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Photo Tamié, terre cuite Gelineau

11 juillet 2015 : Prière de Mgr Etchegaray

11 juillet 2014 : prière à partir des béatitudes -grenier

11 juillet 2013 :
- Une oreille, un cœur extrait homélie 11 juillet 1990 : Frère Christophe, Notre-Dame de l'Atlas, Tibhirine cité dans Adorateurs dans le souffle.
- St Benoît, un père ? : Frère Bruno, Tamié - extrait homélie, 11 juillet 2011

SAINT BENOIT DE NURSIE

benoitCes textes concernent la célébration de la fête de saint Benoît, pour ce qui concerne sa vie, la Règle qu'il a laissé voir les pages d'histoire

11 juillet 2015

Prière de Mgr Roger Etchegaray à Saint Benoît

« Benoît de Nursie, de Subiaco et du Mont-Cassin,
toi qui n'es pas seulement Patron privilégié de l'Europe, mais Père de toute l`Église, nous venons t'écouter.

Clarifie notre regard : comme toi nous sommes, selon ton expression, des chercheurs de Dieu.
Quinze siècles de distance entre toi et nous, c'est beaucoup... Et seul Jésus-Christ est le contemporain de tous les temps.
Mais toi, le béni de grâce et de nom, sois présent aujourd'hui parmi nous, toi et pas seulement la descendance vivante, les disciples.

Notre époque est comme la tienne, aussi troublée, aussi chancelante.
Mais aujourd'hui, grâce à toi et à tous les saints, nous entrevoyons la révolte de l'Esprit capable de tout transfigurer, comme cette lumière qui, une nuit, t'enveloppa et te fit voir le monde entier, rassemblé, orient et occident, absorbé dans un rayon de lumière.

Apprends-nous, Benoît, à ne plaire qu'à Dieu seul, tu nous y fais découvrir la joie.
Un penseur moderne a imaginé l'homme moderne comme un homme qui est sorti de sa maison et a perdu la clef pour y rentrer.
Benoît, ton message est une invitation à l'intériorité, ton expérience est celle de l'homme regagné à lui-même. Benoît, apprends-nous le retour au cœur, apprends à chaque église domestique, à chaque famille, à avoir son lieu de beauté, son lieu liturgique où l'on n'a que regard sur l'autre, où l'on est l'homme du dedans, car Dieu seul qui nous habite, nous suffit.
Benoît, ton regard est limpide comme le lac où se mire le ciel, et d'où le frère Maur, en obéissant, a repêché le petit Placide.

Benoît, tu nous donnes le goût de la source où tu puises le goût de l'Évangile, toujours frais, toujours pur, l'Évangile du « Viens et suis-moi ».
Et toi le bénédictin, si calme, si modéré d'habitude, tu nous demandes de courir, ce mot que tu aimes employer lorsqu'il s'agit d'aller vers Dieu ou vers nos frères.
Apprends-nous un nouvel art de vivre, ce personnalisme communautaire où les couples contraires trouvent leur harmonie : autorité et liberté, personne et communauté, prière et travail.

Et ta mesure, loin de nous rendre complices de la médiocrité, est une exigence de ferveur et de progrès continu. Benoît, si tu as été proclamé patron de l'Europe, ce n'est pas pour avoir formé des copistes de manuscrits, ou des défricheurs de forêts, mais simplement parce que tu as ouvert une École du service du Seigneur où tout homme peut apprendre l'Évangile au quotidien.
Benoît, ton art de vivre est de jongler avec le temps.
Ta Règle est l'agenda où s'inscrivent, sept fois par jour, les rendez-vous avec Dieu, ces heures qui ne rapportent rien à l'économie, mais permettent à l'homme d'être plus homme. Pour vivre, nous avons besoin de ce temps qui n'est pas commercialisé, qui est inutile, de cette inutilité suprême que le Christ a appelé l`Unique nécessaire.
Benoît, apprends-nous à mourir comme toi, dans l'oratoire, debout au milieu de tes disciples qui soutiennent tes membres affaiblis. Tu pries jusqu'au dernier soupir, les bras levés au ciel, fortifié par l'Eucharistie. Benoît, notre Père à tous, fais de notre vie et de notre mort une ascension vers Dieu. Amen. »

Cardinal Roger Etchegaray - Archevêque émérite de Marseille, texte cité sur site-catholique.fr

11 juillet 2014

Prière
Loué sois-tu Seigneur pour notre Père Benoît !
Loué sois-tu pour la pauvreté de son cœur,
Loué sois-tu pour les afflictions qu'il a subies,
Loué sois-tu pour sa douceur,
Loué sois-tu pour sa faim et sa soif de justice,
Loué sois-tu pour sa miséricorde,
Loué sois-tu pour la pureté de son cœur,
Loué sois-tu pour ce faiseur de paix,
Loué sois-tu pour les persécutions qu'il a subies à cause de Toi !

Loué sois-tu pour la pauvreté de Benoît : au savoir, aux biens matériels, à une bonne place dans le monde il a préféré ta présence dans la solitude, ton Royaume partagé.
Loué sois-tu pour la douceur et la pureté de cœur de Benoît : la vie de solitaire qu'il voulait, il a accepté qu'elle soit changée à la sollicitation de nombreux disciples.
Loué sois-tu pour sa miséricorde envers ceux qui l'ont jalousé, persécuté.

Béni sois-tu Seigneur pour l'œuvre de notre Père Benoît : à ton image, père très aimant, il invite à suivre un chemin dicté par l'amour, auquel on ne répondra que par l'amour…

Béni sois-tu pour l'oreille de son cœur aussi attentive à tes appels qu'aux besoins de ses frères.

Béni sois-tu pour l'amour qu'il a reçu de toi et qu'il a fait fructifier, sachant guider pour que te soit donnée en tout la première place, pour que rien ne passe avant le service de Dieu.

Béni-tu pour ta présence qu'il reconnaît en chacun et qu'il invite à servir surtout dans l'accueil des pauvres, des plus petits, de ceux qui souffrent.

Béni sois-tu pour son accueil de ta création : il invite ses frères à la respecter, à lui faire porter du fruit par le travail.

Béni sois-tu pour son amour de la justice, de la paix, du pardon, de la miséricorde qui le pousse à inviter ses frères à se témoigner un amour fraternel et à se servir mutuellement avec charité.

Béni sois-tu pour l'humilité avec laquelle il t'a servi pour que les monastères soient des écoles au service du Seigneur. Béni sois-tu pour cette petite règle pour débutants qu'il nous a laissée, tellement sage qu'elle a envahi toute la terre.

Béni sois-tu pour notre Père Benoît. Il veut « des moines heureux et libres », illustrations de l'Evangile : « Votre cœur sera dans la joie et votre joie nul ne vous l'enlèvera » (Jn 16, 22) » «  Si tu veux… viens, suis-moi » (Mt 19, 21)


Les expressions en italiques sont citées dans la Règle.

11 juillet 2013

Une oreille, un cœur 

Quand l'Evangile nous vient par un saint qui vraiment l'a mis en pratique - la vie des saints qu'ils s'appellent Augustin, Benoît, François, Claire ou Charles - c'est l'Evangile illustré, mis en histoire. Oui, aujourd'hui, en ce jour où l'Evangile de Jésus-Christ nous vient par Benoît : il nous faut demander une oreille attentive, un cœur qui s'incline.
Une oreille. Un cœur. Mais c'est lui-même et cet homme de Dieu, cet homme selon Dieu : il est appelé à VOIR. Voilà le portrait élémentaire de Benoît: une oreille, un cœur et un regard (tout chez lui est unifié : l'écoute n'est pas dispersée, curieuse, tous azimuts ; le cœur n'est pas partagé ni double ; le regard ne louche pas à droite et à gauche...) C'est que Benoît est moine : monos, unifié par et dans l'Un.

Que dire du regard de Benoît ? Grégoire* nous raconte les nombreux miracles opérés par Benoît : des actes de bonté, un charisme extraordinaire mis simplement au service des autres affrontés à un quotidien difficile. Un jour, un paysan arrive devant l'Abbé Benoît : ligoté par un méchant Goth, et dit Grégoire, il fut délié par le regard de Benoît. Oh ! ce regard des saints un regard qui délie, délivre, libère : regard clairvoyant de celui qui est aimé, regard brûlant parce que brûlé par l'amour du Christ si longtemps contemplé, si patiemment désiré.


Frère Christophe, Notre-Dame de l'Atlas, Tibhirine, Extrait homélie


St Benoît, un père ?
Ce père-là garde quelque chose de mystérieux : nous avons une règle non signée et un portrait fait une génération plus tard*. Fait par un grand pape, semble-t-il, mais un portrait suffisamment différent de la règle pour qu'on ait pu se demander si on parlait bien du même homme.

Nous sommes appelés à faire confiance à une tradition qui nous donne une voix à écouter. La parole de saint Benoît, justement, est vraiment paternelle parce qu'elle ne nous renvoie qu'à ce qu'il a lui même reçu et qui l'a fait vivre, dont il a fait notre règle de vie. Ce fameux biographe le dit lui aussi, « en aucune façon, le saint homme n'aurait pu enseigner autre chose que ce qu'il vivait »
Par conséquent, si nous voulons suivre l'enseignement de notre législateur, il nous faut faire ce qu'il dit et remonter avec lui à l'Evangile comme à ce lieu fondateur et régénérateur où nos vies trouveront toujours un sens. Lire l'Evangile, pour nous qui serons vraiment moines en travaillant nous-mêmes aux récoltes, la parole que nous venons d'entendre a quelque chose de familier. Elle rappelle ces allégories paysannes qui résonnent ailleurs dans l'Ecriture, celle de la vigne, celle du grain tombé en terre : il y est question de laisser tomber quelque chose en vue de recevoir beaucoup plus, tout comme on taille sa vigne et ses pommiers dans l'espoir d'une récolte plus abondante.

Et j'en reviens à notre question du départ : est-ce que nous aurions un père inconnu ? A vrai dire, je crois qu'il y a une chance à saisir dans l'incertitude sur son identité. Car Benoît, en restant dans l'ombre ne nous encombre pas avec son ego, il nous livre des clefs pour vivre. Un père, c'est fait pour s'effacer, pour préparer ses fils à ne plus avoir besoin de lui. C'est très exactement de cette façon-là que saint Benoît s'est montré un père, en nous renvoyant à l'attachement à Jésus et c'est pour cela qu'il ne faut pas non plus cesser de revenir à sa règle : entre les mots, au milieu des phrases, nous pourrons trouver le visage du Père premier, celui qui s'est révélé à travers son Fils. Et c'est en lui qu'est notre origine mais aussi notre destinée éternelle. Il faut donc nous laisser régénérer avec le Christ. C'est comme cela que saint Benoît nous reconnaîtra comme ses fils.


Frère Bruno   Tamié, 11 juillet 2011


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