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L'histoire du monachisme cistercien
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TOUS-SAINTS  
        Les saints ? Qui sont-ils ?
     Ce qu'il en a été dit du 12ème siècle à aujourd'hui

                                   multiples

 

Un saint ? Un arbre chargé de fruits
Extrait d'une homélie pour la fête de tous les saints d'Aelred de Rievaulx (12ème siècle)

« Voici que l'odeur de mon fils  est comme l'odeur d'un champ fertile que le Seigneur a béni. Que Dieu te donne, grâce à la rosée du ciel et à la fécondité de la terre, une abondance de froment, de vin et d'huile. » (Gn 27, 27-28)
C'est ce champ, frères, qu'aujourd'hui nous devons surtout considérer.
Ce champ est fertile, rempli de suavité, de douceur, de beauté. Comme vous venez de le chanter en effet, parmi ses fleurs il ne manque ni les roses, ni les lis. Voici les fruits très savoureux des apôtres, voici les roses des martyrs, voici les lis des vierges, voici chacun des saints comme des arbres chargés de fruits dans le champ du Seigneur. Plaise à Dieu, frères, que nous aussi nous fassions partie de ce champ fertile que le Seigneur a béni !
A ce champ, le Seigneur accorde, grâce à la rosée du ciel et à la fécondité de la terre, une abondance de froment, de vin et d'huile. La rosée du ciel, c'est la grâce spirituelle que ce champ reçoit habituellement dans les sentiments de componction, les méditations, les psaumes, les lectures.
La fécondité de la terre, qu'est-ce ? Notre terre, c'est notre chair. Heureux qui peut accueillir la fécondité de cette terre. Cette fécondité, frères, ce sont les œuvres bonnes que nous ne pouvons effectivement accomplir que par le moyen de notre corps. Ceux qui savent bien cultiver cette terre, avec sagesse et discernement, ceux-là expérimentent que les veilles, les travaux et les jeûnes sont (porteurs d'une) merveilleuse fécondité.
Grâce à ces deux réalités que sont la rosée du ciel et la fécondité de la terre, c'est-à-dire, pour le dire en clair, grâce aux exercices corporels et spirituels, ce champ, c'est-à-dire, toute l'assemblée des saints, tire une abondance de froment, de vin et d'huile : le froment de la sagesse, le vin de la contemplation, l'huile de la charité.
Cité dans : Sermons pour l'année 2, Pain de Citeaux n° 23 série 3

                                                             

                                        froment     

 

Les saints ? Qui sont-!ils ?
Extrait d'une homélie pour la fête de tous les saints de Christian de Chergé (1r novembre 1981)

Tous ces gens vêtus de blanc, qui sont-ils, d'où sont-ils ? Une espèce d'étonnement qui nous prend et nous surprend à notre tour, tandis que l'Eglise élargit nos yeux aujourd'hui aux dimensions secrètes de sa communion. Qui sont-ils ? Des inconnus, des sans-grade, sans diplôme, sans médaille, sans mitre et sans couronne. Ils sont passés à travers le filet de la publicité, trop petits pour retenir l'attention, trop quotidiens pour répondre à notre soif de sensationnel.
Nous les avons côtoyés et parfois rudoyés... un jour ils sont partis. Nous nous sommes dits: ils étaient doux et pacifiques, bons ; ils ont souffert et souvent pleuré. On les a insultés, calomniés, insultés. Ils étaient pauvres de tout, éternels quémandeurs de notre pain sec ; leur joie voilée ne trouvait nul preneur. Maintenant qu'ils ne sont plus nous savons qu'il nous manque ce qu'ils nous donnaient à notre insu, à leur insu. Et nous entrons dans le DESIR de les retrouver, découvrant brusquement que nous ne saurions nous accomplir sans eux.
Dans ce désir s'incarne ce mystère du Royaume que nous célébrons aujourd'hui, celui de la communion des saints qui est au cœur même de la TOUSSAINT, tant il est vrai que depuis que l'Esprit-Saint circule librement entre ciel et terre, il n'y a plus de frontière visible entre les hommes.
« Les saints courent les rues » disait Cesbron. « A nous de les distinguer à temps. Pour cela, un seul moyen, les aimer tous d'avance ! Un jour nous les reconnaîtrons dans les demeures éternelles ». Seulement voilà, la communion des saints et les communications sociales ne sont pas sur la même longueur d'onde. Pour les harmoniser, il fallait que la Béatitude de Dieu redevienne le terme de la route de l'homme. Il fallait aussi qu'en Jésus, l'homme se révèle à lui-même comme la route de Dieu.
Ils sont nos frères qui nous invitent à parier sur Dieu, mieux encore, parier sur l'homme, sur le bonheur de l'homme, contre la peur de l'homme, sur le cœur de l'homme, sur la communauté humaine.
Cité dans : L'autre que nous attendons, cahiers de Tibhirine, Ed Bellefontaine


Un saint ? Un homme heureux
Extrait d'une homélie pour la fête de tous les saints de frère Marco (1r novembre 2016)

Nous voici rassemblés pour nous mettre à l'écoute du Seigneur, du Seigneur qui en homme heureux nous parle du bonheur, du chemin du bonheur (Fr Christophe).
La parole clé, qui vient comme un leitmotiv dans l'Evangile des Béatitudes, est une annonce de joie « Heureux,» (Benoît XVI) Oui, Homme, heureux es-tu à toi le bonheur !
A la suite de Jésus l'homme des Béatitudes, les saints nous font signe... ils nous montrent le chemin de la vie... « Chemin que bien des hommes, des femmes, des jeunes, des enfants ont pris... ou plutôt ont reçu du Seigneur... et ce chemin « il est praticable... » (Fr. Christophe)...Et ce chemin est celui de la sainteté.
Veux-tu être heureux.... ? Alors devient un saint ! Réalise ta vocation à la sainteté inscrite au plus profond de ton être...
Veux-tu être heureux... ? Alors prends soin de la petite graine de la sainteté que tu as reçu le jour de ton baptême... Prends soin de cette petite graine pour qu'elle devienne un grand arbre pour ta joie et la joie de ceux qui sont proches de toi.
Veux-tu être heureux... ? Alors dégage la source de la sainteté cachée au plus profond de ton coeur, pour qu'elle renouvelle toute ta vie et porte Paix et Espérance autour de toi.
Oui, cette magnifique fête de tous les saints nous rappelle que Bonheur et Sainteté, vont ensemble, et qu'ils sont à la portée de tous... « À la sainteté disait mère Teresa, nous y sommes tous destinés, toi, moi et tous les autres... C'est une tâche aisée, car en apprenant à Aimer, nous apprenons à être saints ».
Eh bien la fête d'aujourd'hui est là « pour renouveler en nous le désir, le grand désir d'être des saints, de vivre comme les saints, proches de Dieu dans son amitié » (Benoît XVI)
Oui, la sainteté est joyeuse... et elle ne « fleurit pas seulement dans les cloîtres, mais elle fleurit au cœur de vos maisons, de vos familles... Madeleine Delbrel, laïque des temps modernes, l'avait bien compris quant elle disait : « Il y a des gens (les moines) que Dieu prend et met à part... Il y en a d'autres que le Seigneur laisse dans la masse, qu'il ne retire pas du monde... Nous autres, disait-elle, nous autres, gens de la rue, croyons de toutes nos forces que cette rue, que ce monde où Dieu nous a mis, est pour nous le lieu de notre sainteté »

fruits

La sainteté, n'est pas un privilège pour certains, mais un appel pour tous, Tous sont appelés à marcher sur la voie de la sainteté, et cette voie a un Nom, un Visage, celui de Jésus, disait le Pape François, « Ils l'ont suivi de tout leur cœur, sans conditions, ni hypocrisies... ils ont passé leur vie au service des autres, ils ont supporté les souffrances, et les adversités sans haine, et en répondant au mal par le bien, en répandant la Paix, et la Joie. »
Je conclus avec quelques mots d'Enzo Bianchi fondateur de la communauté de Bose : « Soutenus ainsi par ceux qui nous ont précédés sur le chemin de la sainteté, nous découvrirons aussi les saints qui œuvrent aujourd'hui encore sur notre terre, parce que la semence des saints, n'est pas proche de disparaître : tombée en terre, elle se prépare aujourd'hui encore à donner son fruit. »

Homélies, abbaye cistercienne de Tamié

 

multiples

HOMELIE (extraits)

Revenons à l'humble montagne. Approchons-nous de Jésus... J'ai une  question à poser. Maître, dis-moi... As-tu été heureux sur cette terre? Toi, né dans une étable, fils du charpentier, toi sans références ni diplômes (ni prêtre du Temple, ni docteur de la Loi), toi, sans maison et célibataire... Toi, enfin, le Crucifié : as-tu connu le bonheur?

Jésus nous regarde. Son regard attire à lui tant d'autres questions. La question d'Ahmed : celle d'un bonheur impossible : pas de logement, pas de mariage, pas d'avenir, pas d'espérance... le bonheur qui s’épuise. La question de Joël et de ses cinq enfants, celle du bonheur brisé : l'épouse, la maman enlevée par la maladie, la maison soudain vide d'une présence vitale. Comment continuer d'être heureux?

Et Jésus prend la parole. Non pas pour parler de lui, mais pour un enseignement : une réponse de la part de Dieu. Il dit : En marche, les humiliés du souffle ! Oui, le royaume des ciels est à eux ! En marche, les endeuillés, oui, ils seront réconfortés ! En marche les humbles, les affamés, les assoiffés de justice, les faiseurs de paix ! Heureux les pauvres (Lc 6,20-23). Béatitudes ! Elles sont la Révélation de la Grâce de Dieu, de son Bonheur donné en communion.

Tout s'éclaire : le bonheur de Jésus, c'est nous. Jésus n'a pas investi, n’a pas travaillé pour son bonheur à lui. Jésus, sans relâche, a travaillé au bonheur de Dieu. Mon Père jusqu'à présent est à l'œuvre et moi aussi, je suis à l'œuvre (Jn 5,17)... ce que fait le Père, le Fils le fait pareillement. Jésus en toute sa vie humaine n'a jamais trahi le bonheur de Dieu : sa Volonté de Salut, son Offre de Miséricorde.

Alors? Bonheur de Jésus? Oui, une capacité infinie d'être heureux, une sensibilité. Jusqu'à l'extrême. Jésus : heureux d'amitié, de rencontre et de partage, heureux de solitude et de prière, heureux du chemin et de la maison, des arbres, des oiseaux, du vent. Homme ... heureux... mais jamais au détriment des autres, heureux mais pas sans les autres, surtout pas sans les pauvres. Il y va de l'honneur et de la gloire de son Père. Cette façon-là d'être heureux le rend infiniment vulnérable et  le conduit à la Croix. Jésus : ton  bonheur crucifié, est-ce le malheur qui s'introduit au cœur de Dieu ? Non, car Dieu, la sainteté est son chemin... chemin de Pâques. Jésus - fidèle jusqu'au bout à la Miséricorde, à la Justice, à la Paix. Christ Ressuscité, élevé à la droite du Père, nous donne accès au bonheur du Père, nous invite à entrer dans ce bonheur divin. La grâce de Jésus notre Seigneur, l'amour de Dieu le Père et la communion de l'Esprit Saint sont toujours avec nous. Oh ! voyez : enfants de Dieu, nous le sommes (1 Jn 3,1) et c'est là toute notre sainteté.

Frères et Sœurs, saints et saintes : acceptons ce bonheur, acceptons d'être aimés. Ce bonheur maintenant pour nous se fait tout proche : sur la table, là, prenant la forme pauvre et simple du pain rompu, et dans la coupe, prenant le goût - bien bon - du vin.

Laissons-nous brûler par ce bonheur, livré à la merci de tous : qu'il devienne notre passion, notre mission reçue du Cœur blessé de Dieu.

Frère Christophe, Notre-Dame de l'Atlas, Tibhirine, 1r novembre 1989

Ce chemin bien des hommes et des femmes et des enfants l'ont pris... ou plutôt l'ont reçu de Lui. Ce chemin est praticable. Les saints, chacun et chacune à sa façon... ils n'ont rien fait d'autre que marcher humblement au pas de leur Dieu. Saint est son nom. La sainteté, c'est son chemin, avec nous, en nous. Regardons l'Evangile. Jésus sur l'humble montagne des Béatitudes. Jésus, le Verbe de Dieu ouvre la bouche et nous donne l'Evangile de la gloire du Dieu bienheureux. Oh ! Bonne Nouvelle : Dieu est heureux. Heureux Créateur. Heureux Rédempteur. Bienheureuse Trinité Sainte. Dieu - béni soit-il : la sainteté est son chemin. Venez, tous les pauvres ! Son bonheur s'est mis en route : en souci du bonheur de l'homme...

Approchons-nous de Jésus... J'ai une question à poser. Maître, dis-moi... As-tu été heureux sur cette terre ? Toi, né dans une étable, fils du charpentier, toi sans références ni diplômes (ni prêtre du Temple, ni docteur de la Loi), toi, sans maison et célibataire... Toi, enfin le Crucifié : as-tu connu le bonheur ?

Jésus nous regarde. Son regard attire à lui tant d'autres questions.
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Comment continuer d'être heureux ?

Et Jésus prend la parole. Non pas pour parler de lui, mais pour un enseignement : une réponse de la part de Dieu. Il dit : En marche les humiliés du souffle ! Oui, le royaume des ciels est à eux ! En marche les endeuillés, oui, ils seront réconfortés ! En marche les humbles, les affamés, les assoiffés de justice, les faiseurs de paix ! Heureux les pauvres (Lc 6, 20-23). Béatitudes ! elles sont la Révélation de la Grâce de Dieu, de son Bonheur donné en communion.

Tout s'éclaire : le bonheur de Jésus, c'est nous. Jésus n'a pas investi, n'a pas travaillé pour son bonheur à lui. Jésus, sans relâche, a travaillé pour le bonheur de Dieu.
Jésus en toute sa vie humaine n'a jamais trahi le bonheur de Dieu : sa volonté de Salut, son Offre de Miséricorde.

Alors ? Bonheur de Jésus ? Oui, une capacité infinie d'être heureux, une sensibilité. Jusqu'à l'extrême. Jésus : heureux d'amitié, de rencontre et de partage, heureux de solitude et de prière, heureux du chemin et de la maison, des arbres, des oiseaux, du vent. Homme heureux... mais jamais au détriment des autres, heureux mais pas sans les autres, surtout pas sans les pauvres.
Cette façon-là d'être heureux le rend infiniment vulnérable et le conduit à la Croix. Jésus : ton bonheur crucifié, est-ce le malheur qui s'introduit au cœur de Dieu ?
Non, car Dieu, la sainteté est son chemin... chemin de Pâques. Jésus - fidèle jusqu'au bout à la Miséricorde, à la Justice, à la Paix. Christ élevé à la droite du Père, nous donne accès au bonheur du Père, nous invite à entrer dans ce bonheur divin.
Frères et sœurs, saints et saintes, acceptons ce bonheur, acceptons d'être aimés. Laissons-nous brûler par ce bonheur, livré à la merci de tous : qu'il devienne notre passion, notre mission reçue du Cœur blessé de Dieu.

 

1r novembre 2013 : Evocation du ciel - méditation Guillaume de Saint-Thierry

J'entends : là-haut rien n'existe de tous les maux dont ici-bas nous pâtissons ; là il n'existe ni matin ni soir, matin de liesse qui ne demeure pas, soir de pleur qui demeure : s'ils disparaissaient tu sais combien je me délecterais. Car, là, il n'y a qu'un seul jour : la gloire continue de ta vision en fait un jour festif, libre de tout ce qui pourrait venir troubler la fête de ton visage.

J'entends : feu, grêle, neige, glace, souffle des tempêtes, là-haut n'ont pas accès, eux qui pour nous affliger obéissent à ton verbe et descendent sur nous ici-bas, si souvent. Là, nulle mort, ni corruption des corps ni des âmes ; toute peur des mouvements déréglés en est exclue complètement. Là seule la vertu, seule la félicité, et la joie : la charité jouit de son bien, sans aucune suspicion de le perdre.

J'entends encore : ce jour festif est célèbre par les joies et les louanges des anges, glorieux par les couronnes des apôtres et des martyrs, et de tous les bons qui depuis le commencement du monde te furent agréables ; l'Eglise est là, rassemblée, et pour ce jour de fête elle a fixé là ses demeures perpétuelles. Quand sur terre nous en voyons d'aventure deux ou trois rassemblés en ton nom, tu te tiens au milieu d'eux. Si nous voyons leur cohabitation si bonne, et joyeuse, et pleine de l'onguent de l'Esprit-Saint, il devient patent à tous que tu envoies ici-bas ta bénédiction ; combien plus parfaitement là où tu rassembles tes saints, qui ont observé l'ordre de ton alliance au sujet des sacrifices et qui devenus des cieux, annoncent ta justice !

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