grenier
dessin

Accueil      
Présentation
grenier - cisterciens       
La pensée cistercienne :
            -
 message : l'amour, l'Incarnation, Marie, l'existence chrétienne
          - sermons de saint Bernard de Clairvaux à partir du Cantique des Cantiques, extraits
          - florilège : très souvent cités : l'amitié,  la joie, la prière, le repos, le silence... et bien d'autres
Un aujourd'hui de la vie cistercienne : les événements   -  Tibhirine   - la lectio divina   -  la liturgie
L'histoire du monachisme cistercien
contact

    Dans ses sermons sur le Cantique des cantiques

                               BERNARD de CLAIRVAUX CHANTE L'AMOUR

Sermons 17-18        L'Esprit-Saint, esprit de saintetéetangautomne

Sermon 17

« L'Esprit scrute non seulement les coeurs et les reins des hommes mais aussi les profondeurs de Dieu. » (Ps 7,10) Où qu'il nous conduise, soit vers nous-mêmes, soit vers les hauteurs, je peux le suivre en toute sécurité là où il ira. Seulement « qu'il daigne garder nos coeurs et nos intelligences » (Phil 4, 7) de peur que nous le croyions présent alors qu'il ne l'est pas, et que nous nous égarions en suivant notre propre sens au lieu du sien. Il vient et il s'en va à son gré ; et personne « ne peut savoir facilement d'où il vient et où il va » (Jn 3, 8). Il est assurément très dangereux d'ignorer le moment de sa venue ou de son départ. En effet si l'on ne prête pas l'attention la plus vigilante à ces diverses interventions de l'Esprit-Saint en notre faveur, il arrive qu'on ne le désire pas lorsqu'il est absent, et qu'on ne le glorifie pas lorsqu'il est présent. Il se retire justement pour qu'on le cherche avec un désir plus intense. Mais comment pourrait-on le chercher, si l'on ne sait pas qu'il est absent ? D'autre part, il daigne revenir pour nous consoler ; mais comment pourrait-on l'accueillir d'une façon digne de sa majesté, si l'on ne s'aperçoit même pas qu'il est présent ? L'âme qui ignore son départ s'expose donc à l'illusion ; et celle qui ne remarque pas son retour ne lui saura pas gré de sa visite. (§ 1)

L'Esprit accomplit sans cesse l'œuvre de notre salut au plus intime de notre être par l'admirable finesse et douceur de son art divin. Que jamais « l'onction », qui nous enseigne tout » (1 Jn 2, 27) ne nous soit enlevée sans que nous en ayons conscience, si nous ne voulons pas être frustrés d'une double grâce. Que jamais sa venue ne nous prenne au dépourvu, mais qu'elle nous trouve toujours aux aguets, le visage impatient et le cœur grand ouvert pour recevoir la généreuse bénédiction du Seigneur. Quelles dispositions l'Esprit exige-t-il de nous ? Il nous demande d'être semblables « aux hommes qui attendent leur maître à son retour de noces » (Lc 12, 36) lui qui ne revient jamais les mains vides de cette table céleste, garnie de délices abondantes. Il nous faut donc veiller, et « veiller à toute heure, car nous ne savons pas à quelle heure l'Esprit viendra » (Mt 24, 42,), ni à quelle heure il s'en ira.(§ 2)

L'ignorance, mère très perverse, a deux fils également pervers : le mensonge et le doute. Le premier est plus malheureux, le deuxième plus pitoyable le premier est plus funeste, le deuxième plus pénible. Lorsque l'Esprit parle, l'un et l'autre se retirent. Alors non seulement la vérité paraît, mais la vérité en toute sa certitude. Car il est « l'Esprit de vérité » (Jn 15, 26), à qui le mensonge est contraire ; et il aussi l'Esprit de sagesse. (§ 3)

Satan a voulu obtenir quelque ressemblance avec le Très-Haut, régner sur le genre humain. Il institue grands rois pour l'éternité une foule d'hommes humbles. Cet orgueilleux, marteleur des humbles, leur forge à son insu des couronnes impérissables. Il les persécute tous, mais par tous il est vaincu. Il s'affligera de voir s'accomplir cette parole « Le pauvre et l'indigent loueront le nom du Seigneur » (Ps 73, 21). (§ 6)

Comme tu m'aimes, mon Dieu, mon amour ! comme tu m'aimes, toi qui partout te souviens de moi, qui partout prends à cœur le salut de l'indigent et du pauvre, non seulement contre les hommes orgueilleux, mais aussi contre les anges superbes ! Au ciel et sur la terre, « Seigneur, tu juges ceux qui me font du mal, tu attaques ceux qui m'assaillent. (Ps 34, 1) Partout tu me secours, tu m'assistes, « tu te tiens à ma droite pour que je ne sois pas ébranlé » (Ps 15, 8). « Je vais chanter pour le Seigneur tant que je vis, psalmodier pour mon Dieu tant que je dure » (Ps 103, 33) Voilà sa puissance, voilà les merveilles qu'il a faites. (§ 7)

« L'Esprit de vérité » (Jn 14, 17), il nous précède sur le chemin qui nous conduit vers nous-mêmes ; car sans lui nous ne pouvons rien.« nous mène et nous ramène » (Tob 12,3) «  de clarté en clarté, étant l'Esprit du Seigneur » (2 Cor 3,18). Tantôt il nous emporte vers lui dans sa lumière, tantôt il se mêle à nos ténèbres et les éclaire » (Ps 17, 29). Ainsi, au-dessus comme au-dedans de nous, toujours dans la lumière, toujours « nous marchons en fils de lumière » (Eph 5, 8). (§ 8)

 

sermon 18

« Ton nom est une huile répandue. » (Ct 1,2)
Quelle vérité de notre vie intérieure l'Esprit-Saint nous fait-il connaître par ce texte ? Sans aucun doute, il explique l'expérience, qui nous arrive parfois, de deux de ses opérations.
Par la première il nous affermit d'abord intérieurement dans les vertus requises pour notre salut. Par la seconde, il nous pare aussi extérieurement de ses dons pour gagner les autres à Dieu.
Nous recevons les vertus pour nous, les dons pour notre prochain. Ces opérations de l'Esprit-Saint, dont nous faisons l'expérience en nous-mêmes ou dans les autres, appelons-les infusion et effusion. A laquelle des deux ces paroles conviennent-elles « Ton nom est une huile répandue. » (Ct 1,2) ? N'est-ce pas à l'effusion ? Quiconque se sent comblé de grâces extérieures, qu'il peut à son tour reverser sur les autres, est en mesure de dire : « Ton nom est une huile répandue » (Ct 1, 2). (§ 1)

Mais ici il faut bien se garder, d'une part de donner ce que nous avons reçu pour nous mêmes, et d'autre part de retenir ce que nous avons reçu pour en faire largesse. Tu retiens pour toi-même le bien de ton prochain si, par exemple, tu es rempli de vertus et doué aussi extérieurement de science et d'éloquence et que, par crainte peut-être ou par paresse, ou par une humilité indiscrète, tu enfermes dans un silence inutile, voire blâmable la bonne parole dont beaucoup auraient pu profiter.
En revanche, tu gaspilles et tu perds ton bien si tu te hâtes de le répandre avant d'être toi-même entièrement comblé, toi qui n'es qu'à moitié rempli. (§ 2)

La sagesse consiste à faire de soi une vasque et non pas un canal. Un canal reçoit l'eau et la répand presque tout de suite. Une vasque en revanche attend d'être remplie et communique ainsi sa surabondance sans se faire de tort. Vraiment dans l'Eglise d'aujourd'hui, nous avons beaucoup de canaux et très peu de vasques. Ceux qui qui font ruisseler sur nous les fleuves célestes ont une charité si grande qu'ils veulent se répandre avant d'être remplis. Ils sont plus enclins à parler qu'à écouter, prompts à enseigner ce qu'ils ont appris, et impatients de diriger les autres, alors qu'ils ne savent même pas se gouverner eux-mêmes.
Pour moi, je pense que le degré suprême de la piété en vue du salut a été posée par le Sage lorsqu'il a dit : « Si tu veux plaire à Dieu aie de la pitié pour ton âme » (Sir 30, 24). Car si « je n'ai que fort peu d'huile pour me frotter moi-même » (Rois 4,2) crois-tu que je doive te la donner et rester démuni ? Mais tu vas me dire : « La charité ne cherche pas son avantage » (1 Cor 13, 4-5). Oui, mais sais-tu pourquoi ? Elle ne cherche pas son avantage, parce qu'elle ne manque de rien. Elle veut cette abondance pour soi-même, afin de pouvoir la partager avec tous ; elle en garde pour soi une mesure suffisante pour que personne n'en manque. (§ 3)

Écoute plutôt les conseils de la charité avisée et vigilante : « Il ne s'agit pas de vous mettre dans la gène en soulageant les autres, mais d'établir l'égalité. » (2 Co 8, 13). Ne sois pas juste à l'excès. Il suffit que « tu aimes ton prochain comme toi-même » (Mt 22, 39) : c'est cela établir l'égalité.
Apprends toi aussi à ne te répandre que lorsque tu es rempli : ne prétends pas être plus généreux que Dieu. Que la vasque imite la source : celle-ci ne s'écoule pas en un ruisseau, ni ne s'étale en un lac, avant d'être elle-même saturée. Il n'y a aucune honte pour la vasque à ne pas être plus prodigue que la source. Laisse-toi d'abord remplir, aie soin ensuite de te répandre. « La charité bienveillante » (1 Cor 13,4) et sage a coutume d'amasser, non pas de disperser. D'ailleurs, moi non plus je ne souhaite pas m'enrichir au prix de ton dénuement. Car si « tu es cruel envers toi-même, envers qui seras-tu bon ? » (Sir 14,5) Si tu le peux, aide-moi de ton surplus ; sinon ménage toi toi-même. (§ 4)

Mais écoutez donc ce qui est nécessaire à notre propre salut, et dans quelle mesure ; ce qui est nécessaire pour être rempli et dans quelle mesure, avant d'avoir la prétention de se répandre. Voilà ce dont nos devons être remplis, avant d'oser nous répandre, car c'est de notre plénitude et non de notre pénurie qu'il faut faire largesse. Premièrement, nous devons avoir regret du péché ; ensuite la ferveur ; en troisième lieu, le labeur du repentir ; en quatrième lieu, les œuvres de piété ; en cinquième lieu, l'application à la prière ; en sixième lieu, le loisir de la contemplation ; en septième lieu, la plénitude de l'amour. « C'est un même et unique Esprit qui opère tout cela » (1 Co 12, 11) par cette opération qu'on appelle infusion. Quant à celle qu'on nomme effusion il faut l'accomplir sans péril, à la louange et à la gloire de Notre Seigneur Jésus-Christ. (§ 6)

 

x x

Sermon 1. Pour une jubilation du cœur

2. Le baiser : Jésus, homme et Dieu

3. Miséricorde

4. Du pardon à la communion

(Pas d'extraits du sermon 5 qui répond à des questions parti-culières de ceux qui l'entourent)

6. Justice et miséricorde

7. « Du trop plein du cœur »

8. Communion d'amour
(La Trinité)

9. « Le désir de son cœur »

10. Des bienfaits de Dieu

11. Le plus grand des dons

13. La source des bienfaits

(Pas d'extraits du sermon 14)

15. Des noms pour Jésus