ne peut s'y résigner : Il te renouvellera par son amour (So 3, 17), joie d'alliance nouvelle et éternelle en Jésus-Christ.

Cité dans :« Lorsque mon ami me parle »

 

EN TOUTE HÂTE
Guerric d'Igny - 1r sermon sur St Jean-Baptiste - Homélie

« L'enfant à tressailli d'allégresse en moi. » (Evangile du quatrième dimanche Avent C)
Grâce vraiment incomparable, puissance inestimable de la vertu divine !
Tandis que la voix de Marie frappe les oreilles d'Elisabeth, elle va droit au cœur de Jean, encore caché dans les entrailles maternelles ; elle éveille son esprit et l'anime d'une joie salutaire.
A peine la vertu de la nature lui avait-elle infusé toute son âme, que déjà la vertu de la voix de Marie le remplit surabondamment de l'esprit de prophétie, à ce point que l'on voit sa mère recevoir largement de la plénitude débordante de son fils.
En vérité, Marie était « pleine de grâce » ; manifestement, le Dieu de toute grâce était en elle, et, dans sa libéralité, il faisait couler avec munificence des flots de grâce, d'abord sur sa mère, puis de sa mère sur Jean, puis de Jean sur ses parents.

1r sermon sur St Jean-Baptiste., § 2

Marie part en toute hâte...
Elle porte l'Evangile en elle, Dieu lui-même en elle, Dieu parmi nous, Dieu avec nous !
Elle porte Dieu en elle, et elle apporte Dieu à sa cousine... Elle apporte la Bonne Nouvelle qu'elle porte en elle et c'est la merveilleuse rencontre, cette merveilleuse rencontre de la Visitation, rencontre à deux, non ! rencontre à quatre : Marie et Jésus, Elisabeth et Jean...

On peut être fasciné par cet instant de relais, ce moment où Elisabeth, comme chargée de tout l'Ancien Testament arrivant à maturité pour donner son plus beau fruit, passe le relais de l'Histoire à Marie, aurore du Nouveau Testament dans sa fraîcheur de source.
Et puis il y a cette simultanéité du bonheur de la rencontre fraternelle avec la reconnaissance émerveillée de la bienheureuse Présence de Dieu qui fait de cette Visitation une rencontre de toute beauté, comme un accord qui sonne tellement juste et va résonner à l'infini...
Oui, une des plus belles parmi toutes les rencontres bouleversantes de l'Evangile...
4è dimanche Avent C 2009, abbaye de Tamié

Des notes propres à l'AVENT
Christian de Chergé

Une réelle parenté spirituelle entre l'ATTENTE et la CONVERSION. Celle-ci vient saisir quelqu'un en attente : " Tu ne me chercherais pas si tu ne m'avais trouvé". la conversion peut être ce coup de foudre qui vient combler l'attente, et apparemment la supprimer. Mais elle n'est qu'un avant-goût et l'attente reprend au nom de l'AMOUR plus fort vers lequel on tend. AD-VENTUS et CON-VERSION impliquent un même dynamisme, une même orientation : on est tourné vers, comme l'épouse et l'époux du Cantique. C'est l'A-VENIR que scrute la conversion parce qu'elle est réponse à un Dieu qui est tourné vers nous, en avant de nous. Quelles sont les notes d'attente et de conversion propres à l'AVENT :

- Le SILENCE... attente d'une Parole, d'un Verbe inédit qui bat dans notre cœur comme dans le sein de Marie, qui exige une oreille tournée vers lui.

- la DISPONIBILITE... celle du Fiat, premier et sans cesse repris, symbole de la vigilance, de l'attente éveillée et aussi de cette tournure du cœur qui vous laisse attentif à l'autre, à l'événement et vous donne d'y reconnaître l'appel secret de Dieu.

- PATIENCE et ENDURANCE... une attente qui dure, qui engage le temps au service de l'Eternel... l'attente d'une gestation - neuf mois - symbole de la longue attente du Peuple de Dieu, de ce temps de la patience nécessaire pour apprendre à espérer. "Qui veut durer doit endurer". (R. Rolland)

Cité dans "Dieu pour tout jour"

 

POUR RECEVOIR LE SEIGNEUR
Bernard de Clairvaux, troisième sermon pour l'avent

Heureux celui en qui « la Sagesse se bâtit une maison, en y taillant sept piliers ». Heureuse  l'âme  qui  est le trône de la Sagesse. Quelle est cette âme? Assurément l'âme du juste. Et c'est avec raison, car « c'est la pratique de la justice et du jugement qui prépare ton trône ». Qui d'entre vous, frères, désire préparer en son âme un trône pour le Christ ? Les tentures, les tapis, les coussins qu'il faut lui préparer, les voici, comme il est écrit : « La pratique de la justice et du jugement prépare ton trône »

La pratique de la justice
La justice est la vertu qui rend à chacun ce qui lui est dû. Rends donc ce qui leur revient aux trois catégories que voici : au supérieur, à l'inférieur, à l'égal : à chacun rends ce que tu lui dois. Et tu célèbres ainsi comme il convient l'avènement du Christ, lui préparant par la justice sa résidence.
envers nos supérieurs : respect et obéissance
Je précise : au supérieur rends respect et  obéissance, l'un étant vertu du cœur et l'autre du corps. Car il ne suffirait pas d'obéir extérieurement à nos supérieurs, sans éprouver à l'intime de notre cœur des pensées élevées à leur sujet (...)
envers nos égaux : conseil et assistance
De même, à nos frères parmi lesquels nous vivons, nous somme tenus d'apporter   conseil et assistance, au nom du droit même de la fraternité et de la communion humaine. Car nous-mêmes, nous attendons d'eux ces services envers nous : le conseil pour instruire notre ignorance, l'assistance pour venir en aide à notre faiblesse.(...)
L'occasion d'agir ne te manquera sûrement pas, pourvu seulement que ne te manque pas l'amour fraternel. Car j'estime qu'il n'est pas de meilleur conseil que de t'appliquer, par ton exemple, à enseigner à ton frère ce qu'il faut faire et ce qu'il ne faut pas faire ; tu l'appelles ainsi à devenir meilleur, et tu le conseilles « non en parole ni avec ta langue, mais en acte et en vérité ». Par ailleurs, peux-tu prêter à ton frère assistance plus efficace et plus utile que de prier pour lui avec ferveur, de ne pas négliger de lui signaler ses manquements, et non seulement de ne mettre devant lui aucun obstacle, mais encore de veiller, tel « un ange de paix », autant que tu le pourras, « à enlever du Royaume de Dieu tout scandale » et toute occasion de scandale ? Si tu te montres pour ton frère un tel conseiller et un tel soutien, « tu lui rends ce que tu lui dois » et il n'a nul motif de se plaindre de toi.
envers nos inférieurs : vigilance et correction
Puis si il arrive que tu sois le supérieur de quelqu'un, il est évident que tu es débiteur envers lui d'une plus grande sollicitude. Il réclame de toi vigilance et correction ; vigilance d'abord, pour qu'il puisse éviter le péché, puis correction, pour que ne reste pas impunie la négligence qu'il n'a pas évitée.
Et même si tu n'es le supérieur d'aucun de tes frères, tu as pourtant sous toi un  inférieur à qui tu dois vigilance et correction. Je veux parler de ton corps dont il est hors de doute que ton esprit a reçu le gouvernement. Tu lui dois de veiller sur lui, pour que « le péché ne règne pas en lui et que tes membres ne deviennent pas des instruments d'injustice ». Tu dois aussi le corrige : pour que, « châtié et réduit en servitude », « il produise de dignes fruits de pénitence ».(...)

La pratique du jugement sur soi-même
Et peut-être bien ces attitudes sont-elles six des piliers que la Sagesse a taillés dans la demeure qu'elle s'est bâtie. Il faut encore chercher le septième, si toutefois la Sagesse veut bien nous le faire connaître lui aussi. Or si nous avons trouvé les six premiers piliers dans la justice, qu'est-ce qui nous empêche de voir aussi le septième dans le jugement ? Car ce n'est pas la justice seule, mais « la justice et le jugement qui préparent ton trône », comme dit le psaume. D'ailleurs, si nous rendons ce qui leur est dû aux supérieurs, aux égaux et aux inférieurs, Dieu, lui, ne recevrait-il rien? Mais à lui, c'est clair, nul ne peut rendre ce qu'il doit, tant est surabondante « sa miséricorde, prodigue envers nous », tant sont nombreux nos péchés contre lui, tant nous sommes fragiles et peu de chose, enfin tant il est plénitude et se suffit à lui-même « sans avoir le moindre besoin de nos biens ». Pourtant j'ai entendu celui à qui Dieu « a révélé les secrets mystérieux de sa sagesse » dire que « l'honneur du roi aime le jugement ». En ce qui le concerne, il n'exige rien d'autre de nous. Avouons seulement nos manquements, et il nous justifiera gratuitement, pour la gloire de sa grâce. Car il aime l'âme qui, sous son regard, s'examine sans relâche et se juge elle-même sans fard. Et ce jugement, c'est uniquement pour notre bien qu'il l'exige de nous, car « si nous nous jugeons nous-mêmes, nous ne serons certainement pas jugés ». Voilà pourquoi le sage « s'interroge sur chacun de ses actes ! » : il les passe tous en revue, il les critique, il les juge. Assurément c'est honorer la vérité que de reconnaître sincèrement et de confesser humblement que l'on est, soi-même et tout ce qui nous appartient, dans l'état où nous voit la Vérité.
Ecoute d'ailleurs comment, de manière plus claire encore, le jugement est exigé de toi après la pratique de la justice : « Quand vous aurez accompli tout ce qui vous aura été commandé, dites : Nous sommes des sénateurs inutiles » Telle est assurément, de la part de l'homme, la bonne manière de préparer un trône au Seigneur de Majesté : il s'agit de s'appliquer à observer les commandements, et en même temps de se juger toujours soi-même comme un indigne et un inutile.

Coll sources chrétiennes n°480

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