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L'I N C A R N A T I O N    DE   J E S U S-C H R I S T

A P P R E N T I S S A G E   DE LA VIE HUMAINE
Extrait de "Sur les degrés de l'humilité" de St Bernard de Clairvaux

Dans un de ses premiers ouvrages, "Sur les degrés de l'humilité et de l'orgueil", saint Bernard nous montre que le Christ dans son Incarnation a appris par l'expérience ce qu'est vivre en homme.

L'homme bien portant ne sait pas ce que sent le malade, ni le repu ce que souffre l'affamé. Le malade compatit au malade, l'affamé à l'affamé, d'autant plus étroitement qu'ils se sentent plus proches. Ainsi notre Sauveur a voulu souffrir pour savoir compatir, devenir misérable pour apprendre à avoir pitié ; si bien que de toutes ses souffrances il apprit non seulement l'obéissance, comme le dit l'Ecriture, (He 5,8) mais apprit aussi la miséricorde. Non qu'il l'ignorât auparavant, lui dont la miséricorde est de toute éternité et pour toute l'éternité ; mais ce qu'il savait par nature de toute éternité, il l'a appris dans le temps par l'expérience. il a voulu souffrir et être tenté, et communier à toutes les misères humaines hormis le péché (He 4, 15), ce qui est s'assimiler en tout à ses frères, afin d'apprendre, par l'expérience même, à avoir pitié et à compatir à ceux qui , comme lui, souffrent et sont tentés. Par cette expérience, je ne dis pas qu'il soit devenu plus savant, mais qu'il apparaît plus proche. Ainsi les pauvres fils d'Adam, dont il n'a pas eu honte de faire ses frères et de les appeler tels, n'hésiteront pas à lui confier leurs infirmités : il peut les guérir comme Dieu ; il le veut comme proche parent ; il les connaît comme ayant passé par là.fleursign


LA  T E R R E    SA   P A T R I E
Extrait du sermon 59 sur le Cantique des Cantiques, St Bernard de Clairvaux

Saint Bernard de Clairvaux commente le Cantique des Cantiques.
« La voix de la tourterelle s'est fait entendre sur notre terre » (2,12)
A partir de ce petit possessif « notre » il tient un magnifique propos sur l'Incarnation de Jésus.

« La voix de la tourterelle s'est fait entendre sur notre terre » (Ct 2, 12)
Je ne puis le taire davantage : voici la seconde fois que celui qui est du ciel parle de la terre. Et il en parle avec une telle bienveillance, une telle sympathie, qu'il semble être lui-même de la terre.
Or, il s'agit de l'Epoux.
Lorsqu'il disait tout à l'heure que « les fleurs étaient apparues sur la terre », il ajouta : « notre » Maintenant encore il dit : « La voix de la tourterelle s'est fait entendre sur notre terre.» Cette façon de parler si inhabituelle de la part de Dieu, pour ne pas dire si indigne de lui, manquera-t-elle de raison ?
Nulle part, je crois, tu ne trouveras qu'il ait parlé ainsi du ciel. nulle part ailleurs de la terre. Remarque alors quelle grande douceur qu'il y a à entendre le Dieu du ciel dire : « Sur notre terre ».
« Vous tous, nés de la terre et enfants des hommes » (Ps 48,3), écoutez : « Merveilles que fit avec nous le Seigneur » (Ps 125, 9). Il a beaucoup de liens avec la terre, beaucoup avec l'épouse, cette épouse terrestre qu'il lui a plu de choisir. « Sur notre terre » dit-il. Cette parole n'évoque certes pas la souveraineté mais le compagnonnage, la familiarité. C'est en Epoux qu'il parle ainsi, non en seigneur. Eh quoi ? il est le créateur, et il se tient pour un compagnon ?

C'est l'amour qui parle ; il ne connaît pas de seigneur.
Oui, ce cantique est un poème d'amour, il ne devait être bâti que sur des paroles d'amour.
Dieu aussi aime, et il ne tient pas son amour d'ailleurs, mais il est lui-même la source de son amour. Il aime avec d'autant plus de force que l'amour n'est pas quelque chose qu'il a, mais l'amour est son être.
Et ceux qu'il aime, il les tient pour ses amis et non pour ses serviteurs. Car, lui-même de maître, se fait ami : il n'appellerait pas amis ses disciples s'ils ne l'étaient pas. (§ 1)

Vois-tu que même la majesté le cède à l'amour ?
Oui, frères : l'amour ne regarde personne comme au-dessus de lui, ni non plus au-dessous de lui. Il considère sur un pied d'égalité tous ceux qui s'aiment parfaitement, et en lui-même il harmonise les grands et les humbles ; non seulement il les rend égaux, mais d'eux il ne fait plus qu'un. Peut-être penses-tu que Dieu fait exception à cette règle de l'amour ; mais « celui qui s'attache à Dieu est avec lui un seul esprit » (1 Cor 6, 17). Pourquoi t'en étonner ? Lui-même est devenu comme l'un de nous. Ce n'est pas assez dire : non pas comme l'un de nous ; il est devenu l'un de nous. c'est peu d'être l'égal des hommes : il est homme. De là vient qu'il revendique pour lui notre terre, mais comme sa patrie, non comme sa propriété.

Pourquoi ne la revendiquerait-il pas ?       C'est de là qu'il tient son épouse,
de là qu'il tient la substance de son corps ;
de là vient qu'il est lui-même l'Epoux.
Comme fils de l'homme il hérite de la terre ; comme seigneur il la domine ; comme créateur il la gouverne ;
comme l'Epoux il la partage. (§ 3)fleursign

L'A T T E N T E   DE   C E L L E   QUI   A I M E
Extrait du sermon 57 sur le Cantique des Cantiques, St Bernard de Clairvaux

Saint Bernard  commente le Cantique des Cantiques : « Mon bien-aimé me parle » (2,10)
A partir de là il dit comment l'épouse attend celui qui doit venir.

Faites attention à la ferveur et à la finesse de l'épouse : avec quel regard vigilant elle observe la venue de l'Epoux et discerne ensuite tous ses mouvements.
Il vient, se hâte, s'approche, est là, regarde, parle ; aucun de ces mouvements n'échappe au zèle de l'épouse ni ne prévient sa connaissance. Il vient dans un sentiment et dans une intention de miséricorde, il se hâte par son empressement à secourir, il s'approche en s'humiliant lui-même, il est là pour ceux qui sont présents, il regarde vers ceux qui viendront, il parle en nous instruisant du Royaume de Dieu dans un langage persuasif.
Telle est la venue de l'Epoux.
Or, celle qui aime, veille et observe. « Heureuse l'âme que le Seigneur trouvera en train de veiller ! Il ne passera pas outre » (Lc 12,37), ni ne s'écartera d'elle, mais s'arrêtera et lui parlera et lui dira des paroles d'amour.
Ainsi tu peux lire : « Mon bien-aimé me parle » Oui, bien-aimé, lui qui vient pour dire des paroles d'amour, et non de reproche. (§1) L'épouse qui est si fine et si prudente, et très vigilante, l'a aperçu de loin lorsqu'il venait, et a remarqué qu'il bondissait dans sa hâte. Elle l'a observé avec la plus grande attention . Enfin lorsqu'il se tenait debout et se cachait derrière le mur, elle ne l'a pas moins reconnu ; elle s'est aperçu qu'il regardait par les fenêtres et par les lucarnes. Et maintenant, en récompense d'une si grande ferveur et d'une si pieuse sollicitude, elle l'entend parler.

Le regard du Seigneur, toujours le même en soi, n'a pourtant pas toujours la même vertu mais se conforme aux mérites de chacun ; aux uns il inspire la crainte, aux autres il apporte plutôt la consolation et l'assurance. L'Epoux a mis « la joie dans son cœur » (Ps 4, 7) car il a attesté par ses paroles la profonde tendresse de son regard. (§ 2) Il est dit ensuite : « Lève-toi, hâte-toi, mon amie, ma colombe, ma belle » (Ct2, 10) Lequel d'entre nous, à ton avis, est assez en éveil pour prêter attention à « l'instant où Dieu le visite » (Ct 5, 2) ? Qui observe assez attentivement chacune des démarches de l'Epoux, « pour être prêt à lui ouvrir dès qu'il arrive et frappe » ? « Dans la voie de tes témoignages j'ai trouvé autant de délices que dans toutes les richesses. » (Ps 118, 14) En fait que sont les richesses du salut, les délices du cœur, la sécurité vraie et garantie de l'âme, sinon les attestations du Seigneur ? « Car, est-dit, ce n'est pas celui qui se recommande lui-même qui est agréé, mais celui que Dieu recommande. » (2 Co, 10, 18)

Imaginons que l'un d'entre nous, selon la parole du Sage, applique son cœur entièrement et parfaitement « à veiller dès l'aube près du Seigneur qui l'a créé, et à supplier en présence du Très-Haut » (Sir 39,6) ; qu'en même temps selon le prophète Isaïe, il s'emploie de tout son vouloir « à préparer les voies du Seigneur, à rendre droits les sentiers de son Dieu » (Is 40, 3), si bien qu'il puisse dire avec le prophète : « Mes yeux sont toujours tournés vers le Seigneur » (Ps 24, 15) et : « Je gardais le Seigneur toujours présent devant moi » (Ps 15, 8). Est-ce que cet homme ne recevra pas la bénédiction du Seigneur et la miséricorde de Dieu son sauveur » (Ps 23, 5). Il sera certes visité fréquemment, et n'ignorera jamais le temps de sa visite, bien que celui qui visite en esprit vienne en cachette et à la dérobée, comme un amant pudique. Lorsqu'il est encore loin l'âme bien vigilante l'apercevra grâce à son esprit bien disposé. (§ 4)fleursign



C O N T E M P L E R    JESUS   EN  SA V I E   D'HOMME
Extrait du sermon 43 sur le Cantique des Cantiques, St Bernard de Clairvaux

« Que tu es beau à mes yeux dans cette forme humaine qui est aussi mienne, Seigneur Jésus !
Non seulement pour l'éclat de tes miracles divins, mais aussi pour ta vérité, ta mansuétude et ta justice. Bienheureux celui qui te contemple dans ta vie d'homme parmi les hommes, et qui se montre ton imitateur tant qu'il le peut. »


Cette contemplation, Bernard nous la livre parfois. Ainsi au sermon 43, quand il commente le verset :
    « Mon bien-aimé est pour moi un bouquet de myrrhe. » (Ct 1, 12)

La myrrhe est une plante amère ; elle signifie la dureté et l'âpreté des tribulations.
Pour moi, frères, dès les débuts de ma vie monastique, sachant bien le tas de mérites qui me manquaient, j'ai pris soin de lier pour moi ce bouquet.

Ce bouquet se compose de toutes les souffrances et amertumes de mon Seigneur.
D'abord les besoins de son enfance, puis les labeurs qu'il a endurés dans la prédication, la fatigue de ses marches, ses veillées de prière, ses tentations durant le jeûne, ses larmes de compassion, les embûches qu'on lui tendait dans les discussions.
Enfin les « dangers des faux-frères » (2 Cor 11, 26), les outrages, les crachats, les soufflets, les moqueries, les huées, les clous...
Certes, parmi tous ces rameaux de myrrhe odoriférante, je me suis bien gardé d'oublier cette myrrhe dont il fut abreuvé sur la croix, et non plus celle dont il fut oint lors de son ensevelissement. Par la première il prit sur lui l'amertume de mes péchés ; par la seconde, il inaugura l'incorruptibilité future de mon corps.
Tant que je vivrai, « je célébrerai la mémoire de cette abondante douceur » (Ps 144, 7) de grâces ; jamais je n'oublierai ces miséricordes « car c'est en elles que j'ai trouvé la vie » (Ps 118, 93). C'est là que je puise tantôt le breuvage d'une salutaire amertume, tantôt l'onction d'une douce consolation. Voilà ce qui me relève dans les échecs, me modère dans les succès. Voilà ce qui vient habituellement sous ma plume, comme on peut le voir. Voilà ma philosophie la plus sublime ici-bas : « connaître Jésus et Jésus crucifié » (1 Cor 2, 2). (§ 4)fleursign

 

A N E A N T I S S E M E N T
Extrait du sermon 28 sur le Cantique des Cantiques, St Bernard de Clairvaux

« Je suis noire, et pourtant belle, filles de Jérusalem. » (Ct 1, 5) dit l'épouse du Cantique. Bernard donnera plusieurs significations à cette noirceur. Au sermon 28, il l'applique à Jésus-Christ, c'est l'anéantissement de l'Incarnation.

L'image resplendissante de la substance de Dieu se voilera en prenant « la condition d'esclave » (Phil 2, 7) pour sauver la vie de l'esclave.
La blancheur éclatante de la vie éternelle deviendra noire dans la chair pour purifier cette chair.
« Le plus beau des enfants des hommes » (Ps 44, 3) se ternira dans la Passion pour illuminer les enfants des hommes ;
il sera défiguré sur la croix et pâlira dans la mort.
« Il se dépouillera de toute splendeur et de toute beauté » (Is 53, 2) pour s'acquérir comme épouse belle et resplendissante une Église sans tâche ni ride.
A l'intérieur, il y a la blancheur éclatante de la divinité, la beauté des vertus, la splendeur de la grâce, la pureté de l'innocence. Mais la très laide couleur de la faiblesse recouvre tout cela. (§ 2)

Tous ne le voient pas de la même manière .
Autre est ce que l'on perçoit, autre ce que l'on croit.
Les sens déclarent qu'il est noir ; la foi atteste qu'il est blanc et beau.
Il est noir, mais aux yeux des insensés ; car pour l'esprit des fidèles il est très beau. Il est noir et pourtant beau : noir dans l'opinion d'Hérode, beau selon la confession du larron, selon la foi du centurion. (§ 3)
Il dut le voir très beau celui qui s'écria : « Vraiment cet homme était le Fils de Dieu » (Mc 15, 39). « Le centurion qui se tenait en face de lui, voyant qu'il avait expiré en criant ainsi, dit : Vraiment cet homme était le Fils de Dieu ». C'est donc à la voix qu'il crut, à la voix qu'il reconnut le Fils de Dieu, et non au visage. Peut-être était-il du nombre de ses brebis, dont le Seigneur dit : « Mes brebis écoutent ma voix » (Jn 10, 27).
L'ouïe a découvert ce qui avait échappé à la vue. (§ 4-5)fleursign

 

LES   N O M S   DE   J E S U S
Extrait du sermon 15 sur le Cantique des Cantiques, St Bernard de Clairvaux

Choisis par saint Bernard, au verset du Cantique « Ton nom est une huile répandue » (Ct 1,2)

Vous n'en trouverez aucun, je pense, qui n'exprime ou la grâce de la compassion ou la puissance de la majesté.
Ce sera plus clair avec des exemples.

Voici le nom dont ils vont l'appeler : Le Seigneur, notre justice » (Jr 23, 6), c'est un nom de puissance.
Et d'autre part : « On lui donnera le nom d'Emmanuel » (Is 7, 14) ce qui évoque la miséricorde.

Et il dit encore de lui-même : « Vous m'appelez Maître et Seigneur » (Jn 15, 13) le premier nom fait allusion à la grâce, le second à la majesté.
Et le prophète continue : « Il sera nommé Admirable, Conseiller, Dieu, Fort, Père du siècle à venir, Prince de la paix.» (Is 9, 6). Le premier, le troisième, le quatrième font entendre la majesté ; les autres, la compassion.
Assurément le nom de majesté et de puissance se fond pour ainsi dire dans le nom de compassion et de grâce, et celui-ci se répand abondamment par Jésus-Christ notre Sauveur. (§ 1)

O nom béni, huile partout répandue ! Jusqu'où ? Du ciel elle ruisselle sur la Judée et de là sur toute la terre, et du monde entier s'élève la voix de l'Eglise : « Ton nom est une huile répandue » (Ct 1, 2).

Cette ressemblance consiste en trois propriétés de l'huile ; à savoir qu'elle éclaire, nourrit et oint, si du moins vous n'avez pas de meilleure explication.

Cette huile entretient le feu, elle nourrit la chair, elle apaise la douleur ; elle est lumière, nourriture, remède.

Il en est de même pour le nom de l'Époux, prêché, il éclaire ; médité, il nourrit ; invoqué, il apaise comme un onguent. (§ 1…)
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P R I E R E
Extraits des oraisons méditatives de Guillaume de Saint-Thierry

« Loin de moi de me glorifier, sinon en la croix de notre Seigneur Jésus-Christ. » (Gal 6,14)
Je me tiens tourné vers mon crucifié.
Sa croix est ma gloire : par elle mon front est signé, mon esprit se réjouit, ma vie est dirigée, ma mort est aimée. (10, 1)
Trois fois, Seigneur, au temps de ta passion, si j'ai bien compris, tu as offert à Dieu le Père tes prières ;
en elles, c'est évident, se trouve inclus tout ce qui, dans ta passion même, devait être acquis au prix du sang : pour toi, pour tes amis, pour tes ennemis.
Pour toi, sans doute tu n'as pas peiné quand tu as prié car, ainsi que le dit l'Apôtre, tu as été exaucé pour ta piété.
Tu as prié, et pour tes amis, qui demeuraient avec toi dans tes épreuves, et pour tes ennemis qui te crucifiaient, mais ne savaient pas ce qu'ils faisaient. (5, 7)

Pour finir, tu es mort, afin que moi je vive ;
tu as été enseveli, afin que moi je ressuscite.


Tel est le baiser de ta douceur, donné à ton épouse ;
c'est là l'embrassement de la dilection, accordé à ton amie.
Malheur à qui n'aura pas eu part à ce baiser ;
malheur à qui aura déchu de cet embrassement. (8, 5)

 

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Liste des textes de la page :

Bernard de Clairvaux :
     - Apprentissage de la vie humaine
  - Extraits des sermons sur le Cantique :
     - La terre sa patrie
     - L'attente de celle qui aime
     - Contempler Jésus en sa vie d'homme
     - Anéantissement
     - Les noms de Jésus

Guillaume de Saint-Thierry :
- Prière

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