Dans ses sermons sur le Cantique des cantiques

                                      BERNARD de CLAIRVAUX CHANTE L'AMOUR

Sermon 1

Bernard commence par prévenir : son discours ne peut s'adresser à tous.

A vous, frères, il faut dire autre chose qu'aux gens vivants dans le monde, ou au moins d'une autre manière. A ceux-ci  « on donne du lait à boire » (1 Cor 3, 1-2) et non du solide, si l'on prend pour modèle la façon d'enseigner de l'Apôtre. Aux spirituels par contre il faut présenter un aliment plus ferme, ainsi que Paul nous l'apprend par son exemple. « Nous parlons, dit-il, non pas le savant langage de la sagesse humaine, mais dans celui qu'enseigne l'Esprit, administrant aux spirituels ce qui est spirituel. » (1 Cor 2, 13). Et encore : «  Nous parlons sagesse parmi les parfaits. » (1 Cor 2,6) Vraiment, j'ai confiance que vous soyez tels, si ce n'est pas en vain que depuis si longtemps vous vous appliquez à scruter les réalités célestes, « à exercer vos sens » (Héb 5, 14) et à méditer la loi de Dieu jour et nuit. Donc, préparez-vous à goûter, non pas du lait, mais du pain. Ce pain se trouve chez Salomon, un pain bien doré et savoureux. Je veux dire le livre intitulé Cantique des Cantiques. Qu'on l'apporte, si vous le voulez bien, et qu'on le rompe. (§ l)

Bernard développe alors comment il comprend que ses auditeurs sont des spirituels, il dit grâce à quelles lectures ils ont pu le devenir : « Les paroles de l'Ecclésiaste vous ont assez instruits à mépriser les vanités de ce monde », « Votre vie et vos mœurs ont été façonnées » par la lecture des Proverbes. Il redit que seuls les « spirituels sont aptes à accéder au pain nourrissant d'un « langage sacré et contemplatif »(§ 2-3)

Mais qui va le rompre ? Voici le père de famille : « Reconnaissez le Seigneur à la fraction du pain » (Luc 24, 35). Qui donc en serait digne ? Je n'aurais sûrement pas la témérité de m'arroger cet honneur. Que vos regards qui se fixent sur moi n'aillent, rien attendre de moi. Car je suis moi-même un de ceux qui attendent, mendiant moi aussi avec vous la nourriture de mon âme, l'aliment spirituel. Réellement « pauvre et indigent » (Ps 73, 21), « je frappe à la porte de celui qui ouvre, sans que personne puisse la fermer » (Ap 3, 20), en quête de lumière sur le mystère si profond de ce langage. « Les yeux de tous se tournent vers toi, Seigneur, pleins d'espérance » (Ps 144, 15) « Les petits enfants ont demandé du pain ; il n'y a personne pour le leur rompre » (Lam 4,4) ; on espère cette grâce de ta bienveillance. O très miséricordieux, « viens rompre ton pain pour les affamés » (Is 58,7), par mes mains, si tu le permets, mais avec ta force. (§ 4)

Nous avons pu remarquer ici l'humilité de saint Bernard.
Il en vient enfin à commenter le début du Cantique.

De grâce, dis-nous : par qui, à propos de qui et à qui est adressée cette parole :
« Qu'il me baise d'un baiser de sa bouche » (Ct 1, 1) ? Pourquoi cet exorde si inattendu, surgissant soudainement au beau milieu d'un entretien ? Car l'auteur commence de façon abrupte, comme s'il avait déjà introduit un premier interlocuteur, auquel répondrait ensuite cette femme inconnue qui réclame un baiser. Puis, si celle-ci demande ou commande à je ne sais qui, de lui donner un baiser, pourquoi précise-t-elle expressément « de la bouche », et même de sa bouche ? Comme si ceux qui échangent un baiser avaient coutume de présenter autre chose que la bouche, ou la bouche d'autrui, et non la leur ! D'ailleurs, elle ne dit pas non plus : 'Qu'il me baise de sa bouche', mais elle avance quelque chose de plus mystérieux : « d'un baiser de sa bouche ». Voici « un agréable langage »
(Ps103, 34) qui commence par un baiser, et un visage séduisant de l'Écriture, qui aisément touche et incite à lire. Il y a du plaisir à scruter son sens caché, même avec peine, et la difficulté de l'enquête ne fatigue pas, là où la suavité du langage captive. Et de vrai, comment ne nous rendrait-il pas très attentifs, un tel commencement sans commencement, et un telle nouveauté dans l'expression dans un livre aussi ancien ? Il résulte que cet ouvrage n'a pas été composé par le seul effort humain, mais sous la maîtrise de l'Esprit. Ainsi, tout en étant difficile à comprendre, il n'en demeure pas moins délectable à interroger.(§ 5)

Le Cantique des cantiques, comme d'autres écrits de Sagesse (Proverbes, Ecclésiaste) ayant été attribué à Salomon, Bernard va présenter ces écrits et les divers cantiques de l'Écriture ainsi que ceux qui sont chantés dans nos vies. (§ 6-10). Il s'exclame enfin :

Mais il y a un cantique qui, par sa singulière dignité et douceur surpasse à bon droit tous les cantiques que nous avons rappelés et même tous les autres. Et je l'appellerai à juste titre le Cantique des Cantiques, parce que c'est lui qui est le fruit de tous les autres. Un tel cantique, « seule l'onction de l'Esprit nous l'apprend » (1 Jn 2,27), seule l'expérience nous l'enseigne. Ceux qui en ont l'expérience qu'ils le reconnaissent ; ceux qui n'ont pas cette expérience, qu'ils brûlent du désir, non tant de connaître que d'expérimenter. Ce n'est point un bruit sorti de la bouche, mais une jubilation du coeur, ni un son produit par les lèvres, mais un mouvement de joie ; un concert des volontés, non des voix. « on ne l'entend pas au dehors » (Is 42,2), car il ne retentit pas en public. Seuls l'entendent celle qui le chante et celui pour qui il est chanté, c'est-à-dire l'Époux et l'épouse. C'est vraiment un chant nuptial, qui expriment les chastes et joyeuses étreintes des esprits, l'harmonie des mœurs, l'amour réciproque dans l'accord des sentiments.(§ 11)
Seul est capable de chanter ou d'entendre ce cantique, un esprit déjà avancé et formé sous l'action de Dieu. (§ 12)

Les nombreuses citations bibliques témoignent de l'importance de la Bible dans la pensée des moines au 12ème siècle.

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