Dans ses sermons sur le Cantique des cantiques

                                     BERNARD de CLAIRVAUX CHANTE L'AMOUR

Sermon 3fleurs

En ce sermon, Bernard, comme d'autres Pères cisterciens, fait appel à l'expérience : c'est elle qui nous permet de comprendre la vie spirituelle et d'en parler.

Aujourd'hui nous lisons dans le livre de l'expérience. Tournez le regard vers vous-mêmes et que chacun interroge sa conscience sur ce qu'il faudrait dire. J'aimerais me renseigner : quelqu'un parmi vous a-t-il jamais reçu le don de pouvoir dire en toute sincérité « Qu'il me baise d'un baiser de sa bouche ». Car il n'appartient pas à n'importe qui de dire cela de tout cœur. Mais si quelqu'un a reçu de la bouche du Christ, ne fût-ce qu'une fois, le baiser spirituel, celui-là vraiment peut chercher à retrouver cette même expérience et il aime à la redemander.

Je pense que « personne ne peut même savoir ce qu'elle est, sauf celui qui la reçoit ». C'est réellement une manne cachée » (Ap 2, 17), et celui-là seul qui en mange aura encore faim. C'est une « source scellée » (Ct 4, 12) où l'étranger n'a point d'accès, mais celui- là seul qui en boit aura encore soif.
La dernière qui puisse prétendre à cette grâce, c'est l'âme qui ressemble à la mienne, chargée de péchés et toujours en butte aux passions de la chair ; une âme qui n'a pas encore éprouvé la douceur de l'Esprit, qui ignore les joies intérieures et n'en a encore aucune expérience. (§ 1)

A partir de l'image des baisers Bernard présente alors quelles attitudes le chrétien peut avoir envers Dieu.

Je vais pourtant montrer à une telle âme une place qui convient pour son salut. Qu'elle n'ait pas la témérité de s'élever jusqu'à la bouche du très doux Époux, mais qu'elle se tienne craintive avec moi aux pieds du très sévère Seigneur.
Qui que tu sois, âme qui te reconnais telle, ne considère pas comme vile ou méprisable cette place, où la sainte pécheresse se débarrassa de ses péchés et revêtit la sainteté. A l'exemple donc de cette bienheureuse repentie prosterne-toi à ton tour, âme malheureuse pour cesser d'être malheureuse. Toi aussi, prosterne-toi à terre, embrasse les pieds du Seigneur, apaise-le par des baisers, inonde-le de larmes, non pas tant pour le laver, lui, que pour te laver toi-même. Ainsi tu deviendras « une de ces brebis tondues, qui remontent du lavoir. » (Ct 4,2) Et encore, n'aie pas l'audace de relever le visage, voilé de confusion et d'affliction, avant d'avoir entendu toi aussi : « Tes péchés te sont remis » (Lc 7, 48), Lève-toi, lève-toi, fille de Sion captive, lève-toi, secoue ta poussière . » (Is 52, 1-2) (§ 2)

Après avoir ainsi déposé sur ses pieds le premier baiser, tu n'auras pas pour autant l'audace de t'élever aussitôt au baiser de la bouche. Mais tu devras d'abord passer par un deuxième degré, par un baiser intermédiaire que tu déposeras sur sa main.
J'avoue que je ne saurais être complètement satisfait par la première grâce, qui me fait me repentir désormais de ma mauvaise conduite. Il m'en faut une seconde, qui me fasse « produire des fruits dignes de mon repentir » (Lc 3, 8) (§ 3) Voilà ce que j'ai à demander et recevoir, avant de prétendre à un contact plus élevé et plus sacré. Je ne veux pas atteindre le sommet tout d'un coup ; je veux progresser peu a peu.
Il te faut passer par le baiser de la main. C'est lui qui doit te purifier d'abord, qui doit te relever. Comment ? En te donnant des raisons d'oser. Lesquelles ? La parure de la continence et « les fruits d'un digne repentir » (Lc 3, 8) voilà les œuvres de piété. Elles vont « te relever du fumier » (Ps 112, 7) et te donner l'espoir d'oser davantage. En recevant ce don certes, baise-lui la main, c'est-à-dire : « non pas à toi mais à son nom donne la gloire » (Ps 113,7). Glorifie-le une et deux fois non seulement pour les péchés remis, mais encore pour les vertus accordées. (§ 4)

Enfin, ayant déjà une double expérience de la complaisance divine grâce à ces deux baisers, tu peux peut-être prétendre à des expériences plus hautes sans craindre d'être confondu. Car à mesure que tu grandis dans la grâce, tu sens aussi ton coeur se dilater dans la confiance. De là vient que tu aimes avec plus d'ardeur et que tu frappes avec plus d'assurance pour obtenir ce qui te manque.

Tout d'abord, « nous tombons aux pieds du Seigneur qui nous a faits et nous déplorons »(Ps 94, §) ce que nous avons fait,
Ensuite nous cherchons la main qui nous relève et raffermit nos genoux chancelants.
Enfin quand nous avons obtenu ces faveurs par bien des prières et des larmes, alors seulement nous osons, peut-être, lever la tête vers la bouche glorieuse elle-même, non pas simplement pour la contempler mais, je le dis tremblant de crainte, pour y poser un baiser. Car « le Christ Seigneur est Esprit devant notre face » (Lam 4, 20) et « En nous attachant à Lui par le saint baiser nous ne faisons plus qu'un seul esprit avec lui », (1 Co 16, 20. 6, 17) grâce à sa complaisance. (§ 5)

Bernard s'exprime alors dans une prière.

C'est à toi, Seigneur Jésus, « c'est à toi que mon coeur dit avec raison : Ma face t'a cherché, je chercherai ta face, Seigneur » (Ps 26, 8). « Car tu m'as fait entendre ta miséricorde dès l'aurore » (Ps 142, 8) lorsque tu as d'abord pardonné ma vie mauvaise, à moi qui, gisant dans la poussière, baisais avec un infini respect la trace de tes pas. Puis, le jour avançant, « tu as réjoui l'âme de ton serviteur » (Ps 85, 4), lorsque par le baiser de la main, tu m'as accordé encore la grâce de bien vivre. Et maintenant, Seigneur de bonté, que te reste-t-il à faire sinon « me combler de joie par ton visage » (Ps 15, 11) en daignant me permettre aussi le baiser de la bouche, dans la plénitude de la lumière, dans la ferveur de l'Esprit ? (§ 6)

 

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