Dans ses sermons sur le Cantique des cantiques

                                       BERNARD de CLAIRVAUX CHANTE L'AMOUR

Sermon 2croix

Dans ce sermon, Bernard poursuit le commentaire du texte du cantique : « qu'il me baise lui-même d'un baiser de sa bouche »
Au dernier paragraphe il conclut : « Ce baiser n'est rien d'autre que le médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus homme et Christ ». …Ici tout est dit !
Suivons cependant Bernard dans l'expression de sa foi en l'incarnation du Christ.

Pour commencer, il exprime l'attente messianique du peuple d'Israël comme le désir du baiser.

Quelle ardeur dans le désir de nos pères, en ce temps où ils soupiraient après la présence charnelle du Christ ! C'est le brûlant désir des anciens et la sollicitude de leur attente empressée que la voix de l'épouse évoque en moi. (§1)
Que lui-même plutôt, « le plus beau des enfants des hommes » (Ps 44,3) que lui « me baise d'un baiser de sa bouche ». Que ce soit lui, lui dont ils (les prophètes) parlent, lui qui parle ! Qu'il ne me parle plus maintenant en eux et par eux. Mais « qu'il me baise lui-même d'un baiser de sa bouche » et que son aimable présence et les flots de sa merveilleuse doctrine « deviennent en moi une source d'eau jaillissant en vie éternelle » (Jn 4, 14).

Oui, sa parole vivante et efficace est pour moi un baiser ; non pas la rencontre des lèvres qui parfois simule la paix des cœurs, mais l'effusion des joies, la révélation des mystères, un mélange étonnant et en quelque sorte inséparable de la lumière d'en haut et de l'âme illuminée. Car « celui qui s'attache à Dieu est avec lui un seul esprit » (1 Cor 6, 17) (§ 2).

Si la bouche qui donne le baiser, c'est le Verbe qui a pris notre chair ; si la bouche qui le reçoit, c'est cette chair prise par le Verbe ; le baiser provenant tant de celui qui le donne que de celui qui le reçoit, c'est la personne même formée par l'union du Verbe et de la chair, « le médiateur de Dieu et des hommes, Jésus homme et Christ » (1 Tim 2, 5). Pour cette raison aucun des saints n'avait l'audace de dire : 'Qu'il me baise de sa bouche', mais simplement : « d'un baiser de sa bouche ».
Heureux baiser, et admirable de merveilleuse complaisance, où ce n'est pas une bouche qui se pose sur une autre bouche, mais Dieu qui s'unit à l'homme. Là. le contact des lèvres signifie l'étreinte des cœurs ; ici par contre l'alliance des natures associe l'humain au divin, « faisant la paix entre ce qui est sur terre et ce qui est au ciel » (Col 1, 20). « Car il est notre paix, lui qui. du ciel et de la terre, n'a fait plus qu'un » (Ep 2, 14) (§ 3)

Bernard revient ensuite à la promesse messianique.

Doutant des promesses, ils sollicitaient un signe de la réconciliation promise, à savoir le baiser.
Que Dieu prouve la véracité de ses messagers, si vraiment ils sont tels, et qu'il vienne enfin lui-même, comme ceux-ci l'ont promis bien souvent, « car sans lui ils ne peuvent rien faire » (Jn 15, 5). (§ 5)

Puis il livre sa perception de Jésus-Christ.

En outre, celui qui se déclare notre médiateur auprès de Dieu, est le Fils de Dieu, et Dieu lui-même. Et « qu'est-ce que l'homme, pour que Dieu se manifeste à lui ? Qu'est-ce que le fils de l'homme pour qu'il lui montre tant d'estime ? (Ps 143,3). Quelle confiance puis-je avoir, pour oser me remettre à une si haute majesté ? Moi qui suis « terre et cendre » (Si 10, 9), comment aurais-je l'audace de croire que Dieu se soucie de moi ? De plus, il aime son Père, mais il n'a nul besoin de moi ni de mes biens (Ps 15, 2).
Pour « ne pas rendre vaines les paroles sorties de ses lèvres » (Ps 88, 35), qu'il s'anéantisse, qu'il s'humilie, qu'il s'abaisse et « qu'il me baise d'un baiser de sa bouche » (§ 6)

Il reprend encore l'attente d'israël et l'accomplissement des promesses dans le baiser.

Ainsi donc une ancienne plainte exigeait le très saint baiser, c'est-à-dire le mystère du Verbe qui devait s'incarner tandis que défaillait la foi, lassée par la longue et lourde attente, et que le peuple infidèle vaincu par l'ennui murmurait contre les promesses de Dieu. (§ 7)

Il évoque enfin ceux qui n'ont pas su recevoir le « signe »

« Il est venu chez les siens et les siens ne lent pas reçu »(Jn 1) (§ 8)


Il faut conclure le sermon ; mais récapitulons ce dont il a été question jusqu'ici. Il est manifeste que ce saint baiser a été bien utilement accordé au monde pour deux motifs : pour fortifier la foi des faibles et pour satisfaire le désir des parfaits. En outre, ce même baiser n'est rien d'autre que « le médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus homme et Christ( 1 Tim 2, 5). (§9)

 

precedent            suivant

Accueil      
Présentation
grenier - cisterciens       
La pensée cistercienne :
            -
 message : l'amour, l'Incarnation, Marie, l'existence chrétienne
          - sermons de saint Bernard de Clairvaux à partir du Cantique des Cantiques,extraits
          - florilège : très souvent cités : l'amitié,  la joie, la prière, le repos, le silence... et bien d'autres
Un aujourd'hui de la vie cistercienne : les événements   -  la lectio divina   -  la liturgie
L'histoire du monachisme cistercien
Contact