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Pour le temps de l'AVENT                   

 

AVENT 2019avent19

 

Lorsque mon ami me parle : ce qu'il me dit me touche, me remue, me fait    du bien. Je l'écoute de tout mon cœur: je le laisse venir à moi... en moi.
Mon ami s'appelle : Jésus
il est parti  près de son Père
mais il continue de me parler  l'Église
se rassemble pour accueillir sa parole vivante
pour s'en nourrir  et pour en témoigner :
elle est la communion des disciples de Jésus.


Jésus parlait à ses disciples de sa venue. Et c'est Dieu qui nous parle en son Fils. Le temps de l'Avent, c'est peut-être, le temps qui est donné à l'Église, à l'humanité, à chacune, à chacun, le temps donné (comme un cadeau d'avent-Noël) pour laisser venir à nous Celui qui nous parle : comme un ami parle a son ami, comme un époux parle à sa bien-aimée. Oui, laissons venir à nous les mots de l'Évangile, ces mots si simples, et vrais, et bons... Pour que Noël soit vraiment Noël, il faut qu'ils renaissent en nous, Verbe fait chair, langage fait homme. Il y a dans cet Évangile, deux mots qui se sont comme détachés de l'écriture, du texte et qui sont venus à moi. Le premier : serviteur (Mt 24,45). Et le deuxième qui semble tellement tenir cœur à Jésus : veillez (Mt 24,42).

Prenez garde, veillez. Jésus, veux-tu nous faire peur? Faut-il vivre dans l'anxiété, sur le qui-vive... à l'affût de toutes les prévisions sur la fin du monde... Veillez, c'est un commandement... d'ami, c'est une promesse. Elle nous vient de cet avenir d'où Jésus vient : elle nous vient du cœur de Dieu. Et si Dieu, en Jésus, nous demande, nous supplie de rester éveillé, sûrement, c'est possible. C'est un Je t'aime qui va nous tenir éveillé, c'est-à-dire présent à la réalité, a toute la réalité : celle qu'on volt et celle qu'on ne voit pas. Alors veiller, ce sera aussi être présent à l'autre, lui dire, sans le dire : je suis là. Éveillé à tout ce qui en toi est unique, à tout ce qui en toi est en train de naître et de grandir... celui qui est éveillé... voici qu'il devient un éveilleur... et voilà qu'il rend service à Dieu. Mais : comment rester éveillé? Dans la vie, si on risque de s'endormir - par exemple pendant un sermon qui serait un peu long - on peut se mettre à côté de quelqu'un qui ne dort pas... Eh bien : mettons-nous tout près de Celui qui ne dort ni ne sommeille (Ps 120,4) : Dieu toujours en éveil, toujours en travail parce que tout Amour: lui l'Éternel. Mais comme Jésus - le Serviteur fidèle qui resta éveillé jusqu'au bout, jusque dans la mort subie et accueillie sur la Croix, comme lui, avec lui, près de lui, notre existence sera sans cesse réveillée : plus encore, ressuscitée par l'Amour du Père. Non, je ne suis pas seul, le Père est avec moi (Jn 16,32). Se tenir près de Dieu... et puis, se tenir près des pauvres. Car eux aussi, ils vont nous réveiller car ils attendent : le Droit, la Justice. Ils attendent : que les deux se déchirent (Me 1,10) et que vienne Noël, la paix pour tous les bien-aimés du Père. Ils vont nous apprendre l'Évangile, cette Parole que Jésus à travers eux nous donne. Oui, habitons - avec les pauvres - cette maison dont Jésus reste le Maître et qu'il nous a confiée afin qu'elle soit maison fraternelle, maison de prière ouverte à tous les peuples (Is 56,7), maison qui déjà, en cette eucharistie, reçoit sa visite, accueille sa présence: oh!, viens Seigneur Jésus (Ap 22,20).

Extraits homélie 1r dimanche de l'Avent A, frère Christophe cité dans "Lorsque mon ami me parle"

TEMPS DE L'AVENT 2016

Au premier dimanche nous avons chanté avec le psaume 121 :premier
      « Dans la joie nous irons à la maison du Seigneur »

Au deuxième dimanche, saint Paul nous invite :
      « D'un même cœur, d'une seule voix, vous rendrez gloire à Dieu. »

Au troisième dimanche le prophète Isaïe proclame :
      « Le désert et la terre de la soif, qu'ils se réjouissent !
         Le pays aride, qu'il exulte et fleurisse, qu'il exulte et crie de joie
         Ceux qu'a libérés le Seigneur entrent avec des cris de fête.
         Allégresse et joie les rejoindront »  

RENDRE GRACE
Un conseil de saint Bernard :

Quand il s'agit de rendre grâce, apprends à ne pas être lent ni paresseux ; apprends à remercier pour chaque don. « Fais bien attention aux mets qui te seront servis » (Pr 23, 1), est-il dit, pour qu'aucun don de Dieu, qu'il soit grand ou modeste ou tout petit, ne soit frustré de l'action de grâces qui lui est due. L'ingratitude est un vent brûlant qui dessèche la source de la piété, la rosée de la miséricorde, les flots de la grâce.
Bernard de Clairvaux, sermon sur le Cantique n° 51, § 6

 

Au troisième dimanche, saint Jacques nous recommande : deuxieme
      « En attendant la venue du Seigneur, prenez patience. »

NOUS ATTENDONS
Christian de Chergé dit que faire en attendant.

L'attente, la terre entière sait ce que c'est. Quand elle attend la pluie parce qu'elle a soif, quand elle attend le pain parce qu'elle a faim.
Il faut marcher... vers la maison du Seigneur. ce vocabulaire de route ; le progrès : avancer, ne pas stagner.
Il faut lutter, combattre, avec les armes de la paix : non pas l'épée mais la charrue.
Il faut veiller, là où l'on est, dans le banal, dans le quotidien. C'est là que Dieu veut nous chercher, nous changer peu à peu. « Sans que nous nous doutions de rien ». L'attente conjuguée au présent. L'avènement se fait au cœur du quotidien, dans cette régularité que nous avons vouée comme notre bien propre : l'un est au champ... l'autre au moulin : rien à changer à cela. C'est là que nous utilisons ces armes pacifiques et pacifiantes : la charrue, la faucille... la casserole, le marteau...
L'enfantement est en cours, dans cette nuit, dans toutes ces nuits, comme dans celle de Noël, et que nous pouvons contribuer par nos œuvres - si banales ! - à l'enfantement de la lumière. Les bergers veillaient.
Etre prêts à ce que Dieu veut de nous, de chacun. L'un est pris, l'autre laissé...
Christian de Chergé, Fès, 3 décembre 1995, 1r dimanche de l'Avent

 

Au deuxième dimanche, le prophète Isaïe dit ce vers quoi nous allons : troisieme
« Il n'y aura plus de mal ni de corruption sur toute ma montagne sainte. »
et Jean-Baptiste recommande
« Convertissez-vous... Produisez donc un fruit de conversion. »

CONVERSION
Saint Bernard commente ce verset du Cantique des Cantiques : « Le temps de la taille est venu » (Ct 2, 12). A partir de cette image il nous dit ce que peut être la conversion.

« Le temps de la taille est venu » L'épouse est donc appelée à travailler les vignes. Qui en effet a retranché si parfaitement de lui-même tout le superflu qu'il pense ne plus rien avoir qui mérite d'être taillé ? Croyez-moi : ce qui a été taillé repousse, ce qui a été chassé revient, l'on voit se rallumer ce qui était éteint, et ce qui était en sommeil se réveille encore. C'est peu d'avoir taillé une fois ; il faut tailler souvent, ou mieux si possible, toujours. Car, si tu ne t'en caches pas tu trouves toujours à tailler. Que tu le veuilles ou non, le Jébuséen habite à l'intérieur de tes frontières. (cf 1 Jg 1, 21) : il peut être anéanti mais non exterminé. La vertu ne peut pas croître avec les vices. Pour qu'elle se fortifie qu'on ne laisse pas ceux-ci foisonner. Enlève le superflu et l'utile pourra pousser. Tout ce que tu ôtes à la convoitise s'ajoute au profit. Mettons la main à la taille. Que la convoitise soit taillée pour que la vertu s'affermisse.
Bernard de Clairvaux, sermon sur le Cantique n° 58, § 10

ATTENTE et CONVERSION
Les deux vont de pair dit saint Bernard

Mais je suis pécheur et il me reste encore un long chemin à parcourir car le salut est loin des pécheurs. Je ne murmurerai pas, pourtant ; dans l'attente je me consolerai avec le parfum. « Le juste se réjouira dans le Seigneur » (Ps 3,11) car lui expérimente par le goût ce que je sens par l'odorat. Celui que le juste contemple, le pécheur l'attend ; cette attente c'est le parfum qu'il respire. « car la création en attente, attend la révélation des fils de Dieu » est-il dit. Or, contempler, c'est goûter et voir que le Seigneur est doux. Ou plutôt faut-il dire que c'est le juste qui attend, et que celui qui possède c'est le bienheureux ? Car l'attente des justes est joie. Le pécheur lui n'attend rien. C'est bien pour cela qu'il est pécheur : non seulement il est tout occupé des biens d'ici-bas, mais il s'en contente ; il n'attend rien pour l'avenir. Il est sourd à cette voix : « Attends-moi, dit le Seigneur, au jour de ma résurrection à venir » (Soph 3, 8)
Bernard de Clairvaux, sermon sur le Cantique n° 67, § 6

RENDRE GRACES
Saint Bernard développe :finale

« Rendant grâces en toutes choses ». Tout ce que tu peux avoir de sagesse et de vertu, attribue-le « au Christ qui est vertu de Dieu et sagesse de Dieu » (1 Co 1, 24).
A propos du pharisien de la parabole (Luc 18, 9-14)
Cette action de grâces ne le rend pas plus agréable à Dieu. Pourquoi ? Parce que toutes les paroles de ferveur clamées par la bouche, ne suffisent pas à excuser l'insolence du coeur auprès de celui qui de loin perçoit tout orgueil (Ps 137, 6). Vous apercevez-vous que le pharisien, par son action de grâces, honore Dieu des lèvres, mais se rend honneur à lui-même du fond de son coeur ? Ce n'est donc pas n'importe quelle action de grâces qui est agréable à Dieu, mais celle-la seulement qui jaillit d'un coeur pur et sincère dans sa simplicité.
Qui croirait le mur s'il prétendait être la source du rayon de soleil qu'il reçoit par la fenêtre ? Si une peinture ou une écriture est digne d'éloge, il n'en faut rapporter le mérite ni au pinceau, ni à la plume. Pas davantage que l'excellence d'un beau discours ne provient de la langue ou des lèvres. Il est temps que le prophète parle lui-même : « La hache, dit-il, se glorifiera-t-elle contre celui qui coupe avec elle ? La scie se vantera-t-elle contre celui qui la fait aller ? Comme si la verge se redressait contre celui qui la lève et que le bâton se vante alors qu'il n'est que bois » (Is 10,15).
Que nul d'entre vous n'aspire à être loué en cette vie. Car tout éloge que tu cherches à obtenir ici-bas sans le rapporter à Dieu, tu le lui voles. Même si tu resplendis de prodiges et de signes, ils s'opèrent par ta main, mais grâce à la puissance de Dieu.
Pour remercier des biens de la grâce multiforme qui se manifeste en vous, rapportez toute louange à Dieu, auteur et dispensateur de tout ce qui est louable. Et faites cela, non pas en simulant, comme les hypocrites, ni en pure routine, comme les gens du monde, et pas non plus par une sorte d'obligation, comme des bêtes de somme destinées à porter des charges.
Non, pas de cette façon, mais comme il convient à des saints : avec une foi sincère, une ferveur attentive, une joie reconnaissante mais non relâchée.
Bernard de Clairvaux, sermon sur le Cantique n° 13

 

 

RESTEZ EVEILLES
Frère Marco, homélie

« Restez éveillés » (Evangile premier dimanche Avent C)
Qu'est-ce donc que veillez ? Dans l'Evangile, rester éveillé, veiller c'est une attitude spirituelle fondamentale, elle concerne notre cœur profond. Je pense qu'on peut l'expliquer ainsi :
Savez-vous ce que c'est d'attendre un ami, d'attendre qu'il vienne et de le voir tarder ?
Savez-vous ce que c'est d'avoir un ami loin, d'attendre de ses nouvelles et de nous demander jour après jour ce qu'il fait et s'il va bien ?
Savez-vous ce que c'est d'avoir un ami qui est tout près de vous à tel point que vos yeux suivent les siens, que vous lisez dans son cœur, que vous prévoyez ses désirs, que vous souriez de son sourire ?
Veillez en attendant la venue du Seigneur c'est un peu tout cela car le Seigneur Jésus est l'ami qui nous aime, un ami pour lequel nous comptons beaucoup.

Avec notre ami nous serons capables de traverser les nuits les plus profondes, les tempêtes les plus déchaînées.
Nourrissons en nos cœurs l'amour du Seigneur et par l'amour et le désir, afin que nous puissions porter les yeux sur lui en toute confiance.

Notes, homélie Tamié, 2/12/12

 

VISITE-NOUS
Gilbert de Hoyland

« Tout être verra le salut de notre Dieu. » (Evangile deuxième dimanche Avent C)
« De là-haut répands la rosée jusqu'ici : étends ta miséricorde sur ceux qui te connaissent même si leur connaissance n'est pas encore totale ; étends ta miséricorde sur ceux qui te connaissent même si leur connaissance n'est pas encore totale, étends ta miséricorde, répands ta grâce, envoie sur nous ton Esprit pour qu'il renouvelle notre esprit au fond de notre être ; envoie l'Esprit originel pour qu'il nous remodèle et nous conforme à lui et nous éclaire. De fait les justices du Seigneur sont droites, joie pour le cœur ; le précepte du Seigneur est lumineux, clarté pour les yeux*, selon qu'il nous est nécessaire d'être illuminés et réjouis ici-bas.

Visite-nous pour que nous puissions te voir, nous réjouir, te louer ; visite-nous dans le salut et la lumière, dans l'allégresse et la louange. Bonnes sont ces gouttes d'eau, même si elles sont rares et ne constituent qu'une rosée. Cieux, répandez d'en-haut votre rosée !* montagnes éternelles, faites pleuvoir sur nous la douceur ! De votre fine pluie se réjouira ce qui germe en nous.

Peut-être passons-nous plus souvent loin de toi, Seigneur, que toi loin de nous : effectivement, tu allumes la lampe, tu balaies la maison et tu nous cherches avec grand soin, au dire d'un prophète. Et cela pour le cas où tu trouverais cachés dans la saleté, recouverts par des soucis et des pensées aussi vains que vagues, aussi mous que pénibles, l'esprit non seulement partagé entre Dieu et le monde, mais plus porté et plus promptement entraîné vers cette seconde alternative ; et même si ce n'est pas par convoitise, ce l'est du moins par habitude. Car même les soucis que l'on accueille utilement s'introduisent avec violence. En conséquence, si ce n'est pas la nécessité qui s'impose, c'est le superflu qui occupe le terrain. De fait nous semblons fuir les eaux de Siloé qui coulent en silence pour suivre les fleuves de Babylone*. »

Seigneur, dans ta bienveillance pour ton peuple, visite nous par ton salut pour nous faire voir ta bonté, nous réjouir de ta joie, et que tu sois avec ton héritage.

* Ps 18,9   *Is 45, 8  *Is 8,6

Traité 3, extraits § 6-7

 

DEBORDEMENT DE JOIE
Frère Didier, homélie

« Réjouis-toi, de tout ton cœur bondis de joie ! » lecture du prophète Sophonie 3ème dimanche Avent C

Mais n'est-ce pas trop, ce débordement de joie ? C'est tellement délicat parfois de parler de la joie…Ce peut être choquant, scandaleux… Il y a de telles détresses !... Si nous-mêmes ne sommes pas souffrants ou angoissés, qui de nous ne partage pas plus ou moins la maladie ou le handicap d'un enfant, d'un parent ou d'un ami ?... Il y a cette jeune maman qui va mourir d'un cancer, ces enfants violés ou que l'on force à porter des armes, et tant d'autres situations de tortures physiques ou psychologiques qui défigurent le monde !...
La JOIE,… elle ne peut se présenter alors que… comme une toute petite étoile vacillante à l'horizon de l'espérance,… s'il y a encore une lueur d'espérance !... Sinon, elle n'est plus joie mais une blessure de plus…
Frère Christophe de Tibhirine, dans un de ses plus beaux poèmes, nous confie sa joie :
                                        « …ma joie cachée… silencieuse… et discrète…
                                                           joie fragile et menacée… »
et il ajoute : « …joie reçue… près du puits de détresse… »
Une joie, vraiment une joie d'Évangile, une joie baptisée dans la souffrance et puisée au plus profond de soi-même… car il y a dans notre cœur une profondeur plus profonde encore que le « puits de détresse »… Là, il y a une source… qui s'appelle la Paix ou la vraie Joie… A cette profondeur-là, paix et joie, c'est la même chose… et c'est un don de Dieu.
Dans notre cœur, il y a des joies et des inquiétudes de surface, des malaises et des bonheurs passagers… Plus profond, il y a une détresse existentielle parce que la vie c'est fragile, mais aussi une joie existentielle parce que la vie c'est beau, c'est miracle ! La vie, c'est comme la beauté, ça pourrait ne pas être… et c'est là !... Et puis il y a cette profondeur où l'on touche l'Éternité, cette profondeur où demeure la vraie joie…
Cette joie d'Évangile…
La joie de Marie qui entend l'Ange lui dire : « Réjouis-toi ! »
La Joie de Jean-Baptiste qui tressaille de joie à la voix de Jésus, son Ami.
La joie de Jésus lui-même qui vient pour que nous ayons la joie, la sienne, en plénitude.
Et l'Ange va dire à Marie : « Le Seigneur est avec toi ! »
Cette joie…, finalement, cette joie, c'est QUELQU'UN…, c'est DIEU-QUI-NOUS-AIME…
Oui, le Seigneur nous dit, à nous tous, à toute l'humanité qui est comme sa Bien-Aimée, et à chacun de nous, au plus intime de nous :          « Je suis avec toi ! »            et            « Tu es ma joie ! »

Alors, si nous sommes « Joie » pour le Seigneur, il peut être « Joie » pour nous : DIEU-MA-JOIE ! 
Il s'agit pour nous de L'ACCUEILLIR… : sa Présence,… son Amour à vivre,… sa Miséricorde qui nous rend libres, qui dégage en nous la source de la joie, et dans laquelle il nous faut baptiser le monde !
Mais cet accueil est un combat en nous, un combat pour que le Seigneur puisse prendre toute la place en nous,… pour que la joie soit la plus forte,… plus forte que toute tristesse, que tout désespoir… Un combat contre le mal, un combat contre nous-même, un combat contre la nuit, un combat contre la mort…
un combat par la Louange… et par la beauté,… un combat par la Transfiguration contre toutes les défigurations,… le combat de la Tendresse et de la Compassion contre tous les mépris et toutes les haines,… le combat de la Communion contre toutes les divisions… Et je reviens au poème de Frère Christophe… Écoutez bien ça :
                     «…joie fragile et menacée…
                         toi…ma victoire la plus secrète… »
 
Frères et sœurs, voici notre COMBAT D'AVENT, pour ce Temps de l'Avent… Mais c'est toute l'année, car c'est tous les jours l'Avent, tous les jours l'Avènement de Dieu, tous les jours il y a la joie de cet Avènement, tous les jours il y a cet Avènement de la Joie ! Ce combat d'accueil, ça se passe au plus profond de nous, là où nous accueillons Dieu lui-même qui ne cesse de venir et de se donner à nous… et ça se passe aussi dans toutes nos rencontres, car Dieu ne cesse de venir à nous aussi en toute personne rencontrée…                                                           
Il s'agit toujours de ne plus vivre pour nous-mêmes mais pour l'autre… N'est-ce pas au moment où nous ne cherchons plus notre joie, mais où nous faisons tout pour la joie de l'autre, au moment où nous faisons pour l'autre ce que Dieu fait pour nous, que nous advient la vraie joie, la joie de l'Évangile, la joie qui naît de l'Amour, la joie du don ?… Cette joie que personne ne pourra jamais nous ravir… 
 
Notre Père bien-aimé, donne-nous notre joie de ce jour, et pour toujours sois notre joie 

Homélie Tamié, Avent 2009 (extraits)


JOUR DE JOIE
Frère Christophe, homélie

« Réjouis-toi, de tout ton cœur bondis de joie ! » (Evangile troisième dimanche Avent C)
Nous voici au troisième dimanche : Jour de joie. Jour du Seigneur. Nous sommes devant la Parole de Dieu. Seigneur, quelle joie veux-tu nous dire aujourd'hui ? Il me semble que c'est : joie de confiance.

Avec Sophonie : joie de confiance pour un peuple menacé de disparition (par les ennemis du dehors) et de découragement (par les ennemis du dedans). Le Prophète réveille la joie en ranimant la confiance. Le contenu de la foi d'Israël apparaît alors étrangement simple, universel en sa visée, à travers l'élection même, qui se résume ainsi : tu es habité par un Autre. Ton centre c'est Dieu, l'Autre au milieu de toi. La joie qui éclate et s'extériorise en ovations, en cris, en tressaillement est alors en vérité expression d'une foi intense, ma force et mon chant c'est le Seigneur (Ps 117,14), lui aujourd'hui au milieu de nous.

Quelque chose d'autre est encore dit et doit être entendu aujourd'hui, c'est l'annonce d'une réciprocité prodigieuse : le peuple ainsi réjoui par la Présence qui l'habite devient cause de joie pour son Seigneur. Il aura en toi sa joie. Il dansera pour toi. La joie de croire est joie d'Alliance : elle s'origine en Dieu, Créateur de toutes joies humaines, bonnes et très bonnes même quand il s'agit de la femme et de l'homme. Cette joie peut se perdre. Dieu parce qu'il est joie ne peut s'y résigner : Il te renouvellera par son amour (So 3, 17), joie d'alliance nouvelle et éternelle en Jésus-Christ.

Cité dans :« Lorsque mon ami me parle »

 

EN TOUTE HÂTE
Guerric d'Igny - 1r sermon sur St Jean-Baptiste - Homélie

« L'enfant à tressailli d'allégresse en moi. » (Evangile du quatrième dimanche Avent C)
Grâce vraiment incomparable, puissance inestimable de la vertu divine !
Tandis que la voix de Marie frappe les oreilles d'Elisabeth, elle va droit au cœur de Jean, encore caché dans les entrailles maternelles ; elle éveille son esprit et l'anime d'une joie salutaire.
A peine la vertu de la nature lui avait-elle infusé toute son âme, que déjà la vertu de la voix de Marie le remplit surabondamment de l'esprit de prophétie, à ce point que l'on voit sa mère recevoir largement de la plénitude débordante de son fils.
En vérité, Marie était « pleine de grâce » ; manifestement, le Dieu de toute grâce était en elle, et, dans sa libéralité, il faisait couler avec munificence des flots de grâce, d'abord sur sa mère, puis de sa mère sur Jean, puis de Jean sur ses parents.

1r sermon sur St Jean-Baptiste., § 2

Marie part en toute hâte...
Elle porte l'Evangile en elle, Dieu lui-même en elle, Dieu parmi nous, Dieu avec nous !
Elle porte Dieu en elle, et elle apporte Dieu à sa cousine... Elle apporte la Bonne Nouvelle qu'elle porte en elle et c'est la merveilleuse rencontre, cette merveilleuse rencontre de la Visitation, rencontre à deux, non ! rencontre à quatre : Marie et Jésus, Elisabeth et Jean...

On peut être fasciné par cet instant de relais, ce moment où Elisabeth, comme chargée de tout l'Ancien Testament arrivant à maturité pour donner son plus beau fruit, passe le relais de l'Histoire à Marie, aurore du Nouveau Testament dans sa fraîcheur de source.
Et puis il y a cette simultanéité du bonheur de la rencontre fraternelle avec la reconnaissance émerveillée de la bienheureuse Présence de Dieu qui fait de cette Visitation une rencontre de toute beauté, comme un accord qui sonne tellement juste et va résonner à l'infini...
Oui, une des plus belles parmi toutes les rencontres bouleversantes de l'Evangile...
4è dimanche Avent C 2009, abbaye de Tamié

Des notes propres à l'AVENT
Christian de Chergé

Une réelle parenté spirituelle entre l'ATTENTE et la CONVERSION. Celle-ci vient saisir quelqu'un en attente : " Tu ne me chercherais pas si tu ne m'avais trouvé". la conversion peut être ce coup de foudre qui vient combler l'attente, et apparemment la supprimer. Mais elle n'est qu'un avant-goût et l'attente reprend au nom de l'AMOUR plus fort vers lequel on tend. AD-VENTUS et CON-VERSION impliquent un même dynamisme, une même orientation : on est tourné vers, comme l'épouse et l'époux du Cantique. C'est l'A-VENIR que scrute la conversion parce qu'elle est réponse à un Dieu qui est tourné vers nous, en avant de nous. Quelles sont les notes d'attente et de conversion propres à l'AVENT :

- Le SILENCE... attente d'une Parole, d'un Verbe inédit qui bat dans notre cœur comme dans le sein de Marie, qui exige une oreille tournée vers lui.

- la DISPONIBILITE... celle du Fiat, premier et sans cesse repris, symbole de la vigilance, de l'attente éveillée et aussi de cette tournure du cœur qui vous laisse attentif à l'autre, à l'événement et vous donne d'y reconnaître l'appel secret de Dieu.

- PATIENCE et ENDURANCE... une attente qui dure, qui engage le temps au service de l'Eternel... l'attente d'une gestation - neuf mois - symbole de la longue attente du Peuple de Dieu, de ce temps de la patience nécessaire pour apprendre à espérer. "Qui veut durer doit endurer". (R. Rolland)

Cité dans "Dieu pour tout jour"

 

POUR RECEVOIR LE SEIGNEUR
Bernard de Clairvaux, troisième sermon pour l'avent

Heureux celui en qui « la Sagesse se bâtit une maison, en y taillant sept piliers ». Heureuse  l'âme  qui  est le trône de la Sagesse. Quelle est cette âme? Assurément l'âme du juste. Et c'est avec raison, car « c'est la pratique de la justice et du jugement qui prépare ton trône ». Qui d'entre vous, frères, désire préparer en son âme un trône pour le Christ ? Les tentures, les tapis, les coussins qu'il faut lui préparer, les voici, comme il est écrit : « La pratique de la justice et du jugement prépare ton trône »

La pratique de la justice
La justice est la vertu qui rend à chacun ce qui lui est dû. Rends donc ce qui leur revient aux trois catégories que voici : au supérieur, à l'inférieur, à l'égal : à chacun rends ce que tu lui dois. Et tu célèbres ainsi comme il convient l'avènement du Christ, lui préparant par la justice sa résidence.
envers nos supérieurs : respect et obéissance
Je précise : au supérieur rends respect et  obéissance, l'un étant vertu du cœur et l'autre du corps. Car il ne suffirait pas d'obéir extérieurement à nos supérieurs, sans éprouver à l'intime de notre cœur des pensées élevées à leur sujet (...)
envers nos égaux : conseil et assistance
De même, à nos frères parmi lesquels nous vivons, nous somme tenus d'apporter   conseil et assistance, au nom du droit même de la fraternité et de la communion humaine. Car nous-mêmes, nous attendons d'eux ces services envers nous : le conseil pour instruire notre ignorance, l'assistance pour venir en aide à notre faiblesse.(...)
L'occasion d'agir ne te manquera sûrement pas, pourvu seulement que ne te manque pas l'amour fraternel. Car j'estime qu'il n'est pas de meilleur conseil que de t'appliquer, par ton exemple, à enseigner à ton frère ce qu'il faut faire et ce qu'il ne faut pas faire ; tu l'appelles ainsi à devenir meilleur, et tu le conseilles « non en parole ni avec ta langue, mais en acte et en vérité ». Par ailleurs, peux-tu prêter à ton frère assistance plus efficace et plus utile que de prier pour lui avec ferveur, de ne pas négliger de lui signaler ses manquements, et non seulement de ne mettre devant lui aucun obstacle, mais encore de veiller, tel « un ange de paix », autant que tu le pourras, « à enlever du Royaume de Dieu tout scandale » et toute occasion de scandale ? Si tu te montres pour ton frère un tel conseiller et un tel soutien, « tu lui rends ce que tu lui dois » et il n'a nul motif de se plaindre de toi.
envers nos inférieurs : vigilance et correction
Puis si il arrive que tu sois le supérieur de quelqu'un, il est évident que tu es débiteur envers lui d'une plus grande sollicitude. Il réclame de toi vigilance et correction ; vigilance d'abord, pour qu'il puisse éviter le péché, puis correction, pour que ne reste pas impunie la négligence qu'il n'a pas évitée.
Et même si tu n'es le supérieur d'aucun de tes frères, tu as pourtant sous toi un  inférieur à qui tu dois vigilance et correction. Je veux parler de ton corps dont il est hors de doute que ton esprit a reçu le gouvernement. Tu lui dois de veiller sur lui, pour que « le péché ne règne pas en lui et que tes membres ne deviennent pas des instruments d'injustice ». Tu dois aussi le corrige : pour que, « châtié et réduit en servitude », « il produise de dignes fruits de pénitence ».(...)

La pratique du jugement sur soi-même
Et peut-être bien ces attitudes sont-elles six des piliers que la Sagesse a taillés dans la demeure qu'elle s'est bâtie. Il faut encore chercher le septième, si toutefois la Sagesse veut bien nous le faire connaître lui aussi. Or si nous avons trouvé les six premiers piliers dans la justice, qu'est-ce qui nous empêche de voir aussi le septième dans le jugement ? Car ce n'est pas la justice seule, mais « la justice et le jugement qui préparent ton trône », comme dit le psaume. D'ailleurs, si nous rendons ce qui leur est dû aux supérieurs, aux égaux et aux inférieurs, Dieu, lui, ne recevrait-il rien? Mais à lui, c'est clair, nul ne peut rendre ce qu'il doit, tant est surabondante « sa miséricorde, prodigue envers nous », tant sont nombreux nos péchés contre lui, tant nous sommes fragiles et peu de chose, enfin tant il est plénitude et se suffit à lui-même « sans avoir le moindre besoin de nos biens ». Pourtant j'ai entendu celui à qui Dieu « a révélé les secrets mystérieux de sa sagesse » dire que « l'honneur du roi aime le jugement ». En ce qui le concerne, il n'exige rien d'autre de nous. Avouons seulement nos manquements, et il nous justifiera gratuitement, pour la gloire de sa grâce. Car il aime l'âme qui, sous son regard, s'examine sans relâche et se juge elle-même sans fard. Et ce jugement, c'est uniquement pour notre bien qu'il l'exige de nous, car « si nous nous jugeons nous-mêmes, nous ne serons certainement pas jugés ». Voilà pourquoi le sage « s'interroge sur chacun de ses actes ! » : il les passe tous en revue, il les critique, il les juge. Assurément c'est honorer la vérité que de reconnaître sincèrement et de confesser humblement que l'on est, soi-même et tout ce qui nous appartient, dans l'état où nous voit la Vérité.
Ecoute d'ailleurs comment, de manière plus claire encore, le jugement est exigé de toi après la pratique de la justice : « Quand vous aurez accompli tout ce qui vous aura été commandé, dites : Nous sommes des sénateurs inutiles » Telle est assurément, de la part de l'homme, la bonne manière de préparer un trône au Seigneur de Majesté : il s'agit de s'appliquer à observer les commandements, et en même temps de se juger toujours soi-même comme un indigne et un inutile.

Coll sources chrétiennes n°480

VIENS EMMANUEL

Du 17 au 23 décembre, pour l’office des vêpres, l’Eglise invite à introduire le chant du magnificat par une grande antienne. Elles commencent par l’exclamation Ô, suivi d’un titre de Jésus. C’est en effet à lui qu’elles s’adressent, on y reconnaît de nombreuses références à l’Ancien Testament. Elles expriment l’attente, l’espérance, la confiance…

En 1985, le Père Christian de Chergé a commenté chacune de ces antiennes lors du chapitre quotidien qu’il vivait avec les moines du monastère de l’Atlas. L'ensemble de ces entretiens, à partir du 2 décembre, cette année-là était centré sur la patience.


Mardi 17 décembre       O Sapientia ! O Sagesse !

O Sagesse sortie de la bouche du Très-Haut, annoncée par les prophètes, viens nous enseigner le chemin du salut, viens Seigneur, viens nous sauver.

Le titre de cette première antienne O évoque la sagesse, et nos Pères ont assez dit que la patience est sagesse. C'est la patience de l'intelligence en quête du mystère de l'homme et de Dieu, patience de la raison qui défaille et accepte ses limites, patience et sagesse de Marie gardant en son cœur l'événement qui n'en finira jamais de prendre sens dans sa vie et la nôtre. Rien d'étonnant que les livres de Sagesse de l'Ancien Testament multiplient les invitations à la patience.
Le livre de la Sagesse nous livre un portrait du serviteur persécuté : Mettons le juste à l'épreuve par l'outrage et la torture pour juger de sa sérénité et apprécier son endurance (Sg 2,19). Ce juste, avant d'être le Christ de notre foi, c'est Job, celui que Jacques (Je 5,11) désigne comme le grand athlète de la patience... « C'est alors qu'il est devenu philosophe », ajoute Jean Chrysostome pour qui « la patience est la racine de toute philosophie, de tout amour de la sagesse ».
Saint Jérôme associe désert, philosophie et attente du retour du Christ. C'est tout cela qui fait le moine : «Au désert, on philosophe et l'on se prépare au retour du Christ considérez, ô moines, votre dignité ».
Viens, ô sagesse de notre patience !


Mercredi 18 décembre       O Adonai !         O Seigneur mien

O Seigneur, berger de la maison d’Israël, qui guides ton peuple, viens nous racheter par la puissance de ton bras , viens Seigneur, viens nous sauver.

O Seigneur mien ! Ce titre évoque d'abord la parole de Jésus en Mt 7,21 : Ce ne sont pas ceux qui disent Seigneur ! Seigneur ! qui entreront dans le Royaume des cieux mais ceux qui font la volonté de mon Père... Dire « Seigneur ! » ne prend qu'un instant. « Faire ce que Dieu veut » implique une disposition d'âme ajustée à la durée : dans le temps et donc, nécessairement, une option de patience. On pense aux versets coraniques qui affirment « Dieu est avec ceux qui sont patients ! » (S. 2,153.249). Mais il faut aller plus loin. Si Dieu est avec les patients, c'est parce qu'il se reconnaît en eux. Il retrouve en eux, dans leur relation à lui et aux autres, une qualité essentielle de sa relation au monde et aux hommes. Plus encore, il se reconnaît lui-même dans la patience de ses fidèles parce qu'elle est DON de lui. Le Coran dit encore « Sois patient ! Ta patience vient de Dieu » (S. 16,127).
La patience de Dieu temporisant à longueur de temps à l'égard des vases de colère que nous sommes (Rm 9,22) est identiquement celle qui sollicite à longueur d’existence la conversion de chacun de nous sans jamais désespérer de voir porter du fruit à la semence de sa bonté qu'il a jetée en chaque créature. Le Seigneur use de patience envers vous, voulant que personne ne périsse (2 P 3,9). Et c'est un réflexe de conversion qui pousse le psalmiste à invoquer sur lui la miséricorde de Dieu au nom de sa patience : Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à ai colère et plein d'amour ; il n’est pas jusqu'à la fin en procès, il ne garde pas sa rancune pour toujours (Ps 102,8).


Jeudi 19 décembre 1985       O Radix (Jessé)       

O Fils de David, étendard des peuples et des rois, toi qu’implore le monde, viens nous délivrer ; Seigneur ne tarde pas, viens Seigneur, viens nous sauver.

O Racine ! Un titre concret qui évoque une lente pénétration cachée, la fragilité des débuts, la profondeur des longs enfouissements ; patience de la création quand il lui faut germer sans craindre le premier vent venu, et chercher sous terre à tâtons, l'espace et la nourriture de toute plantation ; patience du cultivateur, tout aussi bien, qui sait qu'on ne fait pas grandir la plante plus vite en tirant sur la racine. Soyez patients, frères ; voyez le laboureur... Patience de tout engendrement, si transparente dans ce qu'on nous lit de l'enfant... patience qui donne à chaque génération le temps de naître, de s'épanouir, de s'accomplir, branche de l'arbre fixée au tronc, et bientôt prolongée ou surplombée par une autre ; patience entre les générations appelées à se chevaucher et parfois à se disputer l'espace de ai vie. Patience d'Anne, mère de Samuel, et d'Elisabeth, et de tant de femmes stériles qui auront longtemps attendu un fruit de leurs entrailles, patience inscrite sur l'arbre de Jessé, de Sara à Joseph, et plus haut, patience d'Eve attendant son premier-né et ne sachant encore le temps nécessaire de cette gestation. Et patience des premiers parents pleurant l'enfant mort, tué, sans avoir fait souche et ignorant la racine vive au ciel du rameau coupé, mort, en terre.
Curieusement, le texte latin de l'antienne O Radix Jessé... fait de cette racine un étendard, signum pour toutes les nations. Comment faire coïncider les deux images, la racine enfouie et l'étendard visible, sinon dans la personne du Crucifié. Il est tout à la fois la souche et le fruit. Dans un acte de patience suprême, il fait de sa croix tout à la fois la racine du ciel fichée en terre et l'étendard de la terre dressé vers le ciel.
Viens, ô Racine cruciforme de la Patience du Père !


Vendredi 20 décembre 1985    O Clavis !

O clé de David et sceptre de la maison d’Israël, qui règnes sur le monde viens nous délivrer ; Seigneur ne tarde pas, viens Seigneur, viens nous sauver.

O Clé du Royaume ! Encore une image parlante... On revient à la patience du portier comme à celle du visiteur qui frappe à la porte et, plus généralement, à la patience comme clé du succès. A qui frappe, on ouvrira. Pensons à cet ami importun qui n'en finit pas de heurter la porte de nuit jusqu'à vous avoir sorti du lit pour être enfin libéré de son sans gêne... et aussi à la patience des vierges sages attendant l'Heure inconnue où l'Époux viendra.
Donc Jésus lui-même, que Tertullien donne longuement comme modèle de patience, qu'en est-il au juste ? Nous le voyons tempêter contre un figuier stérile depuis trois ans (Me 11,12 ; Le 13,6)... et s'aligner ainsi sur Jean Baptiste : Engeance de vipères... produisez donc des fruits (Le 3,7-9), mais il est vrai que (pour Luc) c'est une parabole et que la leçon réside alors dans un nouveau délai accordé (encore un an, avec du fumier). N'y aurait-il pas quelque impatience dans l'épisode des vendeurs chassés du Temple ? En voilà qui ne semblent pas avoir eu droit à des avertissements préalables. Et avec les apôtres : Jusques à quand devrai-je vous supporter ? (Me 9,19). Et avec ça, la mission : un baptême à recevoir, un feu à allumer, et comme je voudrais que ce soit tout de suite Le 12,50). Jésus semble partager ainsi la condition normale de l'humanité assez bien exprimée par le Coran lorsqu'il dit : « Dieu a créé l'homme d'impatience ! » (Sourate 21,37). Pourtant Tertullien se voulait convaincant : « celui qui s'était proposé de se cacher sous une figure humaine n'a rien imité de l'impatience humaine. Il n'a pas brisé le roseau froissé, ni éteint la mèche fumante. C'est à ce signe plus qu'à tout autre que tous auriez dû reconnaître le Seigneur : aucun être humain ne pouvait faire preuve d'une telle patience ». C'est que les impatiences de Jésus concourent elles aussi à nous révéler la patience de Dieu qui n'est ni laxisme, ni attentisme, ni compromission mais désir ardent.
Viens, ô clé de la Patience...


Samedi 21 décembre 1985      O Oriens !

O Soleil Levant, splendeur de la lumière éternelle et Soleil de justice, viens pour éclairer ceux qui sont assis à l’ombre de la mort. viens Seigneur, viens nous sauver.

O Soleil Levant, splendeur d'un Jour nouveau ! On pense d'abord à la patience du veilleur de nuit qui attend avec l'aube la fin de son service, de sa solitude et peut-être aussi de sa peine, patience du désir, là encore, et donc patience impatiente. Attends le Seigneur, ô mon âme, plus qu'un veilleur ne guette l'aurore ! (Ps 129,6) Patience de toutes les nuits, celles de la maladie, de la tentation, du doute, de la prière. Patience des intempéries aussi, quand le soleil est voilé par le brouillard ou l'orage et que le jour lui-même devient nuit... patience de l'hiver que cette antienne salue au passage, à la fois parce que c'est la joie de la longue attente au Levant, vers l'Orient, et aussi parce que ce jour marque le début de la victoire du soleil sur les ténèbres : sol Victor, disaient les Anciens. Lève-toi mon amie, viens ma toute belle, car voici l'hiver est passé (Ct 2,10,). L'hiver commence et voici que la liturgie en célèbre la fin avec cette hâte du bien-aimé qui franchit collines et saisons, et tous les obstacles de la séparation, de l’absence...
Même impatience chez Marie, quand elle se lève en hâte pour traverser les monts de Judée et célébrer dans la maison d'Elisabeth et de Zacharie la naissance prochaine d'un Jour nouveau qui se reflète en elle comme le soleil dans l'aurore. Telle est la tendresse du cœur de notre Dieu ; grâce à elle du haut des deux, un astre est venu nous visiter, il est apparu à ceux qui gisaient dans les ténèbres et l'ombre de la mort. (Le 1,78) [...] Nous avons vu son astre à I'Orient et nous sommes venus l'adorer. (Mt 2,2) Après la hâte de Marie, celle des bergers, puis celle des Mages. Mais cette hâte de Marie se soumet aux délais de la nature et de la grâce : elle sait la patience d'une gestation dont les mois sont à vivre jour après jour. Elle sait la patience de Dieu de génération en génération.
Chrétiens chargés de garder vivante la flamme du désir, qu'avons-nous fait de I'attente ? Le Seigneur Jésus ne viendra vite que si nous l'attendons beaucoup... l'Astre que le monde attend, sans savoir encore prononcer son nom, sans pouvoir même distinguer les plus spirituels, les plus divins de ses rayons, c'est forcément le Christ même que nous espérons « et ailleurs » dans notre monde le Sauveur a germé ; par la prolongation de nos humbles travaux et de notre patience, il grandit encore et s'achève ».
Viens resplendir à l'horizon de nos patiences.


22 décembre :

O rex gentium O roi des nations, pierre angulaire de l’Eglise, unifiant les deux peuples, viens pour délivrer l’homme que tu as créé, viens Seigneur, viens nous sauver.
(il n'y a pas de commentaire pour cette antienne, le 22 décembre était cette année-là un dimanche…)


Lundi 23 décembre 1985       O Emmanuel !       

O Emmanuel, notre roi, espérance des nations et sauveur de tous les peuples, viens nous libérer, Seigneur ne tarde pas, viens Seigneur, viens nous sauver.

La patience de l'Emmanuel, c'est d'abord la patience de Dieu l'Enfant, comme dit Chabanis. L'enfant est tout désir. Il lui faut tout. Il piétine, il trépigne, il exerce la patience plus qu'il ne la pratique. Et voici que Dieu entre en patience d'homme par le chemin de l'enfance ; et que sa toute-puissance s'incline devant les délais qu'impose le temps : celui de la gestation puis de la croissance, de l'apprentissage, tout apprendre de nous, comme nous... patience des premiers pas, des premiers mots, des premiers travaux, des premières lenteurs aussi. Le premier pas de la Passion est la patience. Quand Dieu entre dans le temps pour être vraiment l'Éternel Emmanuel, c'est-à-dire Dieu-avec-nous en tout temps, il y entre par la patience faite Enfant. Le Tout-Patient, lent à la colère des Psaumes, vient apprendre la patience humaine, et il ne l'apprendra que de ce qu'il aura à souffrir. Car si la patience est liée à l'être même de Dieu dans ce qu'il a d'éternel, elle ne peut être qu'un état chez l'homme tant qu'il demeure voué au transitoire ; en Dieu, la patience est incluse dans la permanence ; en l'homme, elle doit survivre à la succession. Mais, depuis que l'Emmanuel a vécu la patience comme un choix d'incarnation, toute vraie patience de l'homme est devenue une façon de tendre à Dieu, de l'espérer contre toute espérance, de l'imiter, une façon d'être avec lui parce que c'est ainsi qu'il a voulu être avec nous.
« Prenez bien garde de pratiquer l'humble douceur que vous devez à tout le monde », disait François de Sales. Vouloir que Dieu soit avec nous jusque-là, c'est s'accepter soi-même avec lui jusque-là.

Viens Emmanuel, Patience de Dieu avec nous, pour nous, en nous !

Extraits, cités dans" Dieu pour toujours"

 

 

 

 

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