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Dans ses sermons sur le Cantique des cantiques

                                     BERNARD de CLAIRVAUX CHANTE L'AMOUR

Sermon 8

Surprenante, l'image du baiser sur la bouche dont Bernard va se servir pour présenter la relation de Dieu-Père avec son Fils Jésus.
Remarquons la force de son vocabulaire, l'utilisation du vocabulaire de la dégustation !

Selon ma promesse d'hier, j'ai l'intention de vous entretenir aujourd'hui du baiser suprême, à savoir le baiser de la bouche. Ecoutez d'une oreille plus attentive ce dont la saveur est plus exquise, la dégustation plus rare et l'intelligence plus difficile. A mon avis, et pour reprendre les choses déjà traitées un peu plus haut, c'est un baiser ineffable et dont aucune créature n'a fait l'expérience, qu'évoquait celui qui dit : sontdeux« Nul ne connaît le Fils sinon le Père, et nul ne connaît la Père sinon le Fils ou celui à qui le Fils aura voulu le révéler ».(Mt 11,27) Car « le Père aime le Fils » et l'embrasse d'un amour tout particulier ; le Très-Haut aime son égal, l'éternel son coéternel, l'unique celui qui est unique. Mais le Fils à son tour étreint le Père d'un amour non moindre puisque le fils va jusqu'à mourir par amour du Père. Il l'atteste lui-même en disant : « Afin que tous sachent que j'aime le Père » (Jn 14,31). Cette réciprocité à la fois de connaissance et d'amour entre Celui qui engendre et celui qui est engendré, qu'est-ce sinon le baiser le plus doux, mais aussi le plus secret ? (§ 1)

 

 

 

Et ce baiser n'est autre que l'Esprit-Saint !

L'épouse, si hardie soit-elle, n'ose pourtant pas dire : « Qu'il me baise de sa bouche » ; car elle réserve cecestun privilège au Père seul. Mais elle demande un peu moins en disant : « qu'il me baise d'un baiser de sa bouche ». Voyez que l'épouse reçoit un nouveau baiser, non pas de la bouche, mais du baiser de la bouche. Il ne s'agit de rien de moins que de recevoir l'infusion de l'Esprit-Saint.

Si l'on a raison d'admettre que le Père donne le baiser et que le Fils le reçoit, il ne sera pas faux de penser que ce baiser même est l'Esprit-Saint, celui qui est la paix inaltérable du Père et du Fils, leur lien solide, leur amour indivis, leur indissoluble unité. (§ 2)
C'est donc à l'Esprit qu'ose aspirer l'épouse. C'est lui que, sous le nom de baiser, pleine d'assurance, elle demande à recevoir. Car elle possède un gage, qui lui fournit l'occasion de s'enhardir. En effet, lorsque le Fils a dit : « Nul ne connaît le Fils sinon le Père, et nul ne connaît le Père sinon le Fils », il a ajouté : « ou celui à qui le Fils aura voulu le révéler » (Mt 11, 27). L'épouse ne doute pas que s'il veut le révéler à quelqu'un, c'est bien à elle. Elle demande donc avec hardiesse qu'on lui donne le baiser, c'est-à-dire cet esprit par lequel le Fils et le Père lui seront également révélés.

Car on ne peut jamais connaître l'un sans l'autre. La félicité suprême consiste donc dans la connaissance non de l'un seulement, mais de l'un et de l'autre comme l'atteste avec raison celui qui dit : « La vie éternelle c'est qu'ils te connaissent, toi le véritable Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ (Jn, 17, 3). (§ 3)
Quand on connaît parfaitement le Père et le Fils, comment peut-on ignorer leur bonté à tous deux, qui est l'Esprit-Saint ? car l'Esprit-Saint est l'amour et la bonté du Père et du Fils. (§ 4)
lestroisQuand l'épouse demande le baiser, elle demande à recevoir la grâce de cette connaissance trinitaire, dans la mesure où une créature mortelle peut en être capable. Et c'est au Fils qu'elle le demande, car il appartient « au Fils de le révéler à qui il aura voulu » Mais c'est par le baiser qu'il révèle, c'est-à-dire par l'Esprit-Saint. Mais en donnant l'Esprit par qui il révèle, le Fils révèle du même coup l'Esprit.
Or cette révélation qui s'accomplit par l'Esprit-Saint, non seulement fait briller la lumière de la connaissance, mais allume aussi le feu de l'amour : « L'amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l'Esprit-Saint qui nous a été donné » (Ro 5, 5). (§ 5)

L'épouse demande le baiser, c'est-à-dire elle invoque l'Esprit-Saint, pour recevoir de lui à la fois le goût de la science et l'assaisonnement de la grâce. Et c'est très bien que la science donnée dans le baiser soit reçue avec amour, puisque le baiser est signe d'amour.
La grâce du baiser apporte un double don : la lumière de la connaissance et l'huile de la ferveur. Qu'ils ne se figurent donc pas avoir reçu le baiser, ni celui qui comprend la vérité sans l'aimer, ni celui qui l'aime sans la comprendre. Vraiment dans ce baiser, il n'y a de place ni pour l'erreur, ni pour la tiédeur. Pour recevoir la double grâce du très saint baiser, l'épouse devra donc tendre ses deux lèvres : sa raison pour recevoir l'intelligence, sa volonté pour recevoir la sagesse.
Alors, dans la gloire que lui apporte la plénitude du baiser, elle méritera de s'entendre dire : « La grâce est répandue sur tes lèvres, c'est pourquoi Dieu t'a bénie à jamais c» (Ps 44,3). (§ 6)

Ecoute en effet en quoi consiste le baiser de la bouche : « Moi et le Père, nous sommes un » ; et encore : « Moi je suis dans le Père, et le Père est en moi » (Jn 10, 30 ; 14, 10). Voilà le baiser pris de bouche à bouche ; mais personne n'y peut prétendre.
Baiser d'amour et de paix, vraiment ; mais cet amour surpasse toute connaissance, et « cette paix excède tout ce qu'on peut concevoir ». (Ph 4, 7)
« L'existence du Fils dans le Père et du Père dans le Fils » (Jn 14, 10), c'est le baiser de la bouche.
Par contre, lorsque nous lisons dans l'Écriture : « Nous n'avons pas reçu l'esprit de ce monde, mais l'Esprit qui vient de Dieu, afin de connaître les dons que Dieu nous faits » (1 Cor 2, 12), ces paroles évoquent sans aucun doute le baiser du baiser. (§ 7)
Et pour distinguer plus clairement encore l'un de l'autre, celui qui reçoit la plénitude reçoit le baiser de la bouche ; celui qui reçoit de la part de la plénitude, reçoit le baiser du baiser.

Heureux baiser toutefois, par lequel Dieu non seulement se fait connaître mais se donne à aimer en tant que Père, lui qui n'est jamais pleinement connu, sinon lorsqu'il est parfaitement aimé.
Dans l'Esprit du Fils reconnais-toi fille du Père, épouse ou sœur du Fils.
La voix de l'Époux s'adresse à elle en ces termes : « Je suis venu dans mon jardin, ma soeur, mon épouse » (Ct 5, 1). Oui, elle est sa soeur, parce qu'issue du même Père ; son épouse, parce qu'ils sont dans le même Esprit. Car si le mariage charnel unit deux êtres en une seule chair, pourquoi l'étreinte spirituelle, à plus forte raison, ne pourrait-elle les unir en un seul Esprit ? En effet, « celui qui s'attache au Seigneur est avec lui un seul esprit » (1 Cor 6, 17). (§ 8)

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