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Dans ses sermons sur le Cantique des cantiques

                                     BERNARD de CLAIRVAUX CHANTE L'AMOUR

Sermon 6bouquet

Reprenant la dernière idée exprimée dans le quatrième sermon, Bernard développe : Dieu n'a pas besoin de membres pour accomplir ses œuvres.

Nous avons dit que seul l'Esprit souverain et illimité n'a pas besoin de corps comme instrument ni de son aide pour tout ce qu'il veut faire, ou faire advenir. Il est le seul esprit qui transcende toute la nature corporelle, au point qu'il n'a besoin d'aucun corps, quelle que soit l'œuvre. Le moindre mouvement spirituel de sa part suffit pour réaliser tout ce qu'il veut et quand il le veut.. Il n'y a donc que sa majesté qui peut se passer de l'aide d'un instrument corporel, tant pour elle-même que pour autrui. Grâce à sa toute-puissante décision, toute œuvre s'accomplit immédiatement, toute hauteur s'incline et tout obstacle s'efface. Il nourrit tout être créé sans l'intervention ni le concours aide corporelle. Car Dieu instruit ou avertit sans langue ; sans mains il offre ou il retient ; sans pieds il court et secourt ceux qui vont à leur perte. (§ 1)
Au paragraphe 2, Bernard rappelle que les hommes ont profité de tous les bienfaits reçus sans en connaître leur Auteur… « Ils jouissaient des bienfaits du Seigneur, mais ne connaissaient pas le Seigneur Sabaoth » (§ 2-3)

Il en vient à l'action de Jésus dans l'évangile.

Voici que sur la montagne, il ouvre ses lèvres de chair pour instruire ses disciples. Voici qu'au toucher de sa main corporelle la lèpre est guérie, la cécité disparaît, l'ouïe est recouvrée, la langue muette se délie, le disciple presque submergé se dresse sur les eaux. voici que la pécheresse repentante et prosternée à ses pieds corporels, entend ces paroles « Tes péchés te sont remis » (Lc 7, 48). enfin il marche sur les flots avec ses pieds de chair. Ce qui signifie : Tu foules aux pieds les cœurs bouillonnants des superbes et tu calmes les désirs déchaînés des hommes charnels, car tu justifies les impies et tu humilies les superbes.
« La chair ne percevait pas l'œuvre de l'Esprit. » Par l'action corporelle de Jésus, l'action invisible de Dieu devient « manifeste aux hommes charnels ». (§ 4-5)

Et Bernard revient au baiser des pieds : jugement et miséricorde

Il ne faut donc pas négliger, comme une chose futile d'apprendre quels sont ces pieds de Dieu dont l'Écriture fait si souvent mention. En effet, elle le représente tantôt immobile, comme en ce passage : « Nous nous prosternerons en ce lieu où ses pieds se sont arrêtés »(Ps 131, 7) ; tantôt comme en cet autre : « et j'habiterai au milieu d'eux, et je me promènerai parmi eux » (2 Co 6,16)
Si l'Apôtre a eu raison de rapporter la tête du Christ à la divinité, je crois que nous pouvons aussi, sans inconvenance, rapporter les pieds à l'homme, et nommer l'un Miséricorde et l'autre Jugement. Vous connaissez ces deux mots et, si vous y réfléchissez, vous vous souviendrez qu'on les rencontre, l'un et l'autre, associés en de nombreux endroits de l'Écriture. L'épître aux Hébreux atteste que le Christ « a été tenté en toutes choses à notre ressemblance, mais sans péché » ( He 4,15), « pour devenir miséricordieux » (He 2, 17) Cette épître enseigne donc que Dieu a vraiment assumé le pied de la Miséricorde dans la chair à laquelle il s'est uni. Et que dire de l'autre pied, dénommé Jugement ? L'Homme-Dieu lui-même ne montre-t-il pas sans équivoque que ce pied appartient lui aussi à l'homme qu'il a assumé ? (§ 6)
C'est donc avec ces deux pieds harmonieusement joints sous l'unique tête de la divinité que l'Emmanuel invisible, « né d'une femme et devenu sujet de la Loi » (Ga 4,4), « a été vu sur terre et a vécu parmi les hommes » (Ba 3, 28). Avec ces pieds « il passe » aujourd'hui encore, mais d'une manière spirituelle et invisible. (§ 7) Heureuse l'âme, où le Seigneur Jésus a, une bonne fois, planté ses deux pieds ! A deux signes vous pouvez reconnaître l'âme marquée par les empreintes divines, deux signes qu'elle doit nécessairement porter en elle. Ce sont Crainte et Espérance : Crainte met devant nous Jugement ; Espérance, Miséricorde. C'est ainsi qu'un fruit non négligeable réside dans le premier baiser qui est déposé sur les pieds. Veille seulement à n'être frustré ni du jugement, ni de la miséricorde. Il importe de ne pas baiser un pied sans l'autre ; parce que le souvenir du seul jugement enfonce l'âme dans le gouffre du désespoir, tandis que la fausse confiance dans la miséricorde engendre une dangereuse sécurité. (§ 8)

Bernard livre alors son expérience, une manière d'exprimer la réalité des « baisers »

A moi aussi, misérable, il a été donné de « m'asseoir parfois aux pieds du Seigneur » (Ps 146,11) Jésus et d'embrasser tantôt l'un, tantôt l'autre, avec une ferveur intense, dans la mesure où sa bonté daignait me le permettre. Mais s'il m'arrivait d'oublier la miséricorde, percé de remords, et de m'appliquer un peu trop longtemps à la pensée du jugement, aussitôt j'étais abattu par une peur incroyable, couvert d'une pénible confusion, plongé dans une frayeur ténébreuse. Tout tremblant, je ne pouvais plus que crier du fond de l'abîme « (Ps 110, 10 ). S'il m'arrivait au contraire de laisser là le jugement et de m'attacher davantage au pied de la miséricorde, je me relâchais dans une insouciance et une négligence telle que bientôt la prière devenait plus tiède, l'action plus indolente, le rire plus prompt, la parole plus inconsidérée. Bref, l'état de tout l'homme, intérieur et extérieur, apparaissait plus précaire. Dès lors instruit par les leçons de l'expérience, « je chanterai pour toi, Seigneur » non pas le jugement seul, ou la seule miséricorde, mais « la miséricorde et le jugement » (Ps 100, 1) ensemble. « Jamais je n'oublierai tes œuvres de justice » (Ps 118, 93) l'une et l'autre ensemble « seront mon chant sur la terre de mon exil » (Ps 118, 54) jusqu'à ce que « la miséricorde soit exaltée au-dessus du jugement » (Jc 2,13) et que ma misère se taise. Alors, seule, « ma gloire te chantera désormais et il n'y aura plus en moi, d'affliction » (Ps 29, 13). (§ 9)

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