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          - sermons de saint Bernard de Clairvaux à partir du Cantique des Cantiques, extraits
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Dans ses sermons sur le Cantique des cantiques

                                     BERNARD de CLAIRVAUX CHANTE L'AMOUR

Sermon 9

Au début de ce sermon Bernard imagine un dialogue entre l'épouse et ses compagnons

Imaginons : Les compagnons de l'Epoux se sont approchés de l'épouse pour lui rendre visite et la saluer. Ils l'ont trouvée en train de murmurer et de se morfondre. Etonnés ils se sont demandé pourquoi, et lui ont adressé à peu près ces questions : Que se passe-t-il de nouveau ? Pourquoi te voyons-nous plus triste que d'habitude ? (§ 1)

L'épouse expose alors sa passion :
«  Je serai apaisée, dit-elle, que s' « il me baise d'un baiser de sa bouche » (Ct 1, 1). Merci pour le baiser des pieds, merci également pour celui de la main ; mais s'il a quelque sollicitude pour moi, « qu'il me baise d'un baiser de sa bouche ». Je ne suis pas ingrate mais j'aime. J'ai reçu, c'est vrai, des grâces supérieures à mes mérites, mais inférieures à mes vœux. Je me laisse porter par le désir, non par la raison. Je vous en prie, ne m'accusez pas d'audace, alors que la passion me harcèle. Bien sûr, la pudeur se récrie, mais l'amour l'emporte. Je n'ignore pas que « l'honneur du Roi se complaît dans le jugement » (Ps 98, 4). Mais l'amour impétueux n'attend pas le jugement ; il ne se laisse ni tempérer par la prudence, ni freiner par la pudeur, ni soumettre à la raison. Je prie, je supplie, je réclame : « qu'il me baise d'un baiser de sa bouche ».
petitbouqVoici de nombreuses années que, pour lui, je m'astreins à vivre dans la chasteté et la sobriété ; je persiste dans la lecture ; je résiste aux vices ; je m'applique assidûment à la prière ; je me tiens en éveil contre les tentations ; « Je repense à ma vie passée dans l'amertume de mon âme » (Is 38, 15). Je crois « me conduire envers mes frères sans chercher dispute » (Phil 3,6), pour autant que cela tient à moi ; je suis soumise aux supérieurs, allant et venant sur l'ordre du plus ancien. Je ne convoite pas le bien des autres ; au contraire j'ai donné les miens et je me donne moi-même. « A la sueur de mon front je mange mon pain » (Gn 3, 19). Mais dans tout cela il n'entre rien d'autre que routine, rien qui soit consolation. Ne suis-je pas, suivant le Prophète, « la génisse d'Ephraïm bien dressée et qui prend plaisir à fouler le blé » (Os 10, 11) ? Enfin dans l'Evangile : « celui qui ne fait que son devoir est considéré comme un serviteur inutile » (Lc 17, 10). J'accomplis sans doute les « mon âme reste comme une terre sans eau » (Ps 142, 6). C'est pourquoi, afin que « mon holocauste ruisselle de graisse » (Ps 19, 4) je supplie : « qu'il me baise d'un baiser de sa bouche ». (§ 2)

Ces plaintes, que Bernard met sur les lèvres de l'épouse, lui sont dictées par celles qu'il entend de ses moines.

« Bon nombre d'entre vous, se plaignent souvent d'avoir ainsi l'âme desséchée et abattue, l'esprit hébété et engourdi. Ils se sentent impuissants à pénétrer les mystères de Dieu, qui sont profonds et subtils ; ils n'éprouvent rien ou très peu de la douceur de l'Esprit ». Après quoi soupirent-ils, sinon après le baiser ? Oui, ils soupirent, en haletant ils aspirent à l'Esprit de sagesse et d'intelligence : l'intelligence pour saisir, la sagesse pour goûter ce que l'intelligence aura compris. C'est dans ce même sentiment, je pense, que priait le prophète, lorsqu'il disait : « Que mon âme soit rassasiée et ma bouche, la joie aux lèvres, chantera des louanges. » (Ps 62,6) Enfin, lorsqu'il eut goûté, il s'écria : « Qu'elle est grande, Seigneur, l'abondance de ta douceur, que tu as cachée pour ceux qui te craignent. ». (Ps 30,20) (§ 3)

Alors, dans la présentation de la suite du cantique il va rappeler la présence divine.

« Car tes seins sont délectables plus que le vin, ils embaument d'une odeur exquise » (Ct 1 1-2). (§ 4)


Ces paroles il va les attribuer successivement à l'épouse, à l'époux puis aux compagnons de l'époux.

D'abord je vais indiquer comment elles s'appliquent à l'épouse. Tandis qu'elle s'entretenait avec les compagnons de l'époux, celui dont il était question est survenu. Car il s'approche volontiers de ceux qui parlent de lui. Telle est bien sa manière d'agir. C'est ainsi qu'il se montra compagnon aimable et disert aux disciples discourant sur le chemin d'Emmaüs. C'est bien ce qu'il promet par l'intermédiaire du Prophète : « Avant qu'ils crient vers moi, dit-il, je les exaucerai ; tandis qu'ils parlent encore, je dirai : Me voici » (Is 65, 24) De même ici, il s'est rendu présent sans être appelé et captivé par les paroles, il a devancé les prières. Je crois que parfois il n'attend même pas les paroles, mais qu'il est attiré par les seules pensées.
Alors elle se tourne aussitôt vers l'époux : « Car tes seins sont délectables plus que le vin, ils embaument d'une odeur exquise » (Ct 1 1-2). (§ 4)


Voyons maintenant ce que signifie cet éloge des seins de l'Epoux.
Les deux seins de L'Époux sont les deux images de sa tendresse innée, à savoir : la patience avec laquelle il attend le pécheur, et la clémence avec laquelle il accueille l'homme qui se repent. Une double et intense suavité, dis-je, ruisselle de la poitrine du Seigneur Jésus : la longanimité dans l'attente, la générosité dans le pardon.
Et je vais te montrer que cela n'a pas été inventé par moi. Au sujet de la longanimité tu peux lire ceci : « Serait-ce que tu méprises les richesses de sa bonté, de sa patience et de sa longanimité ? » (Ro 2, 4) Au sujet de la générosité du pardon tu peux lire également ceci : « Quelle que soit l'heure où le pécheur aura exprimé son regret, son péché lui sera pardonné. » (Ez 3, 12) David rassemble avec bonheur les deux sens en quelques mots, lorsqu'il dit : « Il est patient et plein de miséricorde » (Ps 102, 8).

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L'épouse donc avoue avoir grandi tellement dans la confiance par l'expérience de cette double bonté qu'elle a osé demander le baiser. (§ 5)

Tandis que l'épouse parlait de l'Époux, celui-ci se rend soudain présent. Il exauce ses voeux, il lui donne un baiser et accomplit en elle la parole de l'Écriture : « Tu lui as accordé le désir de son cœur, et tu ne l'as pas frustré du souhait de ses lèvres » (Ps 20, 3).
« Ceux qui s'appliquent fréquemment à l'oraison, ont l'expérience de ce que je dis. Souvent c'est avec un coeur tiède et aride que nous approchons de l'autel et que nous vaquons à la prière. Mais ceux qui persévèrent dans cet exercice, sentent tout à coup l'infusion de la grâce : leur cœur se dilate et les flots de la piété remplissent leurs seins (§ 7)

 

 

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